Paris : Villa Borrégo, nostalgie du Vieux Paris - XXème


La Villa Borrégo, étroite venelle percée en 1909, trottine en pente douce sur les hauteurs du quartier Saint-Fargeau. Voie privée ouverte à la circulation par arrêté du 23 juin 1959, son exiguïté assure sa discrétion et semble être la clé de sa quiétude heureuse. A l’origine bordée par un habitat ouvrier typique du début du XXème siècle, la Villa Borrégo déploie une joliesse sans prétention exempte d’architecture somptuaire. Pierre de meulière, briques rouges, balcons en fer forgé, les façades charmantes envahies par le lierre souligne la préciosité des jardinets amoureusement entretenus. Longue d’à peine 52 mètres et large de trois, la ruelle se hisse avant de s’achever en impasse jusqu’à un escalier escarpé. Plongé dans un bouillonnement de verdure, il dissimule l’accès à une invisible maison, d’autant plus intrigante… 










Ancienne dépendance de la propriété du château de Ménilmontant, le quartier Saint-Fargeau illustre les disparités, les aberrations et les harmonies inattendus d’un environnement tiraillé entre deux volontés urbanistiques. Ici les grands ensembles HLM de béton datant des années 1970 côtoient les anciennes maisons ouvrières soigneusement restaurées par de nouveaux propriétaires aisés. Cette dichotomie traduit l’évolution chaotique du tissu urbain contraint de muter par la volonté des pouvoirs publics. Si les décisions politiques ont radicalement transformé le XXème et le XIXème arrondissements, la résistance des populations et leur capacité à se réapproprier la géographie sensible de la ville ont renoué les liens sociaux. 

Le souvenir nostalgique du quartier Saint Fargeau d’avant les grandes transformations débutées dans les années 1970 se perpétue néanmoins. La métamorphose dans le grondement des bulldozers a conservé le tracé des rues mais les pelleteuses ont fait disparaître les grandes volées d’escalier, les immeubles suspectés d’insalubrité, les arrière-cours. Le bâti largement démoli a fait place à une nouvelle idée de la ville et à l’appétit des promoteurs pour le béton.










Désormais le quartier incarne les ruptures d’échelle entre modernité minérale et passé villageois. La réhabilitation a presque totalement éclipsé le village champêtre déployé autour d’une modeste église. Les lotissements résidentiels datant de la fin du XIXème et du début du XXème siècle ont disparu au profit de tours sur dalle comme la ZAC Saint Blaise, les Amandiers à Ménilmontant, la place des Fêtes à Belleville. Ces HLM paraissent d’autant moins esthétiques qu’ils côtoient les très beaux HBM en briques de la première moitié du XXème siècle. 

Quelques pépites demeurent intouchées, incursions de nature exubérante qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, irréductibles villas, cités et passages, survivances mélancolique d’une ville disparue. Le souvenir idéalisé des villages de Charonne, de Belleville, de Ménilmontant flotte encore dans l’air. Il en faut peu pour se laisser rêver aux dimanches en famille à l’ombre des fortifs, aux guinguettes et aux bals populaires, à la légende des Apaches. Le quartier Saint Fargeau laisse transparaître le paradoxe des vestiges d’un autre temps. Les reliquats vétustes de l’activité industrielle et artisanale, les ateliers désaffectés et les maisons ouvrières fréquentent de près les quelques belles constructions qui rappellent la prospérité maraîchère de Charonne. 

Villa Borrégo - Paris 20
Accès 33 rue Borrégo

Bibliographie
Le guide du promeneur 20è arrondissement - Anne-Marie Dubois - Parigramme
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages

Sites référents