vendredi 28 novembre 2014

Paris : Le Centaure de César - Place Michel-Debré - VIème



Haute silhouette martiale hérissée d’écrous, le Centaure de César (1921-1998), mi-homme mi-bête, symbolise la force sauvage, la vélocité, la conquête.  Célèbre pour ses compressions notamment celle réalisée pour les trophées du cinéma français, trophées qui portent son nom, César Baldaccini dit César, a créé cette pièce majeure de son œuvre, créature mythologique hybride tout en lignes claires et ruptures, en hommage à Pablo Picasso. Cette sculpture de bronze, inaugurée le 10 octobre 1985, interroge la matière sous un angle très moderne. L’accumulation et l’assemblage d’éléments du quotidien est l’un des signes distinctifs des créations du groupe des Nouveaux Réalistes fondé en 1960 par le peintre Yves Klein et le critique d’art Pierre Restany. On compte parmi ses membres Arman, Martial Raysse, Jean Tinguely, Jacques Villeglé, Niki de Saint-Phalle. César les rejoint en 1961. L’utilisation d’objets prélevés dans la réalité de leur temps leur permet de rompre avec l’abstraction en poussant la réflexion sur les matériaux, les techniques plastiques ainsi que sur la société de consommation. Singularité de la démarche artistique.






A ses élèves de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, où il a enseigné jusqu’en 1986, César transmet sa fascination pour les chevaux en soulignant que « le XXème siècle est le premier siècle non-équestre de l’histoire de l’humanité » le cheval ayant été remplacé par la machine. Œuvre puissante, à la présence imposante, le Centaure est composé d’un assemblage de modelages, d’objets usuels coulés dans le bronze et de plaques métalliques. Les différentes parties du corps, lignes en spirales, ni symétriques, ni régulières, s’articulent en plans discontinus. Le soin apporté aux détails des mains et aux pieds évoque la statuaire classique. La tête autoportrait de l’artiste pourrait évoquer la suffisance de son créateur mais en y regardant de plus près le visage découpé en tranche, failles et raccord difficiles, évoque plutôt les vanités classiques. Memento mori. Le masque en visière sur le front représente le visage de Pablo Picasso, maître et ami de César. Dans la main gauche, une colombe de la paix qui renvoie à l’œuvre de l’iconoclaste ibérique semble sur le point de prendre son envol. Cachée dans la cuirasse, une statue de la Liberté miniature joue les invités surprise.








En 1976, Romulad Dor de la Souchère alors conservateur du Musée Picasso à Antibes lance un projet hommage à Pablo Picasso, disparu en 1973, en demandant à des artistes contemporains de célébrer l’héritage du grand maître à travers des œuvres uniques. César réalise les premiers croquis préfigurant le Centaure en se référant aux nombreux animaux et créatures mythologiques qui peuplent l’œuvre de Picasso dont le Minotaure sorte de double inversé du Centaure sur le thème de l’homme et la bête. Projet monumental, coût monumentaux, à défaut de pouvoir acheter la fonte nécessaire à la réalisation de la sculpture, César multiplie les esquisses et les modèles en cire. En 1983, Jack Lang nouveau ministre de la Culture de François Mitterrand commande 100 sculptures à 100 artistes différents, l’entreprise est relancée.
 






Entre 1983 et 1985, César passe à la réalisation de la sculpture. La mise à échelle d’après les maquettes ne se passe pas sans problème. Les pinceaux qui composaient la queue du centaure ressemblent à des balais, ils sont remplacés par une pelle et un râteau. Puis c’est l’assemblage des plaques composant le buste qui pose souci. L’artiste rigoureux dans les transcriptions anatomiques, obsédé par les proportions, lui trouve une jambe trop courte. Tout est à recommencer. La statue doit être établie, à l’origine, place du 18 juin mais le gigantisme de la Tour Montparnasse pose également un problème de proportion à César qui considère que son majestueux centaure « aurait eu l’air d’un petit chien ». Deux ans de transactions sont nécessaires pour trouver un nouvel emplacement, la virilité exacerbée de la créature chagrinant de nombreuses associations de riverains. La sculpture est finalement installée à Saint-Germain des Près place Michel-Debré, où l’œuvre dominant de ses 5 mètres de haut le carrefour de la Croix-Rouge, correspond avec les détails architecturaux. Tant pis pour les prudes.

Le Centaure de César - Place Michel-Debré - Paris 6



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