Lundi Librairie : Dites-lui que je l'aime - Clémentine Autain

 

Députée de la Seine-Saint-Denis, féministe engagée, journaliste et autrice de nombreux ouvrages sur la défense du droit des femmes, Clémentine Autain se livre sur la tragédie privée de son enfance. En décalage avec son statut public, elle se confie dans un exercice de témoignage intime au sujet de sa mère la comédienne Dominique Laffinn égérie du cinéma d’auteur à la fin des années 1970, début des années 1980, disparue à l’âge de trente-trois ans. Afin de répondre aux questions de ses propres enfants, alors neuf et onze ans, au sujet de leur grand-mère inconnue, elle surmonte son aversion à évoquer cette femme. Trente années sans parler, mémoire verrouillée sur la douleur des souvenirs les plus sombres, la colère et la rancœur. Sa fille n’a que douze ans lorsque Dominique Laffin meurt dans sa baignoire en 1985, d’une crise cardiaque provoquée par un excès d’alcool et de médicaments, un suicide peut-être. 

Clémentine Autain dit sans phare la relation complexe avec une mère défaillante et abandonnique, icône dans la lumière du grand écran, femme brisée, dépressive, imprévisible au quotidien, une écorchée vive qui noyait son mal-être dans les addictions. Elle fait revivre cette figure maternelle torturée, inapte à s’occuper d’un enfant qui alterne les grands moments de débordements et les périodes de profond abattement. Hantée par la douleur enfouie, Clémentine Autain a longtemps refusé de se confronter à ses souvenirs, les errements, la fuite en avant, le désastre d’une existence rongée par l’alcoolisme vue à hauteur d’enfant. Dans l’inversion des rôles provoquées par cette déchéance, elle raconte les conséquences, la garde retirée, incapable de prendre soin de son enfant ou d’elle-même, les épreuves surmontées par la fillette, l’inversion des rôles. Plongée dans le passé pour faire la paix avec son enfance.

Dans ce livre émouvant, récit sensible et juste, la fille s’adresse directement à la défunte, lance les ponts d’une réconciliation possible, les pistes de retrouvailles apaisées. Clémentine Autain s’est construite à travers le rejet de cette figure maternelle en souffrance, égarée, longtemps haïe, à l’opposé, et pourtant elle se trouve aujourd’hui des points communs. Elle redécouvre sa propre mère, la part de lumière, sa passion pour son métier, son intelligence, son engagement, femme émancipée, militante du MLF audacieuse et grande amoureuse fantasque. Elle s’autorise enfin à voir les films de l’actrice magnifique, lumineuse, drôle, « Dites-lui que je l’aime » (1977) de Claude Miller, « Tapage Nocturne » (1979) de Catherine Breillat, « La femme qui pleure » (1979) de Jacques Doillon, « Garçon ! » (1983) de Claude Sautet. 

A travers cette expérience intime dont le propos est universel, Clémentine Autain initié une mise au point avec ses parents. Récit cathartique, « Dites-lui que je l’aime » interroge la filiation avec sensibilité tandis que l’autrice questionne sa propre maternité.

Dites-lui que je l’aime - Clémentine Autain - Editions Grasset - Poche Le Livre de Poche