Paris : Fontaine Saint Denis à Montmartre, légende médiévale, source sacrée et hagiographie apocryphe - XVIIIème



La Fontaine Saint Denis, placée au coeur du square Suzanne Buisson, est une réalisation récente. La statue qui surplombe un bassin semi-circulaire date de 1941. Cet hommage à saint Denis est l’oeuvre de Fernand Guignier (1902-1980), élève d’Emile Derré, artiste montmartrois d’adoption, qui a souvent pris les paysages de la Butte pour modèle. Cette sculpture évoque un épisode fameux de la légende montmartroise, l’histoire de saint Denis, premier évêque de Paris, martyr chrétien du IIIème siècle, associé dès le IXème siècle grâce aux écrits de l’abbé Hilduin, au mythe de céphalophorie lumineuse, du grec képhalê / tête et phorein / porter. Selon Hilduin, saint Denis, relevé miraculeusement de son supplice, récupère sa tête et quitte le lieu d’exécution pour se diriger vers le nord. En route, le martyr prend le temps de s’arrêter auprès d’une source où il lave sa tête souillée. La fontaine de Montmartre devient peu à peu l’objet d’un culte chrétien auprès avoir longtemps été une source sacrée pour les païens. Mentionnée dans des textes officiels dès le XIVème siècle, elle est réputée pour le pouvoir de guérison de ses eaux, cure populaire contre les céphalées. Elle garantirait également aux filles de trouver mari et de lui rester fidèle. La source disparaît lors d'un effondrement de carrière en 1810. Il n’est pas mentionné si la nouvelle fontaine aménagée dans les années 1940 a conservé ses pouvoirs surnaturels.









L’étymologie du nom de Montmartre est sujette à controverse, plusieurs explications se disputant la part du lion. L’une gallo-romaine « Mons Martis », mont de Mars, fait référence à un temple dédié à Mercure qui se situait au IIIème siècle à l’emplacement de l’actuelle église Saint Pierre. Afin de mieux séduire les fidèles, les chrétiens ont souvent récupéré à leur profit les lieux, fêtes et légendes païennes. La seconde version des origines de la dénomination de Montmartre viendrait de l’appellation « mons martyrium », mont des martyrs en référence à la légende de saint Denis l’un des plus vénérés au Moyen-âge.

Son histoire miraculeuse a été popularisée par Hilduin, abbé de Saint-Denis dans son ouvrage La Passio sancti Dyonisi, écrit entre 835 et 840. Dans cette hagiographie, le religieux réinvente la figure de saint Denis, son saint patron, afin d’accroitre son prestige, notamment auprès du roi Dagobert Ier. Il l’assimile à Denys l’Aréopagite, auteur de traités chrétiens de théologie, l’une des sources majeures de la spiritualité mystique chrétienne et l’associe au mythe de céphalophorie lumineuse. Dans un but d’édification spirituelle des foules.







La légende de saint Denis selon Hilduin ne manque pas de piquant. Premier évêque de Paris, Denis est un missionnaire évangélisateur trop fervent au goût des autorités romaines. Le préfet Fescennius Sisinius le fait décapiter vers 250, en compagnie du prêtre Rustique et l’archidiacre Eleuthère. L’exécution se serait tenue devant le temple de Mercure, situé approximativement autour de la Crypte du martyrium de saint Denis, rue Yvonne Le Tac.

Une première chapelle est construite du temps du temps de Saint Geneviève au Vème siècle puis un pèlerinage est institué par le roi Dagobert au VIIème siècle. Dans cette chapelle saint Ignace de Loyola et ses compagnons constituent la Compagnie de Jésus le 15 août 1534. La chapelle du Martyrium est rasée à la Révolution. La crypte actuelle voit le jour dans les années 1880 à l’emplacement du Martyrium supposé. Des versions tardives suggèrent une persécution de saint Denis sous Valérien en 258 et plutôt vers l’île de la Cité.

Selon Hilduin de Saint-Denis, le martyr se serait relevé après sa décollation. Empoignant sa tête, il part vers le nord mais fait halte auprès d’une fontaine afin de laver son chef souillé. Il reprend sa route et s’effondre dans le champs d’une dame Capulla, où il expire enfin. Chrétienne, cette femme lui offre une sépulture, un mausolée qui bientôt devient lieu de pèlerinage. D’après le récit « La vie de sainte Geneviève », la sainte patronne de Paris vers 450-475 fait transférer les reliques du martyr vers un oratoire construit à cette occasion, lieu qui devient le Cole de La Chapelle où se trouve l’église Saint Denys de la Chapelle. Puis le roi Dagobert Ier, sensible aux récits de Hilduin, fait transférer au VIIème siècle les reliques à l’abbaye royale de Saint Denis, la nécropole de la dynastie capétienne. 







A Montmartre la fin du XVIIIème siècle, les carrières se développent. Les premiers affaissements de terrains surviennent rapidement. En 1820, la fontaine Saint Denis, sa source et l’un des moulins voisins disparaissent lors de l’effondrement de galeries souterraines. Renfloué mais inconstructible, le terrain devient le jardin d’un hôtel particulier, surnommé « le château des brouillards ». Puis il accueille les serres exotiques de Godefroy Lebeuf, négociant en caoutchouc passionné d’horticulture, avant de devenir un jardin d’enfant en 1935. Il prend le nom de square Suzanne Buisson en 1951, en hommage à Suzanne Buisson (1883-1944) militante, femme politique, secrétaire des femmes socialistes SFIO, grande Résistante morte en déportation à Auschwitz.

La Fontaine Saint Denis a donné son nom à la rue de la Fontaine Saint Denis devenue passage Tourlaque, rue Blandan puis finalement rue Steinlein, ainsi qu’à l’Impasse de la Fontaine Saint Denis devenue impasse du But et au moulin de la Fontaine Saint Denis construit en 1724, disparu lors de l’effondrement de la carrière en 1820.

Fontaine Saint Denis 
Accès : Square Suzanne Buisson - 7 rue Girardon - Paris 18

Bibliographie
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme
Paris de fontaine en fontaine - Jacques Barozzi - Parigramme
Le guide du promeneur 18è arrondissement - Danielle Chadych et Dominique Leborgne - Parigramme