Ailleurs : La Maison du Textile, mémoire de la Filandière, patrimoine industriel et culturel - Fresnoy-le-Grand



La Maison du Textile, espace muséal situé à Fresnoy-le-Grand, témoigne du savoir-faire d’une industrie locale aujourd’hui disparue. Elle est installée dans l’ancienne fabrique reconvertie de La Filandière, entreprise de tissage traditionnelle qui sut résister longtemps à l'automatisation avant de clore définitivement ses portes. Le nouvel établissement culturel célèbre la mémoire de la vie ouvrière et des métiers oubliés tels que rotier, navetier, trameur sur rouet… L'univers singulier des manufactures du textile est puissamment évoqué à travers deux salles d’ateliers conservées intactes depuis la fermeture de la fabrique. Là demeurent, tous en état de fonctionnement, vingt-huit métiers à bras mécanique Jacquard datant de 1920. L’inestimable patrimoine industriel que forme cet ensemble est classé aux Monuments historiques depuis 1997. La Maison du Textile retrace par le biais d’une activité très sensible aux évolutions techniques, un pan d’histoire axonaise et de la révolution industrielle.











La tradition du tissage dans le Vermandois remonte au Moyen-âge. La ville de Saint-Quentin constituée en commune développe le tissage de la laine afin de produire de la Sayette. Dès le XIIème siècle, l’industrie du lin prend de l’ampleur. De grands pans de terres sont consacrés à la culture des végétaux. Des tisserands travaillant à domicile, les mulquiniers, transforment les fibres naturelles en tissu de qualité, linon et batiste. La fabrication du linon sera progressivement abandonnée au XVIIIème siècle. La seconde moitié du XVIIIème siècle est marquée par une évolution économique majeure. La production textile s’organise en fonction de la demande. Ainsi dans les années 1760, Santerre, négociant parisien introduit le tissage des gazes de soie et des mousselines. Succès. En 1781, la région compte plus de 900 métiers à tisser la soie. 

La mode du cachemire fait son apparition en 1800 et permet au savoir-faire des artisans du Vermandois d’atteindre une réputation internationale. En 1804, une innovation révolutionne les pratiques. Joseph Marie Jacquard, mécanicien lyonnais, invente en s’inspirant du carton de Falcon et de la machine de Vaucanson, un mécanisme qui permet de sélectionner les fils de chaîne grâce à un programme inscrit sur des cartons perforés. L’industrie prend un nouvel essor et les tisserands s’organisent en manufacture. Vers 1895, 28 000 emplois liés au textile dont 10 000 ouvriers spécialisés sont recensés dans la région. Les maisons de couture font appel à leurs services comme Coco Chanel. Rodier et Lesur y installent leurs ateliers.










L’industriel parisien Gaetan Lanzani lance, en 1920, La Filandière, une entreprise textile spécialisée dans les tissus d’ameublement et les tapisseries sur métier Jacquard. Il reprend à son compte des locaux du XIXème siècle dans lesquels existe déjà une grande salle des métiers couverte en shed aménagée en 1914. Endommagée lors de la Première Guerre Mondiale, elle est restaurée ainsi que la maison du gardien et celle qui est désormais la reconstitution du domicile d’un tisseur. Après les drames de la Grande Guerre, l'occupation allemande, la destruction de l'outil de travail, l'industrie textile renaît de ses cendres. En 1921, la région compte 1 500 métiers à bras en fonctionnement.

La Filandière connaît un grand succès qui peu à peu s'étiole au tournant du siècle. Elle sera la dernière entreprise textile de Picardie à proposer un tissage sur métiers à bras équipés du système Jacquard. De nos jours, la Maison du Textile valorise ce patrimoine industriel et culturel. Les vingt-huit métiers à tisser sont toujours en état de marche et les 55 000 cartes perforées des tapisseries produites ont été conservées. Ils servent d'exemple afin de refléter la pluralité des techniques de tissage, Jacquard, Aubusson, broderies.










La salle attenante illustre l’évolution de l’industrie avec l’exposition de métiers contemporains, métier à tisser Jacquard électronique automatisé ou même métier assisté par ordinateur. Dans l’annexe de l’ancienne fabrique, la reconstitution d’un intérieur de maison de tisserand à domicile fait revivre la tradition des mulquiniers du Vermandois. Les éléments protégés au titre des Monuments historiques comprennent la maison du gardien de la fabrique, maison du tisseur à domicile, les deux salles des métiers à bras et l’ensemble des machines. 

Chaque année, quatre expositions temporaires sont organisées à la Maison du Textile. Un programme d’animations et d’ateliers tout public proposent de prolonger la découverte. Salle de projection, auditorium, salle de réunion, espace de jeux, bibliothèque et médiathèque et aire de pique-nique complètent une offre culturelle ancrée dans le patrimoine régional..

La Maison du Textile
54 rue Roger Salengro - Fresnoy-le-Grand
Tél : 03 23 09 02 74



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.