Paris : Musée Rodin, écrin majestueux dédié au père de la sculpture moderne - VIIème



Le Musée Rodin déploie au coeur de Paris les charmes d’un vaste hôtel particulier préservé. A deux pas des Invalides, l’Hôtel Peyrenc de Moras dit de Biron, flanqué d’un jardin de trois hectares, a été la dernière demeure d’Auguste Rodin (1840-1917) avant de devenir, de nos jours, l'un des musées les plus visités de France. Depuis 1919, un siècle tout juste, ce lieu privilégié a pour vocation de valoriser et préserver un inestimable héritage légué par le maître à l’Etat. La rénovation d’envergure menée de 2012 à 2015 au Musée Rodin a permis cette institution culturelle de retrouver un parcours muséographique modernisé, recentré sur la compréhension du processus créatif. Les œuvres incontournables d’Auguste Rodin côtoient des sculptures signées Camille Claudel, élève, muse, amante mais également les pièces de la collection personnelle du maître avec de nombreux antiques et des peintures de Van Gogh, Claude Monet, Edvard Munch, Auguste Renoir, Eugène Carrière et Rodin lui-même. 











L’hôtel particulier en pierre blonde de Saint-Leu a été construit par l’architecte Jean Aubert (1680-1741) d’après un projet de Jacques V Gabriel (1667-1742) pour le financier Abraham Peyrenc de Moras (1684-1732) sur des terrains acquis entre 1727 et 1732. Elève de Jules-Hardouin Mansart (1646-1708), Jean Aubert a longtemps été l’architecte attitré des Bourbon-Condé, auteur des Grandes Ecuries de Chantilly. En 1736, l’hôtel particulier est loué à la duchesse du Maine puis vendu au Maréchal Louis-Antoine de Gontaut-Biron en 1753. A la Révolution, l’hôtel particulier est réquisitionné. De 1829 à 1902, il devient un pensionnat de jeunes filles administré par la congrégation les Dames du Sacré Cœur. Les religieuses font construire en 1875 la chapelle néo-gothique dans le style de Westminster Abbey par Just Lisch où désormais se donnent les expositions temporaires. La congrégation est dissoute en 1904. 

L’hôtel Biron divisé en différents appartements, est loué à de célèbres artistes de l’époque, Jean Cocteau, Henri Matisse, Isadora Duncan et même Pablo Picasso. Le poète autrichien, Rainer Maria Rilke qui est alors le secrétaire de Rodin s’y installe en 1908. Peu de temps après il est rejoint par le maître séduit par ce lieu unique. Rodin quitte la villa des Brillants à Meudon et investit tout le rez-de-chaussée de l’hôtel particulier. Il y aménage son atelier ainsi qu’un espace de présentation de ses œuvres et de ses collections personnelles où il reçoit collectionneurs, amis, politiques, admirateurs.

En 1909, racheté par l’Etat, l’hôtel Biron est menacé de destruction. Aidé par Paul Escudier, avocat et homme politique, Auguste Rodin entreprend des négociations afin sauvegarder le bâtiment. En 1911 il propose de faire don à l’Etat de ses fonds d’atelier à condition qu’un musée dédié à son oeuvre soit ouvert dans ces lieux mêmes. La donation est validée en 1916. Au lendemain de la Première Guerre Mondial, le bâtiment est rénové et le Musée Rodin inauguré en 1919. L’hôtel et les jardins sont classés au titre des Monuments historique en 1926. Ces derniers dont une partie a été amputée afin d’être attribuée au lycée Victor Duruy sont restaurés en 1928. Les sculptures iconiques de Rodin y sont disposées. Sur la cour pavée avant bordée de parterres, se trouvent "Le Penseur", "Balzac", "Les Bourgeois de Calais", "La Porte de l’Enfer". 











L’abondante collection du Musée Rodin se compose de près de 6 800 sculptures, 8 000 dessins, 10 000 photographies anciennes et 8 000 autres objets d’art.  De 2012 à 2015, avant les célébrations du centenaire de la disparition de l’artiste, une restauration historique est menée. Les grands travaux structurels sont confiés à Richard Duplat architecte en chef des Monuments historiques tandis que le chantier de muséographie et de mise aux normes revient à l’architecte Dominique Brard. La modernisation des espaces vise à faciliter la circulation sur les deux étages. Au fil des 18 salles réparties sur deux niveaux, 500 œuvres sont présentées au public. Le parcours établi selon un fil conducteur thématique et chronologique repensé permet de créer de nouvelles salles et reconstituer le cabinet de travail originel de l’artiste. Cette nouvelle scénographie offre une vision complète du travail de Rodin tout en facilitant une meilleure appréhension du mode de réflexion du créateur. Les espaces dédiés à la technique multiplient d’émouvants plâtres originaux à travers lesquels transparaissent les hésitations, les revirements, véritable genèse des chefs-d’œuvre notamment La Porte de l’Enfer, Le Baiser, Balzac, L’Homme qui marche 

Le parcours chronologique ouvre sur les premières œuvres de Rodin, des terres cuites datées de 1865 proches du style impressionniste jusqu’aux portraits féminins du début du XXème siècle. « L’Age d’Airain », marque un basculement en 1875. Cette première grande étude d’un modèle vivant semble la source, l’origine du modelé caractéristique d’Auguste Rodin. Le sculpteur aborde d’une nouvelle manière les jeux d’ombres et de lumière. En quête d’illusion de la vie, il traduit dans la forme le mouvement, la mobilité des muscles. L’influence de Michel-Ange se lit nettement dans les œuvres telles que « Saint Jean-Baptiste », « L’homme qui marche », « La Figure volante ». Auguste Rodin rompt définitivement avec l’académisme. Il explore des possibilités de la matière comme dans « La Création », évocation de la main de Dieu surgissant de la matière même.











Au premier étage, les études pour « La Porte de l’Enfer » éclaire cette création particulière sous un jour nouveau.  Le groupe monumental qui recèle certaines des sculptures les plus connues de l’artiste sera le grand œuvre de sa vie. La profusion de personnages le célèbre Penseur, Eve, La Centauresse, Les Trois Ombres, L’Enfant Prodigue, Ugolin et ses enfants, La Danaïde, Fugit Amor, La Vieille Heaumière, illustre les différents épisodes de la Divine Comédie de Dante. En 1879, le secrétaire d'État aux Beaux-Arts Edmond Turquet commande officiellement une porte destinée au futur musée des Arts Décoratifs. Le projet de musée, retardé à de multiples reprises, sera finalement abandonné en 1889. Rodin privé de financement n’aura pas l’occasion de faire fondre un exemplaire en bronze de son oeuvre emblématique de la nouvelle sculpture réaliste et romantique.

Le parcours muséal tend à décrypter le travail de l’artiste. La présentation des esquisses, des travaux préparatoires en plâtre et en terre offre une nouvelle approche du processus créatif, des particularités techniques. Auguste Rodin aime modeler séparément les différentes parties du corps pour les assembler à posteriori. Il multiplie les maquettes préparatoires avant de les agrandir. Une salle est consacrée au monument dédié à Balzac sur lequel Rodin a travaillé durant deux. Afin de réaliser ce portrait en pied commandé par la Société des gens de lettres, il a produit une centaine de maquettes dont un plâtre quasi grandeur nature de la robe de chambre. Cette sculpture se veut l’expression abstraite de l’essence d’un écrivain. Rodin a tenté de traduire plastiquement la puissance créatrice de Balzac. Cette oeuvre symboliste annonce le dépouillement de la sculpture du XXème siècle. 











De nombreux bustes d’artistes, d’écrivains, d’hommes politiques comme Bernard Shaw, Jules Dalou, Pierre Puvis de Chavannes, Victor Hugo ponctuent la visite. La collection personnelle de Rodin traduit ses goûts artistiques et ses liens d’amitié. Une cinquantaine d’œuvres de Camille Claudel font parties des collections. 

Sont également exposés les productions d’amis ou d’élèves de Rodin comme Albert-Ernest Carrier-Belleuse, Alexandre Falguière, Constantin Meunier, Jules Dalou, Henri Bouchard, Aristide Maillol, Medardo Rosso, Séraphin Soudbinine, Josef Maratka, Jules Desbois, Antoine Bourdelle ou François Pompon. Des tableaux signés Monet, Munch, Van Gogh, Carrière soulignent son attrait pour l’impressionnisme. 6500 fragments gréco-romains, égyptiens, mettent en lumière son attrait pour les pièces antiques et la beauté classique. 










Dans les jardins, la galerie des marbres présente quelques œuvres remarquables du maître. Les bronzes disséminés le long des pelouses ponctuées de rosiers conduisent à un bassin circulaire. Sous les érables et les tilleuls des allées latérales, des études en bronze pour « Les Bourgeois de Calais ». Cette oeuvre, commande publique de la ville de Calais, dont le premier exemplaire a été fondu en bronze en 1895, évoque un épisode de l’histoire de France. Durant la Guerre de Cent, Calais est assiégé par les Anglais. Afin de sauver la population, en 1347, six bourgeois, Eustache de Saint Pierre, Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d'Andres et Jean d'Aire se plient à un rituel de capitulation humiliant imposé par le roi d’Angleterre Edouard III. Cette aventure mythifiée par les artistes entre dans le grand roman national. Dans ce groupe de sculptures, représentation d’hommes résignés, déterminés, souffrants, Rodin laisse s’exprimer toute son expressivité. 

Musée Rodin
77 rue de Varenne - Paris 7
Tél : 01 44 18 61 10
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h30 - Fermé le lundi 

Bibliographie 
Paris - Le guide du patrimoine - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette
Le guide du promeneur 7è arrondissement - Françoise Colin-Bertin - Parigramme

Sites référents