mardi 13 août 2019

Cinéma : Je promets d'être sage, de Ronan le Page - Avec Léa Drucker et Pio Marmaï



Franck est metteur en scène de théâtre d’avant-garde depuis plus de quinze ans. Sa réputation d’illuminé tyrannique le dessert tandis que ses créations aussi engagées qu’incomprises peinent à trouver la reconnaissance. Sa dernière pièce expérimentale sur laquelle il s’est investi au-delà du raisonnable a été éreintée par la critique et boudée par le public. Il décide alors de jeter l’éponge. En quête d’un boulot normal, d’un train-train quotidien, d’une stabilité et de points retraites, il accepte un poste de gardien de musée vacataire en province. Rapidement, il déchante. Les longues heures passées assis sur une chaise sans rien faire ne réussissent pas à son caractère volcanique. Sans compter, l’hostilité manifeste de Sybille, une collègue psychorigide et retorse qui sur le mode passif-agressif tente de le décourager. Le conservateur décide de lancer un inventaire des collections et leur impose de travailler en tandem. Franck découvre que Sybille pour financer son rêve d’aller vivre au Portugal commet quelques indélicatesses envers le musée. Plutôt que de la dénoncer, il entre dans la combine. Ensemble, ils perfectionnent une petite arnaque lucrative de trafic d’œuvres d’art.







Comédie déjantée courant sur le fil social de la reconversion professionnelle incongrue, Je promets d’être sage explore la puissance comique de la folie douce. Si le premier long métrage du réalisateur Ronan le Page manque parfois de précision dans la mise en scène, le cinéaste parvient néanmoins à tisser de jolis moments de poésie, d’hilarantes saynètes et nombre de situations à la fantaisie charmante.

Le film repose sur la belle alchimie entre les deux acteurs. Léa Drucker et Pio Marmaï forment un couple de cinéma délicieux. La trame initiale assume son classicisme. Deux personnages que tout oppose nouent des relations difficiles dans un premier temps avant de s’apprivoiser, se charmer. Ils mettent leurs talents en commun dans une entreprise ni légale ni morale mais fort réjouissante et développent une belle solidarité. Ces caractères extrêmes, anti-héros rugueux presque antipathiques au début du film, se dévoilent sous le regard bienveillant de Ronan le Page gentiment perchés. En s’associant, ils se révèlent à eux-mêmes. 




Pio Marmaï confère au personnage de Franck une certaine ambivalence. Créateur survolté, metteur en scène soupe au lait, artiste déchu, il aspire à la normalité et renonce à sa singularité pour entrer dans le moule, non sans mal. Il s’affirme soudain dans la contradiction, s’imposant un environnement radicalement opposé à sa nature profonde. En face de lui, Sybille, incarnée en nuances par Léa Drucker, femme glaciale, rigide voire des plus mal aimable laisse peu à peu rejaillir au quotidien sa facette un peu dingue entre kleptomanie et mythomanie. Elle devient sa muse et tous les deux ils se réinventent. Pour ces loustics-là, la réalité ne suffit pas. Le besoin de fiction, de réenchanter le monde est impérieux. Lorsque le réalisateur suggère qu’ils reprennent leur vie en main, il soutient l’idée qu’il est nécessaire de retrouver le chemin de la fiction. Les seconds rôles joliment amenés, une galerie de névrosés hauts en couleur, complètent cette ligne narrative.  

Le réalisateur retranscrit à l’écran sa profonde empathie, sa tendresse pour ces êtres inadaptés au formatage imposé par la société. Je promets d’être sage célèbre les fêlures qui laissent passer la lumière.

Je promets d'être sage, de Ronan Le Page
Avec Pio Marmaï, Léa Drucker, Mélodie Richard, Gilles Privat, Florence Janas, François Chattot, Céline Toutain, Philippe Dusseau, Thomas Drelon, Xavier Berlioz 
Sortie le 14 août 2019 




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