Ailleurs : Musée des Beaux-Arts d'Orléans, histoire de l'un des plus anciens musées de région, institution fondée en 1797 qui vient d'achever sa nouvelle mue

 

Le Musée des Beaux-Arts d'Orléans, fondé en 1787, l'un des plus anciens musées de région, conserve de remarquables collections du XVe au XXe siècle. 2000 peintures, 700 sculptures, 12 000 objets d'art, 10 000 dessins, 50 000 estampes composent ce fonds exceptionnel réputé pour la qualité de ses peintures italienne, espagnole, flamande, et française notamment du XVIe et du XVIIIe siècle.

Fin septembre 2026, le Musée des Beaux-Arts d'Orléans a officiellement achevé sa mue après dix années de réaménagement. Sous la houlette de la directrice du musée Olivia Voisin, les transformations menées depuis 2016, sans procéder à la fermeture du musée ont permis de travailler sur l'accessibilité, l'ouverture à tous les publics, le renouvellement de l'expérience de visite, la valorisation des collections. La nouvelle scénographie à vocation pédagogique progresse par palier chronologique afin d'éclairer les processus évolutifs. Elle cherche à appréhender l'histoire de l'art dans son ensemble par le prisme des courants artistiques. De nombreuses pièces sorties des réserves, tout juste restaurées, sont présentées pour la première fois, en particulier des sculptures, des esquisses et des dessins préparatoires.

13 000 oeuvres ponctuent le parcours réinventé, déployé sur 8000m2. Les deux cabinets des pastels - le musée d'Orléans conserve la deuxième plus grande collection de France après le Louvre - et les quatre cabinets d'arts graphiques aux accrochages temporaires thématiques, complètent le dispositif. La période moderne et contemporaine fait l'objet d'un éclairage inédit, avec notamment les historiques grands formats de Zao Wou-Ki (1920-2013) et Simon Hantaï (1922-2008), dépôt du Musée d'art moderne de la ville de Paris, et une nouvelle oeuvre de Martial Raysse (né en 1936), "ReLeBainTurc", installation de néons, hommage à Ingres (1780-1867). Le Musée des Beaux-Arts organise en parallèle expositions temporaires, conférences, visites, ateliers, rencontres. 








En 1797, la Ville d'Orléans envisage la création d'un muséum municipal à partir des fonds réunis lors des  saisies révolutionnaires. Le projet prend son essor grâce au peintre du roi Jean Bardin (1732-1807), directeur de l'École de dessin d'Orléans depuis 1786 et d'Aignan Thomas Despiches (1715-1800) artiste, collectionneur, mécène. L'institution culturelle s'installe tout d'abord dans l'ancien palais épiscopal, avant son transfert en 1799 dans la chapelle de l'ancien collège. Ce musée originel ferme ses portes en 1804, lors de la proclamation de l'Empire. Les oeuvres se voient réparties entre le Jardin des Plantes, la préfecture et les églises d'Orléans. 

En 1823, Gaspard de Bizemont Prunelé (1752-1831) intervient auprès du maire Louis Drouin de Rocheplatte afin de ressusciter l'institution. Il préside à la création d'un nouveau musée et un cabinet d'histoire naturelle au sein de l'Hôtel des Créneaux, hôtel particulier du XVIe siècle, tour à tour hôtel de ville, tribunal, musée, et de nos jours conservatoire. Le Musée des Beaux-Arts d'Orléans est inauguré le 4 novembre 1825. 








Afin d'enrichir les collections, Gaspard de Bizemont-Prunelé prend une initiative audacieuse dès sa prise de position à la tête du futur musée. Il fait appel à la générosité des Orléanais en assurant les mécènes que leur nom figurera en bonne place. En sept ans, quatre-cents donateurs offrent près de sept-cents oeuvres. 

Madame de Limay, fille d'Aignan Thomas Desfriches confie au musée, quatre terres cuites remarquables, signées Jean-Baptiste Pigalle. Louis-Auguste Pilté-Grenet, fortuné négociant orléanais en vins, épices, sucres et alcools divers, s'est porté acquéreur à la Révolution d'une grande partie des collections du Château de Richelieu, nationalisées et vendues aux enchères. Il consent à d'importante donation au musée d'Orléans, en particulier tableaux et sculptures antiques. 

En 1855, les collections historiques dissociées du Musée des Beaux-Arts, sont regroupées au sein d'une nouvelle entité, le Musée d'histoire et d'archéologie, aménagé dans l'Hôtel Cabu en 1879. 








Eudoxe Marcille (1814-1890) reprend la direction du Musée des Beaux-Arts d'Orléans, en 1870. Fils du grand collectionneur François Marcille, mécène, il aide ses amis les artistes grâce à sa fortune personnelle. À la tête de l'institution orléanaise, il s'attache à la valorisation des collections qu'il ouvre à la peinture et la sculpture de son temps. En 1892, le musée accueille le fonds d'atelier du peintre Léon Cogniet (1794-1880).

En 1904, la Ville lance un concours d'architecture afin d'agrandir la vénérable institution à l'étroit dans ses vieux murs. Le projet sera ajourné par la Première Guerre Mondiale (1914-1918). Paul Fourché (1840-1922), homme d'affaires, collectionneur et mécène, fait don d'une partie de sa collection en 1907, essentiellement école française du XVIIIe et XIXe siècle. À son décès, il lègue le reste de sa collection à la ville qui créé le Musée Paul Fourché, annexe du Musée des Beaux-Arts, au sein de l'Hôtel de Beauharnais. 







En 1940, en plein débâcle face aux avancées allemandes, la municipalité d'Orléans organise la préservation des collections, transportées en lieu sûr en Sologne. Les troupes nazies incendient le centre-ville. Les collections de l'Hôtel Cabu et du Musée Jeanne d'Arc disparaissent dans les flammes tandis que celles du Musée Paul Fourché, trois-cent-cinquante oeuvres, sont pillées par l'Occupant. De nos jours, le Musée des Beaux-Arts d'Orléans recherche activement les oeuvres disparues, selon une liste établie au lendemain du conflit mondial. 

Le Musée des Beaux-Arts d'Orléans selon le régime général des dommages de guerre (loi du 28 octobre 1946) a droit à un fonds d'indemnisation afin de financer la reconstruction des espaces détruits et la reconstitution des collections. En 1956, Jim Ede, conservateur à la Tate Gallery, collectionneur et proche de l'artiste, offre au musée d'Orléans une partie du fonds d'atelier du sculpteur Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915). 

En 1984, le nouveau bâtiment du Musée des Beaux-Arts d'Orléans, conçu par les architectes Christian Langlois (1924-2007) et Pierre Blareau (né en 1936) dans le voisinage du nouvel hôtel de ville, devient l'un des "premiers musées fonctionnels adapté à la conservation préventive". 








En 2016, Olivia Voisin (née en 1982), conservatrice en chef du patrimoine et historienne de l'art spécialiste du XIXe siècle, est nommée Directrice des musées d'Orléans. Elle préside au redéploiement chronologique des collections. De 2016 à 2026, le réaménagement du parcours permanent se déroule étage par étage, sans que le musée soit obligé de fermer. La muséographie repensée permet désormais de présenter de nombreuses oeuvres jusque-là en réserves.

Musée des Beaux-Arts d'Orléans
Place Sainte Croix - 45000 Orléans
Horaires : Du mardi au samedi de 10h à 18h - Dimanche 13h à 18h - Fermé le lundi
Tél : 02 38 79 21 83



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.