samedi 17 novembre 2018

Expo : Picasso. Chefs-d'oeuvre ! - Musée Picasso Paris - Jusqu'au 13 janvier 2019



Happé par le bouillonnement créatif de son génie précoce, Pablo Picasso (1881-1973) a rapidement renoncé à l’idée de création unique pour se consacrer à une pratique sérielle. Il a ainsi développé une nouvelle conception du chef-d’œuvre total qui englobe toutes ses créations. Chaque toile, chaque sculpture s’impose comme une note supplémentaire dans la grande symphonie qu’est l’œuvre. En se défaisant de la notion de chef-d’œuvre académique ancré dans les codes, Picasso a réinventé le concept à l’aune sa puissance de précurseur. L’exposition présentée au Musée Picasso Paris jusqu’au 13 janvier renouvelle l’approche d’un parcours prolifique à travers un panorama chronologique où toiles, sculptures, dessins, lithographies, photographies, documents variés interrogent la notion de chef-d’œuvre selon le maître catalan. Les pièces emblématiques, certaines présentées pour la première fois à Paris, ont été réunies grâce prêts exceptionnels de grandes institutions internationales, le Musée Picasso de Barcelone, la Tate Gallery de Londres, la Fondation Peggy Guggenheim, le Centre Pompidou de Paris. Picasso. Chefs-d’oeuvre retrace l’histoire des œuvres qui ont fait l’Histoire de l’art du XXème siècle.













Oeuvres pérennes dans l’inconscient artistique collectif, de nombreuses créations de Pablo Picasso sont de nos jours considérées comme des chefs-d’œuvre. Mais pour l’artiste, au-delà de la pièce isolée, hormis certaines toiles comme Guernica, c’est l’ensemble du travail qui fait chef-d’œuvre. En quête perpétuelle de nouveaux modes d’expression, il aura tout au long de sa vie choisi la réinvention permanente quitte à choquer ou à provoquer le rejet. C’est cette idée forte qui permet aujourd’hui de proposer une lecture différente de la production picassienne. L’exposition qui se tient au musée Picasso Paris met en avant des œuvres charnières, véritables icônes que les archives abondantes permettent de décrypter sous un jour nouveau et de mieux comprendre comment elles ont accédé au statut de chef-d’œuvre. 

A travers Science et Charité, chef-d’œuvre au sens classique prêté par le musée Picasso de Barcelone peint par Picasso en 1897 - il a seize ans et est encore étudiant aux Beaux-Arts de Barcelone - transparaissent la virtuosité et la maîtrise des canons académiques que le peintre passera le restant de sa vie à déconstruire. L’exposition questionne le statut de chef-d’oeuvre en dépassant l’idée d’évidence plastique pour mieux s’approche de la construction culturelle de cette notion. Avec réunis pour la première fois les trois Arlequins de 1923, une série poétique qui vibre d’émotion, l’événement met en lumière l’idée d’engouement populaire, d’appréciation publique qui va conférer le statut de chef-d’œuvre au tableau Arlequin assis conservé au musée de Bâle grâce à l’engagement citoyen des étudiants de la ville. 

Aujourd’hui considérée comme l’un des premiers jalons de la modernité et de la révolution picturale, Les Demoiselles d’Avignon (1907), toile conservée à New York qui ne voyage plus du fait de sa fragilité, est ici représentée par une tapisserie signée Jacqueline de la Baume-Dürrbach. La documentation abondante met en lumière la quête plastique de Picasso. Il cherche à échapper à la représentation classique dans un geste radical qui suscite alors au mieux le doute au pire le rejet violent. 

Il faudra plus de dix ans pour que cette oeuvre longtemps incomprise et remisée dans un coin d’atelier, soit présentée au public en 1916. L’accueil est mitigé mais André Breton y voit "l'événement capital du XXe siècle" et parvient à vendre l’oeuvre au collectionneur éclairé Jacques Doucet. A la mort de ce dernier en 1927, les musées européens ne sont pas intéressés. Alfred Barr fait l’acquisition de ce tableau pour le MoMa en 1939. Ainsi Les Demoiselles d’Avignon vont accéder à la gloire soulignant le rôle des institutions, des spécialistes, des historiens d’art dans la construction de la notion de chef-d’œuvre. 











Pièces uniques ou éléments d’une série, toutes ces créations singulières entrent en écho avec une période donnée. Travaux préparatoires, carnets de croquis, esquisses illustrent le long cheminement de l’artiste dans une exploration vivace du processus créatif. La correspondance personnelle de Picasso, les coupures de journaux, la documentation sur les différentes expositions et les ouvrages rédigés à leur suite donnent des pistes pour appréhender la réception critique des œuvres en leur temps, la façon dont s’établit leur notoriété à travers le regard des proches tout d’abord puis du grand public et du marché de l’art. 

Souvenir des plages andalouses, les trois Baigneuses, œuvres monumentales peintes à Malaga en pleine guerre civile espagnole, alors que les troupes nationalistes envahissent la ville natale du peintre portent la douleur mystique du drame personnel et historique. La Danse (1925) et Femmes à leur toilette (1937), collage peint composé à la même époque et selon le même procédé que Guernica qui vient tout juste d’être rénové, procède de l’idée d’évidence esthétique où l’acte créatif révèle sa puissance.













De la maîtrise technique de ses débuts à la spontanéité jubilatoire des installations des années 1970, de l'académisme de sa formation à la liberté de geste des dernières compositions, Pablo Picasso aura su par ses capacités de métamorphoses permanentes toucher à toutes les dimensions de la notion de chef-d’œuvre. 

Picasso. Chefs-d’œuvre ! 
Du 4 septembre 2018 au 13 janvier 2019

Musée national Picasso-Paris
5 rue de Thorigny - Paris 3
Téléphone : 01 85 56 00 36
Horaires : Ouvert tous les jours sauf le lundi - Du mardi au vendredi 10h30 – 18h 
Samedis, dimanches et Jours fériés : 9h30 -18h00.
En période de vacances scolaires (zone C), le Musée est ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 18h00.

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