Paris : Pyramide du Louvre, le projet pharaonique de l'architecte Ieoh Ming Pei et de son grand commanditaire le président François Mitterrand - Ier



La Pyramide du Louvre, troisième oeuvre la plus photographiée du musée après la Joconde et la Vénus de Milo, fête ses 30 ans en 2019. Monument incontournable du paysage parisien, l’entrée officielle du musée du Louvre intègre l’esthétique particulière d’une architecture contemporaine dans un décor Napoléon III. Elle est le fruit d’un pari fou et a su conquérir les cœurs malgré les très vives polémiques de ses débuts. Ce polyèdre élégant assume son statut inédit de première construction publique de cette envergure à employer le verre feuilleté, le nouveau matériau iconique du BTP version XXIème siècle. Placée au cœur du Louvre, dans la cour Napoléon, cette création de l’architecte Ieoh Ming Pei symbolise la position d’un établissement culturel résolument tourné vers l’avenir. Le Louvre est désormais le seul musée au monde dont l’entrée est une oeuvre d’art, une oeuvre d’art plébiscitée par le public.










En 1981, le président François Mitterrand lance le programme du Grand Louvre sur une suggestion du ministre de la Culture Jack Lang. Il s’agit de moderniser et d’agrandir le musée en lui affectant l’entièreté de l’édifice, notamment les bâtiments érigés sous Napoléon III, l’aile Richelieu qui abrite alors le Ministère des Finances. L’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, dont la modernité a séduit le président lors de voyages aux Etats-Unis, mènera le projet. Il a pour ambition de marquer l’entrée du palais au gigantisme déroutant par un signe fort.

L’esthétique de la cour Napoléon, remise en question par de nombreux détracteurs qui n’y voient qu’un pastiche prétentieux, va connaître un profond bouleversement. L’architecte Pei imagine un polyèdre de verre sur armature de métal dont les proportions s’inspirent de la pyramide de Khéops. Il assure que la transparence et pureté de la géométrie permettront à ce nouvel élément de s’intégrer parfaitement. 

Le projet permet alors de mener des fouilles archéologiques dans la cour Napoléon et la cour Carrée, où sont dégagés les fossés médiévaux du Louvre de Philippe Auguste. Cette première grande opération d’archéologie préventive en milieu urbain est à l’origine de la naissance de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). 

Le dévoilement des plans de la pyramide de Pei en 1983 génère une violente polémique entre anciens et modernes, bientôt surnommée « bataille de la pyramide ». L’architecture en est très moderne, les délais très courts et le budget colossal. La construction est néanmoins validée en 1984 et la grande controverse enfle lors de la présentation officielle des maquettes. Le débat prend rapidement une dimension polémique. Le président Mitterrand est accusé accusation de mégalomanie. Il est notamment reproché à l’entreprise de donner au Louvre déjà doté de nombreuses entrées, un accès unique en sous-sol très semblable à un centre commercial. Profanation culturelle ! 

Aujourd’hui, la pyramide du Louvre a été très largement réhabilitée et elle est reconnue mondialement comme une véritable réussite. Le chantier débute en 1985. Il durera moins de quatre ans. La pyramide de Pei est inaugurée une première fois le 4 mars 1989 puis une seconde le 29 mars 1989. Ces célébrations marquent l’ouverture du Grand Louvre.












Large de 35,42 mètres sur une base carrée, haute de 21,64 mètres, la pyramide répond à un idéal architectural classique, le rapport entre la demi base et la hauteur correspondant au nombre d’or.  Elle est entourée d’un bassin et de trois pyramides plus petites qui forment des puits de lumière. La structure d’acier de 95 tonnes et le châssis en aluminium de 105 tonnes qui supportent le parement en verre pèsent près de 200 tonnes. Les facettes de verre feuilleté sont composées de 673 éléments, 603 losanges et 70 triangles. Le vitrage d’une épaisseur de 21 mm a représenté un véritable défi technique. Afin de rendre le verre plus transparent possible, il a été nécessaire de créer un four spécial et d’utiliser des sables particuliers de la forêt de Fontainebleau.

Au niveau du hall souterrain, les accès suivent la direction des quatre points cardinaux. A l’ouest, il conduit au Carrousel, dans les sous-sols duquel se trouvent la Centre de la Mode, des boutiques de luxe, des restaurants et des parkings. La Pyramide inversée, 16 mètres de côté pour 7 de haut, en marque le foyer.

A la suite de l’inauguration de la Pyramide a été enclenchée la seconde phase des travaux du Grand Louvre avec entre autre les aménagements intérieurs du musée. L’ancien ministère a été confié à Michel Macary, le Musée des arts décoratifs à Daniel Kahane, la Cour carrée à Italo Rota et les bâtiments côtés Seine à François Pin et Catherine Bizouard. Ieoh Ming Pei responsable de l’ensemble de l’opération a fait placer à cette occasion dans la cour Napoléon aux côté de la Pyramide, une copie en plomb de la statue équestre de Louis XIV dont l’original en marbre réalisé par Le Bernin se trouve à Versailles. 










Bientôt quelques soucis techniques vont poindre. A l’origine, l’accès de la pyramide imaginé par Pei a été conçu pour accueillir 3 à 5 millions de visiteurs par an. Le Louvre connaît un essor de fréquentation important dès les années 1990, jusqu’à atteindre 8 millions de visiteurs au début des années 2010. Les files d’attente à l’entrée ou aux billetteries s’allongent tandis que nuisances sonores et problèmes d’orientation se multiplient. En 2014, un vaste projet de rénovation mené jusqu’en 2016 va permettre une profonde réorganisation des accès et du hall d’accueil. En 2018, le Louvre a atteint un record historique de 10 millions de visiteurs.

Pyramide du Louvre
Cour Napoléon - Louvre - Paris 1



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie. 


Bibliographie 
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette
Le guide du promeneur 1er arrondissement - Philippe Godoÿ - Parigramme

Sites référents