lundi 11 mars 2019

Lundi Librairie : Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture - Woody Allen



Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture - Woody Allen : L’analyse freudienne des listes de blanchissage de Metterling, les us et coutumes des membres de la mafia en quête de respectabilité mais pris dans l’engrenage de la vengeance, les mémoires de guerre du coiffeur d’Hitler, qui se souvient "J'ignorais totalement que Hitler fût un nazi. Pendant des années, j'ai cru qu'il travaillait pour la compagnie des téléphones", ces trois textes forment un préambule piquant à ce recueil de nouvelles parodiques. Ecrites par Woody Allen au cours des années 1970, elles ont été publiées notamment dans le New Yorker Magazine. Anthologie brillante et décalée, ces dix-sept textes de jeunesse forment un ensemble contrasté. Comme autant de variations autour des obsessions très personnelles du cinéaste, il met en scène ses interrogations existentielles dans des saynètes drolatiques irrésistibles. 

Satire hilarante des publications scientifiques, l’histoire de la création sandwich devient une découverte expérimentale menée par un comte Sandwich dévoué à la recherche. En pleine autodérision, Woody Allen signe une parodie désopilante du Septième Sceau d’Ingmar Bergman. La Mort vient chercher Nat Ackerman, tailleur juif new-yorkais qui lui propose de jouer un délai au gin-rammy en ayant la ferme intention de rouler la grande Faucheuse.

Savoureux aperçu de la nature humaine, une correspondance entre deux hommes, à l’occasion d’une partie d’échecs à distance, révèle toute la mauvais foi, l’inclination naturelle à la tricherie, aux coups bas des joueurs. Le réalisateur s’amuse des films d’horreur et prend le contrepied de la narration classique lorsque le comte Dracula est victime de la trop grande hospitalité de paysans accueillants.  Aussi brèves qu’efficaces, les nouvelles exploitent les situations pittoresques. 

L’auteur détourne dans un grand éclat de rire les grandes réflexions métaphysiques sur la mort, l’amour, le sens de la vie, l’honneur. "L'homme n'amène pas son propre malheur, et si nous souffrons, c'est par la volonté de Dieu, bien que je n'arrive pas à comprendre pourquoi il se croit obligé de tellement en remettre." Au fil des mots, les romans policiers se font ontologiques. Une vamp engage un privé pour retrouver Dieu, lequel a été assassiné dans un entrepôt de Delaney Street. Qui peut bien-être le meurtrier ?

En quelques pages joliment troussées, Woody Allen parvient à planter tout un décor propice aux intrigues. Une poignée de phrases lui suffit pour tracer les grandes lignes d’une intrigue aux accents cinématographiques à la manière des scénarii. Il déploie un sens du récit que les digressions aussi truculentes qu’ingénieuses viennent souligner. On n’est jamais très loin de l’humour juif qu’Allen affectionne particulièrement, ton décalé, tour à tour acide, loufoque, lucide. Il navigue avec délectation entre le bon sens et l’absurde ponctuant ses textes de répliques cultes, d’aphorismes délicieux. "Bien que je ne crois pas à une vie future, j'emporterai quand même des sous-vêtements de rechange."

Woody Allen aborde son thème de prédilection, la psychanalyse, à plusieurs reprises. Le faux entretien cocasse avec le Docteur Helmholtz, contemporain de Freud dont il fut l’ennemi juré pour cause de divergence des longueurs d’onde, se place au sommet. Sous la plume de l’auteur, la révolution en Amérique latine devient un jeu de jeunes idéalistes inconséquents, durement confronté au principe de réalité. Candide fait la révolution et c’est tout à fait burlesque. Ironie mordante, humour décalé, ce recueil est une pépite. 

Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture - Woody Allen - Traduction Michel Lebrun - Edition de poche Points



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