Expo Ailleurs : Yves Saint Laurent : les coulisses de la Haute Couture à Lyon - Musée des Tissus et des Arts décoratifs - Jusqu'au 8 mars 2020



Rencontre entre un couturier et des artisans de talent, l’exposition Yves Saint Laurent : les coulisses de la Haute Couture à Lyon célèbre quarante années de collaboration. L'exposition retrace un parcours de création du début des années 1950, où à Oran, un adolescent découpe des silhouettes de carton en rêvant aux noms des fournisseurs, à la première collection de la maison Saint Laurent en 1962 jusqu’aux adieux du maître avec la collection printemps-été 2002. L’événement qui se tient au musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon évoque la puissance créatrice de la mode examinée par le prisme original de la dimension technique des matières. Le glamour de la Haute Couture et la réalité des savoir-faire, l’expertise séculaire des soyeux lyonnais et les dessous du mythe Saint Laurent, la scénographie souligne les relations privilégiées entre le créateur et ses fournisseurs. Leur dialogue permanent nourrit la création, le goût de l'innovation dans une saine émulation complice. Cet échange fondateur, permanent, incandescent s’incarne au fil de l’exposition dans une histoire d’exigence, de rigueur passionnante. A travers toutes les étapes de la confection, la virtuosité technique revêt une importance primordiale. Yves Saint Laurent le traduisait ainsi "La Haute Couture, c’est la matière".










L’exposition élaborée en étroite collaboration avec le Musée Yves Saint Laurent à Paris incarne le renouveau du musée des Tissus et des Arts décoratifs, menacé un temps de disparition mais sauvé par l’intervention de la Région Rhône-Alpes. Dépositaire de la plus importante collection dédiée aux textiles au monde, cette vénérable institution rend hommage au savoir-faire traditionnel d’une industrie historique, celle des soyeux et fabricants d’étoffes lyonnais. 

Parmi les 7000 créations de Haute Couture conservées dans les réserves du Musée Yves Saint Laurent à Paris, 25 silhouettes emblématiques ont été sélectionnées afin d’incarner le faste de la création à la française. Parmi ces créations, l’émouvante robe noire portée par Romy Schneider à Cannes en 1970 pour l’avant-première du film Les Choses de la vie de Claude Sautet nous paraît aujourd’hui bien sage alors que son décolleté transparent fit scandale à l’époque. La splendeur de la robe de mariée dite Shakespeare datant de 1980, inspirée par le XVIème siècle, volerait presque la vedette à toutes les autres pièces. Cette création spectaculaire concentre la quintessence des savoir-faire de cinq maisons avec un cloqué d’or de Bucol, un damassé d’Abraham, un voile en tulle de Hurel, des boudins torsadés en lamé Bianchini-Férier.











Photographies des défilés, des ateliers, polaroïds en backstage, mais aussi de très rares documents d’archives, certains présentés pour la première fois au public, entraînent le visiteur dans les coulisses d’un créateur emblématique du XXème siècle.  La scénographie imaginée par Nathalie Crinière qui règle toutes les expositions dédiées à Yves Saint Laurent, met à l’honneur les huit grandes maisons lyonnaises qui ont collaboré avec le couturier, parmi lesquelles six sont encore en exercice de nos jours. 

Les modules indépendants, tels de jolies boutiques propices au lèche-vitrine, permettent de saisir et d’expliquer en détails les spécificités des différents ateliers. Les archives ouvertes à l’occasion de cette exposition, d’un premier abord très technique dans la typologie rigoureuse des différents tissus, distillent le rêve : mousseline de la maison Sfate et Combier, cigaline de Bucol, lamé or de Brochier, velours de Bouton-Renaud, soies de Beaux-Valette, dentelles et broderies des ateliers Hurel. 











Les recueils de croquis originaux annotés et les fiches de manutention ouvrent un univers technique fascinant aux néophytes. Les commentaires manuscrits précisent le métrage nécessaire à la confection, le coût des matières. Les fiches de bible révèlent toutes les informations nécessaires à la réalisation du modèle, tissus, coloris, dimensions et prénom de la première d’atelier en charge du montage. 

Prototypes et planches de studio s’accompagnent de coupons échantillons. Taffetas, cigaline, dentelle, satin, nylon, soie, panne de velours, mousseline, gros grain, faille, sous les ciseaux d’Yves Saint Laurent, l’intuition géniale de la matière, les étoffes procèdent d’une essence intime, sensualité de la caresse, jeux d’ombre et de lumière des drapés souligne ou dissimule les courbes du corps, palette chromatique qui habille la forme. 








A la suite de ce premier espace opulent, une salle plus technique présente les robracs, les cartonnages sur lesquels sont agrafés les coupons de tissu avant achat, les fils précieux, les nuanciers. Une vidéo passionnante rassemble les témoignages des petites mains de la maison, des descendants des grands soyeux. L’exposition, érudite et ludique, offre un nouvel éclairage sur les coulisses du studio Saint Laurent, exaltant les liens historiques entre métier d’art et industrie séculaire des étoffes lyonnaises.

Yves Saint Laurent : les coulisses de la Haute Couture à Lyon
Jusqu'au 8 mars 2020

34 rue de la Charité - Lyon 2
Tél : 04 78 38 42 00
Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h  



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.