lundi 10 septembre 2018

Lundi Librairie : Babylone Express - Mathilde-Marie de Malfilâtre



Babylone Express - Mathilde-Marie de Malfilâtre : Officier du renseignement, analyste politique et rédactrice au service de la lutte anti-terroriste, Luna de Pâris a le profil d’une fille de bonne famille. Mais désabusée par le monde tel qu’il est, sa route a dévié. Lors d’un road trip au Maroc sur les traces de Burroughs, elle a fait la connaissance de Marco von Z. un photographe engagé mais surtout dealer et à l’occasion gigolo. Rejeton d’une famille d’aristocrates italiens désargentés, très fins de race, ce défenseur radical du droit des animaux est aussi éco-terroriste à ses heures perdues. Fous l’un de l’autre, adeptes des paradis artificiels et du libertinage, ils voudraient refaire le monde et trouver une voie différente mais pour cela ils ont besoin de 30 000 euros. Ils montent un trafic de stupéfiants dont le camp de base se situe dans la caserne de la rue de Babylone où Luna habite avec les autres officiers. Spirale de la drogue, vendeurs et consommateurs, ils misent de plus en plus gros, de plus en plus toxiques. Paris, Marrakech, Berlin, Amsterdam, dans les milieux interlopes, les nuits sont orgiaques et toxiques.

Transgressif, désaxé, d’une modernité rageuse, Babylone Express fait entendre la voix nouvelle d’une jeune romancière dont la plume trépidante et brutale emprunte à la gouaille populaire, à l’argot des milieux de la drogue. L’humour au vitriol de Mathilde-Marie de Malfilâtre illumine son récit de saillies savoureuses. Le verbe est cru, survolté, dopé aux amphètes. La romancière s’inspire volontiers de la pratique de l’écriture automatique pour retranscrire les sensations des expériences psychédéliques. Perles ésotériques et fulgurances poétiques traversent ces scènes surréalistes. La puissance de cette langue imagée parvient à transcender le sordide. Lorsque le récit plonge le lecteur dans des atmosphères underground saumâtres, l’auteur s’échappe en envolées lyriques. 

« Au milieu de cette humanité exsangue et folle, pourrie et belle et pathétique » apparaît une figure féminine dantesque, Luna, icône des temps modernes, princesse punk et libertine, sorte d’ogresse, feu et flamme, déesse du sexe, libre avant tout, qui assume la démesure de ses appétits en allant au-delà des limites. Sexe, drogue et techno, sur la route de la quête de soi, les deux héros risquent pourtant de se perdre. Cette jeunesse en déshérence, droguée jusqu’à l’os mais vegan, adepte du bio et de la naturopathie trouve dans les psychotropes des amplificateurs de conscience. Refusant de voir la combustion des addictions pour ne célébrer que la jouissance des corps, débauche souveraine, ils s’évadent par les substances, désabusés. « J’aime beaucoup les auteurs de la Beat Generation, d’ailleurs. Eux, ils avaient du taf, le sexe libre et les acides de la Madone. De quoi être béat, en effet. Nous on a le sida, le RSA et des profs de merde. On est la Shit Generation. »

Les stridences des excès, la somptuosité des sens, les sueurs froides des petits matins blêmes, Mathilde-Marie de Malfilâtre nous entraîne dans une sorte de transe violente d’une vitalité morbide. Au rythme haletant d’un récit mené à fond de train, toxique et tonitruant, elle pousse l’expérience avec fureur, vertige des abîmes, fascination du gouffre tout en glissant au passage un véritable message, injonction citoyenne à prendre le destin du monde en main en changeant ses propres comportements quotidiens. Une grande claque. Une révélation.

Babylone Express - Mathilde-Marie de Malfilâtre - Editions Le Dilettante



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