Expo Ailleurs : Devenir Matisse... ce que les maîtres ont de meilleur - Musée départemental Matisse - Le Cateau-Cambrésis - Jusqu'au 9 février 2020



A l’occasion des 150 ans de la naissance d’Henri Matisse (1869-1954), le Musée départemental Matisse, créé en 1952 au Cateau-Cambrésis par l’artiste lui-même, dans sa ville natale, présente une ambitieuse exposition retraçant les années de jeunesse du peintre. A la lumière de cette période charnière décryptée, le programme esthétique du chef de file du fauvisme s’éclaire puissamment. Matisse a su bousculer les codes, imposer une vision plastique nouvelle par la stylisation extrême, la simplification des lignes, la synthèse des formes et de la couleur.  L’événement réunit un ensemble remarquable d’œuvres, 250 signées Henri Matisse dont 10 jamais présentées au public, complétées en regard par 50 pièces, prêts exceptionnels du monde entier illustrant les intrications entre le travail de l’artiste, ses maîtres, ses pairs, ses élèves. Rencontres décisives, influences des voyages, création d’un courant artistique, rôle de pédagogue, Devenir Matisse… ce que les maîtres ont de meilleur permet d’appréhender sous un angle nouveau le processus créatif de l’artiste, de saisir dans sa pluralité complexe son identité, ses fondamentaux. 











Cinq ans de travail ont été nécessaires afin de réunir l’ensemble remarquable qui compose la trame de l’exposition : Quentin de La Tour, Francisco de Goya, Pablo Picasso, Paul Cézanne, Paul Gauguin, Alfred Marquet, Eugène Delacroix, Auguste Rodin, Claude Monet et bien d’autres. Afin de revenir aux sources de l’inspiration, d’explorer les éléments fondateurs et d’éclairer le destin de Matisse, ces grands noms ont rejoint un parcours thématique et chronologique qui s’étend de 1890 à 1911. Le Louvre, le Centre Pompidou, le Musée du Quai Branly, le Moma de New York, la Tate de Londres, trente institutions internationales ont répondu favorablement aux requêtes du directeur du musée, Patrick Deparpe qui a reçu le soutien de la famille Matisse, de la Pierre & Tana Matisse Foundation. Confrontations, dialogues entre les travaux qui ont inspirés Matisse, ses propres créations et celles qu’il aura inspirées, l’exposition révèle les influences, fait des rapprochements, renoue les liens.

Peinture, gravure, sculpture et même papiers découpés sur la fin de sa vie, Henri Matisse a embrassé tout au long de son existence l’éclectisme. Cette diversité dans la pratique artistique s’explique par le profil singulier de cet homme, figure majeure des arts du XXème siècle. Malgré ses allers-retours dans le Sud, Matisse demeure, l’homme du Nord. Sa région natale est inscrite dans son identité d’artiste. Terre de l’industrie textile, elle semble lui avoir donné le goût des étoffes, la passion des motifs décoratifs et de la couleur, la pratique même du ciseau et de la découpe. 











Fils d’un grainetier de Bohain, trop fragile physiquement pour prendre la relève au sein de l’entreprise familiale, Henri Matisse se destine à devenir clerc de notaire. Il gravite alors dans un univers très éloigné du monde des arts. Au cours de ses études de droit, il passe une année entière à Paris sans jamais s’intéresser aux musées ni même aux galeries. La révélation vient à l’âge de vingt ans. Victime d’une crise d’appendicite, il est alité durant plusieurs semaines à l’hôpital. Lors de sa convalescence, son voisin Léon Bouvier, peintre amateur, passe le temps en copiant les paysages du couvercle d’une boîte de couleurs. Henri Matisse demande la même à son père mais celui-ci lui refuse estimant que ce n’est pas une activité pour un jeune homme. Sa mère intervient et accède à sa requête. Rétabli, Matisse réintègre l’étude où il travaillait avant son opération. Dans le même temps, il s’inscrit à des cours de dessin à l’Ecole de Saint-Quentin destinées aux dessinateurs textiles de l’industrie locale. La formation du peintre débute réellement à Paris avec l’académie Julian, le cours d’Eugène Carrière. 

L’exposition développée au musée départemental Matisse présente les toutes premières œuvres de Matisse, d’émouvantes natures mortes. Les travaux d’apprentissage de l’artiste, tel que ce Nu debout 1892, refusé au concours d’entrée des Beaux-arts, éclaire la naissance d’une vocation. En 1895, Matisse rejoint l’atelier de Gustave Moreau. Son maître lui enjoint de « peindre la vie hors de son atelier », sur le vif. Sur ses conseils, il décide de sortir dans la rue afin de croquer les scènes de la vie parisienne, l’animation des café-concert, la cohue des fiacres, les petits métiers. Gustave Moreau entraîne ses élèves au Louvre afin d’y copier les anciens, de s’inspirer du passé. L’exposition fait un parallèle entre les œuvres de jeunesse de Matisse et ses Grands Maîtres, Raphaël, Poussin, Davidz de Heem, Philippe de Champaigne. Il copie, réinterprète, compulse le motif, retravaille, tel que pour La Pourvoyeuse d’après Chardin en 1896. Il hésite encore à s’émanciper, peine à libérer sa propre voix.







Eté 1897 à Belle-Ile en Bretagne, ébloui par la lumière, Matisse a une révélation. A partir de cet instant, il s’éloigne du réalisme de la figuration afin d’explorer le potentiel de la couleur pure, d’exprimer la luminosité de la palette chromatique. Mais à partir de ce moment, il ne vend plus de toiles et il doute. En 1903, victime d’importantes difficultés financières, il songe à abandonner la peinture et cherche un poste de dessinateur textile. 

Alors qu’il visite le Palais des Beaux-arts de Lille, une oeuvre de Goya, le ramène sur les chemins de l’art. Si cet artiste a pu inventer un nouveau type de langage plastique, il pourra aussi le faire. Conforté dans sa démarche, Matisse embrasse pleinement ses intuitions picturales au sujet de la couleur. 











Ses voyages à Saint-Tropez, en Corse, toute la Méditerranée, l’inspirent et marquent son travail. Il expérimente l’impressionnisme, le divisionnisme, le pointillisme. Luxe, calme et volupté, en 1904, illustre ce cheminement, l’intrication avec le travail de ses contemporains, Albert Marquet, Paul Signac, Henri Manguin, André Derain. Au Salon d’automne de 1905, les couleurs en aplats des jeunes artistes font scandales et le mot du critique d’art Louis Vauxalles « C’est Donatello chez les fauves » leur donne un nom. Matisse sera le chef de file du Fauvisme. 

Ses amitiés et ses influences ne s’arrêtent pas là. Sur un coup de tête, conseillé par Paul Guillaume, galeriste et grand collectionneur d’art premier, il achète une statuette africaine qui fascine Pablo Picasso. Le Catalan y trouve les germes du cubisme tandis que Matisse s’inspire de l’Autoportrait à la palette de Picasso daté de 1906 pour ses propres portraits.











En 1908, Henri Matisse fonde une Académie dans son atelier parisien rue de Sèvres. A son tour devenu Maître, il forme une nouvelle génération, Max Weber, Oskar Moll, Rudolph Levy. Pédagogue, il transmet un conseil précieux à ses élèves, celui de toujours « regarder le monde avec des yeux d’enfants ».

Riche exposition, passionnante plongée aux origines, Devenir Matisse… ce que les maîtres ont de meilleur ausculte avec minutie le processus créatif, l’alternance de doutes et de certitudes, les influences évidentes et celles plus discrètes, les brusques revirements et les intimes convictions qui transcendent les artistes.

Devenir Matisse… ce que les maîtres ont de meilleur
Jusqu’au 9 février 2020

Musée départemental Matisse
Palais Fénelon
Place du Commandant-Richez - Le Cateau-Cambrésis
Tél : 03 59 73 38 00
Horaires : Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h - Fermé le 1er janvier, 1er novembre et 25 décembre