Expo : Inés Blumencweig - Structures sensibles - Maison de l'Amérique Latine - Jusqu'au 7 janvier 2023


Quarante-deux ans après sa dernière exposition personnelle à Rome, la Maison de l’Amérique Latine consacre un événement éphémère à Inés Blumencweig, artiste méconnue, née en 1930 à Bueno Aires. Son travail a été redécouvert à l’occasion d’une étude au sujet des grandes toiles abstraites de son époux, Mario Pucciarelli (1928-2014). Eclipsée par ce mari célèbre, abandonnant les galeries, Inés Blumencweig n’a pourtant jamais cessé d’œuvrer dans leur atelier commun. L’exposition « Inés Blumencweig - Structures sensibles » lui rend hommage, à travers onze œuvres significatives produites entre 1961 et 1978. Le bref panorama illustre les positions d’une artiste ancrée dans son époque, qui de 1965 à 1990 sera journaliste d’art pour l’ANSA agence de presse italienne. La monstration éclaire l’originalité d’un travail méconnu et vient souligner la contribution d’Inés Blumencweig aux mouvements artistiques de son temps. Dans la trajectoire des avant-gardes internationales, son oeuvre s’inscrit en tout premier lieu dans le cadre du surréalisme argentin avant de glisser vers l’abstraction, l’Arte Programmata, l’Arte Povera.  

Le commissaire Jordi Ballart Junger, curateur et directeur de projet à l’ISLAA, Institute for Studies on Latin American Art, à New York, fondé en 2011, poursuit par le biais de cet événement une mission d’enrichissement des connaissances de l’art moderne et contemporain d’Amérique latine à travers un programme d’expositions, de publications, de conférences, en partenariat avec les universités et les institutions culturelles. 









A la fin des années 1940, Inés Blumencweig intègre l’Ecole des Arts décoratifs Fernando Faber à Buneos Aires où elle fréquente les ateliers de Nélida Demichelis et Juan Batlle Planas, maîtres du surréalisme argentin. A la fin des années 1950, elle abandonne la figuration pour l’informalisme lorsqu'elle se rapproche de Mario Pucciarrelli, chef de file du mouvement, qu’elle épouse en 1960. 

A l'occasion d’un voyage aux Etats-Unis, à New-York et Washington, Inés Blumencweig découvre la liberté formelle de l’expressionnisme abstrait. Epiphanie esthétique. Cette rencontre opère un changement radical sur sa vision artistique. Son travail sur toile évolue progressivement alors que surgissent les volumes. Entre 1960 et 1961, certaines de ses œuvres rejoignent la Pintura Argentina contemporànea, exposition itinérante d’artistes argentins qui investit les musées d’art contemporain de Mexico, Rio de Janeiro et Buenos Aires. 

Mario Pucciarelli et Inés Blumencweig quittent l’Argentine pour l’Italie, et s’installent à Rome. Période d'effervescence artistique, les années 1960 italiennes, donnent naissance notamment aux concepts du Spatialisme de Lucio Fontana que le couple fréquente, de l’Arte Povera, laboratoire des métamorphoses. La surface de l’image devient un espace en soi. Les plasticiens cherchent à dépasser les valeurs traditionnelles, les canons académiques.

Les premières oeuvres datées de 1961/62, présentées à la Maison de l’Amérique Latine, éclairent les expérimentations menées par Inès Blumencweig à cette époque, lacérations de la toile, lames de métal. La géométrie et les effets d’optique rappellent les principes de l’Arte Programmata, le mouvement cinétique italien. Les reliefs affirment un glissement vers la tridimensionnalité. Inès Blumencweig exploite les qualités plastiques de matériaux industriels. Les volumes autonomes s’expriment sur une face, puis deux. Les toiles acquièrent une dimension sculpturale. Les lames métalliques, acier inoxydable poli, capturent les reflets, la vibration de la lumière. Ces assemblages de feuilles d’aluminium, matériau technologique, relèvent d’un processus artisanal à la complexité technique, porteurs d’une ambition transformatrice. 







A partir de 1963, la toile disparaît progressivement. Inès Blumencweig compose des structures complexe, recherche les effets, multiplie les sollicitations visuelles, les jeux d’optique. Dans une stratégie de déplacement du visiteur autour de l’oeuvre, elle modifie le rapport à l’espace. Cette année-là, le Musée d’art moderne de Miami lui consacre sa première et seule exposition dans un musée. En 1964, plusieurs galeries romaines s’intéressent à son travail. 

Pour les deux œuvres datées 1973 et 1978, Inès Blumencweig remplace le métal par des rubans de nylon. Elle poursuit ses recherches sur la matière et l’objet. Elle sélectionne des matériaux dans leur immédiateté, matériaux pauvres prélevés à l’état brut, à un niveau élémentaire dans leur environnement originel. Production artistique marquée par le dépouillement, elle les détourne de leur vocation initiale pour les employer à des fins plastiques marquant une forme d’opposition à la société industrialisée consumériste. Les énergies circulent entre forme et matière. Conception abstraite libre, elle délivre l’énigme visuelle de la présentation qui refuse la représentation. Expérience sensible, épure de la composition. Le montage simple et direct vient souligner les signes d’ordre conceptuel, le travail de sens. 

La Galleria P21 à Rome organise la dernière exposition personnelle d’Inés Blumencweig en 1980. De 1981 à 1987, grand reporter, elle vit entre Nice et Paris. Puis elle rejoint son époux à Rome, où elle vit toujours. 

Inés Blumencweig Structures sensibles
Jusqu’au 7 janvier 2023

Maison de l’Amérique Latine 
217 boulevard Saint-Germain - Paris 7
Tél : 01 49 54 75 00
Horaires des galeries d’exposition : Du lundi au vendredi de 10h à 20h - Le samedi de 14h à 18h