Ailleurs : Apothicairerie de l'Hôtel-Dieu de Bourg-en-Bresse, remarquable témoignage des arts curatifs du XVIIIème au XXème siècle, périple savant sur les traces des soeurs hospitalières

 

L'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu de Bourg-en-Bresse, l'une des plus vastes de France, se distingue par son remarquable état de conservation. Écrin de savoir, témoignage des connaissances médicales passées, l'ancienne pharmacie hospitalière, en activité de 1790 à 1963, était tenue par les religieuses de la congrégation de Saint Augustin puis de Saint Joseph. Les trois salles en enfilade, inscrites partiellement aux monuments historiques, invitent le visiteur dans les coulisses des arts curatifs et leur intrigante pharmacopée. Le laboratoire révèle la diversité des outils de fabrication, fourneaux de fonte, alambics, mortiers. A la suite, l'arrière-boutique, la réserve des matières premières est dotée d'une bibliothèque généreuse qui réunit ouvrages de recettes savantes, codex et encyclopédies. La belle officine, joyau de l'apothicairerie, parquet Versailles et vastes rayonnages, expose une collection de faïences de Meillonnas, frappées des noms surannés de remèdes d'antan et autres panacées telles que la Thériaque. Plantes aux vertus insoupçonnées, potions, pommades, onguents, poudres, les préparations foisonnent. Emblèmes de la pharmacie, les superbes modèles de pots canons ou chevrettes se déclinent en tailles variées. 

Animée par l'Office du tourisme de Bourg-en-Bresse, l'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu est ouverte au public à l'occasion de visites commentées tous les samedis sur réservation, le nombre de places étant limité. La sémillante Edith Ponard, guide-conférencière à l'énergie communicative nous transmettait, ce jour-là, toute sa science avec passion.








Au Moyen-Âge, carrefour commercial, Bourg-en-Bresse se développe au croisement des chemins de pèlerinage. De fondation plus ancienne, un hôpital de Sainte-Marie est mentionné dans les archives dès 1301. L'établissement, lieu de charité, accueille et héberge, voyageurs modestes, personnes indigentes et souvent sert de quarantaine lors de soupçon concernant les maladies contagieuses. L'hospice connait divers emplacements au gré des besoins et des dons, sous le patronage de la famille de Savoie puis des ducs de Bourgogne.

En 1654, il est géré par une communauté de religieuses Augustine, hospitalière de Notre-Dame de la Charité. A cette époque, elles pratiquent la saignée et le clystère mais disposent de peu de médicaments. Leur pharmacopée réduite s'organise néanmoins en prémices d'une future apothicairerie. En 1708, la création d'un laboratoire est envisagée sous la houlette de l'apothicairesse en chef, dame de Pont-de-Vaux. En 1747, soeur Dorothée Chambard, prend la relève avec sa soeur Félicité. 

Devant l'afflux de malade, l'Hôtel-Dieu primitif, au coeur de la ville, montre ses limites. Les édiles proposent en 1774 de réunir l’hôpital et la Charité. En mars 1781, l'intendant de Bourgogne, Feydeau de Brou confie la construction d'un nouvel Hôtel-Dieu d'envergure à Pierre-Adrien Pâris, architecte du roi, dessinateur ordinaire de la chambre et du cabinet de sa Majesté. Il présente les plans le 15 juin 1781. Mais des contrariétés administratives et budgétaires ralentissent le projet onéreux. Les plans orignaux modifiés, l'architecte Gaspard Chauvereiche se charge de l'exécution. 

La première pierre est posée le 1er septembre 1783. La Révolution met en péril le devenir de l'Hôtel-Dieu, renommé Hospice de l'Humanité, et questionne la situation des soeurs hospitalières. En 1790, l’hôpital compte dix-neuf religieuses professes, huit sœurs laies et deux sœurs tourières. Une dérogation, faute de solution alternative laïque, leur permet poursuivre leur mission. Le nouvel établissement est inauguré le 16 décembre 1790. La gestion transmise à des administrateurs indépendants s'avère rapidement défaillante. 

En avril 1795, le directoire du district de Bourg se rapproche des anciennes hospitalières. L'année suivant l'État transmet la gestion des hôpitaux publics aux autorités communales. La citoyenne Marie-Étiennette Chambard, auparavant Sœur Dorothée, reprend la direction de l'hospice et sa sœur Louise-Françoise Chambard, Sœur Félicité, celle de l'apothicairerie. Malgré sa cécité, Sœur Dorothée Chambard dirige l’hôpital jusqu’à sa mort en août 1826, à l’âge de quatre-vingt-quinze ans. L'esprit d'indépendance des religieuses de Saint Augustin et du médecin chef le Docteur Denis François Pacoud, ancien militaire, déplait aux autorités représentées par le préfet Bossi. Le 10 mars 1824, la commission administrative retire le service intérieur aux Augustines leur préférant les Soeurs de Saint-Joseph. 








L'Hôtel-Dieu joue un rôle important durant les différentes guerres qui secouent l'Europe et le Monde de la fin du XIXème jusqu'au XXème siècle, guerre franco-prussienne de 1870, Première et Seconde Guerre Mondiale. Au début des années 1950, les locaux de l'Hôtel-Dieu ne correspondent plus aux besoins modernes. L'apothicairerie ferme ses portes en 1963. Un nouvel hôpital est inauguré en 1979 à Fleyriat. L'Hôtel-Dieu fait l'objet d'un réaménagement et devient résidence pour les personnes âgées en mai 1990. L'ancienne apothicairerie sert alors souvent de dépôt de meubles anciens.

En 1996, l'Office du tourisme de Bourg-en-Bresse signe une convention avec le centre hospitalier de Fleyriat, propriétaire des lieux, afin de proposer des visites commentées. En 2008-09, grâce aux dons, il mène une campagne de restauration des salles et des tableaux. Aujourd'hui, les trois pièces de l'apothicairerie sont accessibles en groupes restreints le samedi en compagnie d'un guide de l'Office du tourisme. 

Aux débuts de l'Hôtel-Dieu dans les années 1790, la première salle, le laboratoire sert surtout de tisanerie faute de matériel et de moyens pour acquérir de coûteuses matières premières. Les religieuses y confectionnent notamment des confitures pour camoufler le goût des remèdes. Le fourneau en fonte à feux multiples et les deux alambics destinés à la distillation des plantes datent de 1857. A cette époque, sont installés l'évacuation de la fumée par le sol et l'eau courante qui s'écoule des cols de cygne en laiton toujours en place. 

La pièce présente un important ensemble de bassins à saignées, écuelles à sirop, vaisselle en étain, cuivre, laiton pots en faïence et verre. Outils et d'ustensiles, datés de 1663 à 1734, nécessaires à la pratique de la médecine. Les mortiers dans des matériaux hétéroclites, notamment un exemplaire de 1665 et son pilon lourd de quatre kilos, permettent de réduire en poudre plantes et minéraux. Le pressoir à vis produit huiles et hydrolats. Deux tableaux récemment restaurés ornent les murs, dont une Annonciation du XVIIème siècle du peintre bressan Benoît Alhoste (vers 1620-1677). 








La deuxième pièce, l'arrière-boutique, dite "la petite pharmacie" sert de réserve aux matières premières. Plantes, racines, fleurs, écorces, feuilles, minéraux, pots en verre, sont conservés dans des pots de faïence, des boîtes en bois. Ils portent les mentions menthe, verveine, citron, fleur d'oranger et plus curieux, chair de vipère, corne de cerf, yeux d'écrevisse, graisse d'ours, salsepareille. L'inattendu sang de dragon, substance résineuse rougeâtre produite par diverses variétés de plantes, était utilisé depuis l'Antiquité gréco-romaine pour ses propriétés antihémorragiques et antibactériennes. La bibliothèque rassemble des ouvrages érudits, quatre-vingt-deux livres du XVIIème au XXème siècle. "Les remèdes charitables de Mme Fouquet", best-seller en son temps, écrit par la mère de Nicolas Fouquet, surintendant de Louis XIV au destin malheureux, côtoient une édition complète de l'"Histoire naturelle générale et particulière", du scientifique des Lumières Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788)

Pièce maîtresse, l'officine, lieu d'accueil des patients, ouvre sur une vaste salle, boiseries de chêne, parquet élégant. Au fronton de la porte d'entrée se trouve la formule latine "Venite ad nos et sanabimus vos", venez à nous et nous vous soignerons. L'impressionnante collection de faïence, de boîtes, de flacons soigneusement étiquetés et souvent encore remplis d'anciennes décoctions, déploie toute la pharmacopée ancienne. Onguents, crèmes, poudres, sirops, huiles, hydrolats, pilules parfois même recouvertes d'or d'où l'expression "se dorer la pilule", rivalisent avec les panacées universelles présentées dans des "pots de montre" imposants et ouvragés. Parmi ces remèdes souverains, se trouve les confections d'Hiacinth et d'Alhermes, Mithridat. La célèbre Thériaque, contrepoison, médicament contre de nombreuses maladies se compose de cinquante drogues, plantes et autres ingrédients dont le castoréum, l'opium, la vipère et la scille. L'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu de Bourg-en-Bresse propose un véritable voyage dans le temps et les arts médicinaux.

Apothicairerie de l'Hôtel-Dieu
47 boulevard de Brou - 01000 Bourg-en-Bresse


Office de tourisme de Bourg-en-Bresse
6 avenue Alsace Lorraine - 01000 Bourg-en-Bresse
Tél : 04 74 22 49 40




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.