Lundi Librairie : L'humeur vagabonde - Antoine Blondin



L’humeur vagabonde - Antoine Blondin : Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, alors que les lignes de train sont relancées, Benoît Laborie, malheureux en ménage décide de quitter son village de Mauvezac en Charente pour tenter sa chance à Paris. Il laisse derrière lui le silence et les aigreurs de Denise sa femme, ses deux jeunes enfants et une mère, veuve encombrante à l’amour étouffant. Benoît rêve d’une réussite fulgurante pour laquelle il n’a visiblement que peu de dispositions. Cet ingénu débarque à la gare d’Austerlitz encombré d’un poulet et d’une azalée en pot. Il tente vainement de renouer le contact avec des proches perdus de vue, une marraine qui de concierge est devenue députée mais se trouve à Deauville, un cousin, avocat de renom, dont l’agenda est bien trop rempli pour accorder quelques minutes à cet insignifiant gêneur. Désemparé, Benoît atterri dans un hôtel où il fait la connaissance d’une vénus mercenaire accorte. Durant sept jours à Paris, de déconvenues en illusions dissipées il se découvre lui-même avant de rebrousser chemin, avant qu’un malentendu ne tourne au drame.

Histoire d’un personnage lunaire dont le désenchantement tourne à la détresse émouvante, « L’humeur vagabonde » est une fable douce-amère, ode aux chemins de traverse et tableau mélancolique de la condition humaine. Sous une fausse frivolité, légèreté de façade où le bizarre et le dérisoire se mêlent au cocasse, Antoine Blondin met à nu une déchirure profonde, sensible, inattendue. Brillant journaliste sportif, chroniqueur éclairé du Tour de France, figure des nuits germanopratines de la grande époque, ce grand ami de Roger Nimier a fait partie de l’aventure littéraire du groupe des Hussards. En un nombre réduit d’œuvres de fiction, il a développé un univers unique, une sensibilité particulière et un style brillant, la vivacité d’une écriture musicale. Blondin a signé cinq romans publiés entre 1949 et 1970 parmi lesquels « Un singe en hiver » adapté au cinéma par Henri Verneuil et Michel Audiard, avec Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans un duo d'acteurs inoubliable.

« L’humeur vagabonde », court texte édité en 1955, met en lumière la nature humaniste et subversive de l’auteur qui manifeste très tôt une forte détestation de l’ordre établi et des donneurs de leçon. La fluidité du récit, véritable appel à la flânerie, est portée par un sens de la formule réjouissant. Mais l’ironie y dispute souvent à la fragilité. Antoine Blondin assume le charme de la fantaisie pour mieux évoquer le drame de la condition humaine. Nous sommes tous des perdants.  

Muré dans sa solitude, Benoît incarne l’inaptitude, le manque de consistance et de malice, la désarmante faiblesse de l’anti-héros, la passivité de l’homme ordinaire face aux aléas. Il choisit de quitter sa petite vie tranquille et imparfaite pour se frotter aux mirages de la Capitale mais en réalité il va où le vent le pousse. En tenant de s’arracher à un destin tout tracé, il retrouve, ironie du sort, le goût de son existence paisible. Ses mésaventures cocasses ponctuées de rebondissements rocambolesques mettent en lumière la véritable nature des êtres. Sur le motif classique du "provincial monté à Paris", le romancier se fait peintre de l’âme humaine. 

L’élégance du désespoir se traduit par une allégresse teintée de mélancolie comme un sourire triste. La grâce de l’écriture, épure d’un style ciselé, laisse affleurer l’émotion au fil des mots. Fausse légèreté et sens de l’absurde, goût pour les dimensions oniriques, Antoine Blondin s’amuse des hasards et des coïncidences des journées parisiennes de Benoît avant d’imaginer un retour au pays dramatique qui prend pourtant un caractère drolatique piquant. Ironie délicieuse, merveille d’acidité, derrière l’humour point la profonde désolation, la détresse face à la cruauté du monde 

L’humeur vagabonde - Antoine Blondin - Editions La Petite Vermillon Collection de Poche des Editions La Table Ronde