mardi 11 décembre 2018

Cinéma : Nous, les coyotes, de Hanna Ladoul et Marco La Via - Avec Morgan Saylor, McCaul Lombardi, Betsy Brandt



Déterminée, pleine de projets, dotée solide bagage universitaire, Amanda est très éprise de Jake, un rêveur beaucoup plus bohème. Malgré la réprobation de la famille de celle-ci, le couple décide de quitter l’Illinois pour aller tenter sa chance à Los Angeles, où les deux jeunes gens rêvent de se réinventer. La tante d’Amanda doit les héberger le temps qu’ils trouvent un logement mais très vite, les relations se tendent quand celle-ci refuse, parce qu’ils ne sont pas mariés, que Jake et Amanda dorment ensemble. Ils se retrouvent à la rue. Tandis que Jake distribue des CV au gré de ses déambulations et préfère se laisser vivre en fumant des joints, Amanda a déjà décroché un entretien. C’est la désillusion quand les recruteurs lui proposent un stage non rémunéré qui pourrait éventuellement déboucher à long terme sur une embauche. Leur voiture est saisie par la fourrière. Trouver un job et un appartement se révèle plus difficile que prévu. Les déconvenues sont nombreuses. Si le manque d’argent met en péril leur futur, ils ne perdent pas espoir. 







De la mélancolie à la comédie, ce film d’auteur au charme réel s’inscrit dans la lignée du cinéma indépendant contemporain. Hanna Ladoul et Marco La Via, deux réalisateurs français à Los Angeles, se sont inspirés de certaines de leurs expériences de jeunes expatriés portés par le rêve hollywoodien. Si à travers le récit, les échos autobiographiques se manifestent, il ne s’agit pas pour autant d’une autofiction. Vingt-quatre heures d’errance urbaine au fil des rencontres, le film se déploie comme un parcours initiatique, passage de l’adolescence à l’âge adulte. 

L’esthétique de ce long-métrage tourné en vingt jours avec un budget modeste est par ce dépouillement du manque de moyens. La réalisation va à l’essentiel dans un dispositif d’une sobriété particulière qui impose son épure à l’histoire elle-même. La dimension contemplative voulue par les cinéastes procède de ce minimalisme. La ville devient un véritable personnage de cette balade californienne, gigantisme des paysages urbains, nature aride et spectaculaire entre désert et océan. La cité de béton austère écrasée de lumière s’impose comme le lieu où tout est possible si l’on parvient à le conquérir, l’endroit également où meurent les rêves.




Le film doit beaucoup au charme solaire de ses interprètes, Morgan Saylor qui joue Amanda, découverte dans les Sopranos, Being Charlie, White Girl et Jake McCaul Lombardi dans le rôle de Jake, vu dans American Honey, Patti Cakes, tous les deux très convaincants en jeune couple confronté au manque de bienveillance mais renforcé par leurs déboires. 

Les deux personnages rêvent d’une Californie idéalisée. Ils doivent faire face aux premières épreuves de la vie d’adulte, à la réalité sociétale. Mauvaises rencontres, malchance, décisions malencontreuses, sont autant d’obstacles sur le chemin de l’indépendance. En quelques heures, Amanda et Jake ont brutalement repoussés à la marge, une situation qui ouvre la réflexion sur le mirage du rêve américain et le miroir aux alouettes d’Hollywood. 

Malgré une forme d’insouciance, ils refusent de renoncer à leurs idéaux, de renier leur identité en se faisant exploiter. Leur idéalisme n’est pas une forme de naïveté niaise. Ils ont ancré au coeur une volonté de déjouer les déterminismes malgré les risques du désenchantement. Optimiste envers et contre tout, Nous, les coyotes est un film attachant à la vision singulière.

Nous, les coyotes, de Hanna Ladoul et Marco La Via
Avec : Morgan Saylor, McCaul Lombardi, Betsy Brandt, Khleo Thomas, Lorelei Linklater, Cameron Crovetti, Nicholas Crovetti
Sortie le 12 décembre 2018




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