lundi 11 novembre 2019

Lundi Librairie : Anatomie de l'amant de ma femme - Raphaël Rupert



Anatomie de l’amant de ma femme - Raphaël Rupert : Raphaël, le narrateur, a tout plaqué afin de trouver le temps et l’énergie d’écrire un premier roman longtemps fantasmé. D’autant que cet architecte désabusé est le mari de Laetitia, elle-même écrivaine publiée connaissant un certain succès d’estime et soutenue par un noyau dur de fans enthousiastes. Mais alors que sa femme produit avec une rigueur de métronome ses huit mille mots par jour, Raphaël peine à la tâche. Son histoire de nazi pétomane, d’un mauvais goût assumé, ne semble plus l’inspirer. Il procrastine toujours plus. Un jour de flemme, il décide de feuilleter le journal intime de son épouse. Il découvre avec effarement qu’elle le trompe avec un certain Léon doté de mensurations hors norme. Blessé dans sa virilité, bien plus vexé que jaloux et soudain obnubilé par la taille de ses propres attributs, Raphaël décide de traquer les potentiels amants de sa femme. Entre ses nombreuses séances devant Youporn et ses grandes interrogations littéraires autour de l’adultère au féminin, il invente des stratagèmes absurdes pour tenter de comprendre la débandade de son ménage.  

Premier roman, prix de Flore 2018, Raphaël Rupert joue sur la gamme de l’autofiction un air classique de vaudeville aux accents modernes. Il se saisit des thèmes de l’ennui conjugal, des vagues à l’âme de la bourgeoisie pour autopsier le couple sous forme de jeu de pistes déroutant. Le manque d’inspiration de son narrateur dissimule une vraie dépression. La routine ronronnante est synonyme de mort du désir. Les quelques mots jetés au hasard du journal intime de sa femme résonnent comme une provocation. A tel point que le lecteur en vient à douter de la réalité de cet amant TTBM.

La découverte d’un rival révèle en Raphaël, le personnage, des préoccupations inoculées dans l’esprit des hommes par une société normative. Injonction à la performance, obsession des centimètres, l’angoisse du mâle moderne face à la taille de son chibre, deviennent prétextes à des réflexions bien plus existentielles. Et tandis que le malheureux cocu convoque à la rescousse Tolstoï, Melville, Kundera, Bataille, Lacan, Valéry, Flaubert, l’érudition savoureuse de l’écrivain rend hommage à ses illustres prédécesseurs. Le mari de fiction, horripilé par l’humiliation ressentie, s’interroge sur la corrélation entre désir et littérature tandis que l’auteur s’amuse visiblement des théories fumeuses de son narrateur, ses considérations sur le métier d’écrivain, les grandes aspirations et les désillusions cruelles. Sous couvert de comédie burlesque, Raphaël Rupert livre une fable aiguë de l’empêchement d’être à soi. 

Les tribulations improbables et les scènes outrées volontiers grotesques soulignent l’absurdité d’une quête qui apparaît comme l’ultime prétexte pour ne pas se mettre vraiment à écrire.   En écriture comme en amour, les fantasmes exercent un rôle prédominant. Les digressions érotico-comiques, plume acéré, verbe cru, enquillent sur le fil d’une provocation subtile, causticité radicale d’un désespoir aussi lyrique que cocasse. Insolence badine, lucidité acide, un roman réjouissant.

Anatomie de l’amant de ma femme - Raphaël Rupert - Editions L’Arbre Vengeur




Aucun commentaire :