vendredi 27 juin 2014

Paris : Les plus anciennes maisons de Paris, les prétendantes, les légendes et la doyenne

11 et 13 rue François Miron - Paris 4


Les prétendantes au titre de plus ancienne maison de Paris ont en commun une allure médiévale transportant le passant curieux à travers les âges et le temps ainsi qu’une autre caractéristique et non des moindres, elles ont toutes échappé aux grands travaux du baron Haussmann. Rappelons que le préfet de la Seine de 1853 à 1870, dirigea, Sous le Second Empire, des aménagements drastiques en approfondissant le plan de rénovation établi par la commission Siméon. Si Jacques Hillairet dans l’un de ses célèbres ouvrages de vulgarisation au sujet du Paris historique, situe la plus vieille maison de la Capitale au 3 rue Volta, des recherches ultérieures menées par des historiens en 1979 ont établi définitivement qu’il n’en était rien, la bâtisse datant du XVIIème siècle. La doyenne serait en fait la maison au Grand Pignon dite maison de Nicolas Flamel érigée en 1407 qui se trouve au 51 rue de Montmorency. Certains lui disputent cette couronne, charmés par l’apparence des 11 et 13 rue François Miron. L’étude poussée des archives aura prouvé qu’elles étaient également le résultat tardif d’une certaine nostalgie de ses constructeurs au début du XVIème siècle. Qu’à cela ne tienne, je suis partie nez au vent rendre visite aux quatre vieilles dames, appareil en bandoulière et curiosité attisée.


3 rue Volta - Paris 3
3 rue Volta - Paris 3
1878 dessin de J.A. Chauvet et 1878 photographie d'Eugène Atget
1910 carte postale et 1950 photographie de René Jacques


Ma promenade débute au 3 rue Volta à quelques encablures de la station Arts et Métiers dans un des plus anciens quartiers chinois de Paris où fleurissent encore aujourd’hui, malgré la montée en flèche des loyers, de nombreux restaurants asiatiques. L’immeuble pour lequel je me suis déplacée jusque là a fort belle allure. Au rez-de-chaussée deux étroites boutiques, portes basses avec ferrures, margelles séparant les échoppes de la rue, petites fenêtres aux étages, façade à colombage, il manque cependant l’encorbellement pour parfaire l’illusion d’une construction médiévale. C’est sous le Second Empire que naît la légende du 3 rue Volta.


Carte postale datant de 1910
3 rue Volta - Paris 3
3 rue Volta - Paris 3
3 rue Volta - Paris 3
3 rue Volta - Paris 3


Dans les cercles parisiens, se développe un mouvement de préservation du patrimoine architectural afin de limiter les dégâts causés par les grands travaux du baron Haussmann au Paris historique. Victor Hugo en est l’un des membres les plus actifs. La maison est alors datée de la fin du XIIIème ou début du XIVème. Une plaque portant la mention 1240 est même ajoutée au début du XXème siècle lorsque menacée de réalignement à la suite de travaux dans la rue en 1914, la maison est sauvée par l’opiniâtreté de Lucien Lambeau, historien de Charonne et des communes annexées en 1856. De nouvelles recherches menées en 1979 révèlent cependant qu’il s’agit en fait d’un pastiche de maison médiévale bâtie par un bourgeois au XVIIème. Jusqu’en 1644, le terrain est vierge de toute construction. Benjamin Dally maître menuisier et sa femme y font édifier l’immeuble actuel. Devenu veuf, il revend son bien. L’acte notarié de vente datant du 12 février 1654 reprend clairement l’historique de la bâtisse érigée à partir de 1644.


11 et 13 rue François Miron - Paris 4
11 et 13 rue François Miron - Avant et après la rénovation de 1967
Pignon en bois - 11 et 13 rue François Miron - Paris 4
Maison à l'enseigne du Mouton - 13 rue François Miron - Paris 4
Maison à l'enseigne du Faucheur - 11 rue François Miron - Paris 4


Je me dirige ensuite du côté de Saint Paul où de nombreux hôtels particuliers évoquent le Moyen Age. En se rendant, rue François Miron du nom du prévôt des Marchands de Paris de 1604 à 1609, il est facile d’imaginer des atmosphères médiévales à travers une architecture singulière même si les rues ont été élargies. A cette époque, les maisons n’étaient pas identifiées par des numéros mais par des enseignes évoquant l’activité du commerce au rez-de-chaussée ou une caractéristique architecturale ou encore une particularité de l’habitant. Les 11 et 13 rue François Miron sont respectivement appelés maison à l’enseigne du Faucheur et maison à l’enseigne du Mouton comme on peut le lire sur les plaques apposées aujourd’hui sur la façade. J’ai été tout de même un petit peu surprise de découvrir qu’au numéro 13 était installé un club libertin profitant des trois niveaux de cave qui datent probablement du XIVème de façon originale, dirons-nous. 


11 et 13 rue François Miron - Paris 4
Un peu d'histoire au 13 rue François Miron - Paris 4


Si l’âge des soubassements est un solide argument quant à la revendication du titre de plus ancienne maison de Paris, il semblerait que les édifices que l'on découvre de nos jours aient été érigés au XVIème siècle. Des documents indiquent que l’enseigne du Faucheur possédait un pignon mais une série d’ordonnances royales, à partir de 1508, interdit les constructions en saillie à cause des menaces d’effondrement. Sur la photographie datant des années 60, il a disparu. Dès 1607, après le grand incendie de Londres, les colombages, l’armature visible en bois, doivent être recouvert d’un mélange de chaux et de plâtre afin de limiter les risques de propagation du feu. Les maisons ont été rénovées en 1967 sous la direction de R. Hermann, architecte qui a pris à cœur de leur redonner leur aspect médiavale en dégageant l’ossature de bois des façades puis en reconstruisant le pignon au numéro 11.


Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3
Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3
Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3
1916 Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3



Retour dans le Marais. Celle qui détient le titre de plus vieille maison de Paris est située au 51 rue de Montmorency. Probablement aussi celle qui a le moins de gueule à mon sens. Ni pignon, ni colombage, pas plus d’encorbellement, il semblerait que les rénovations successives dont elle a fait l’objet depuis le début du XV7me siècle n’aient pas laissé grand-chose de la bâtisse originelle. La maison au Grand Pignon dite maison de Nicolas Flamel date de 1407. Nicolas Flamel, copiste, libraire, juré de l’Université né entre 1330 et 1340, n’y habita pas mais il y fit loger les ouvriers agricoles, laboureurs et maraîchers indigents travaillant sur les terres avoisinantes entre les enceintes de Philippe-Auguste et Charles V. Homme très généreux sur la fin de sa vie, la fortune de Nicolas Flamel bourgeois prospère mais bourgeois tout de même fit jaser. La légende raconte qu’il était un alchimiste et qu’au cours de ses expérimentations, il aurait découvert la pierre philosophale lui permettant ainsi de réaliser le Grand Œuvre c'est-à-dire transmuter le plomb en or. Plus prosaïquement, ses richesses sont attribuées de nos jours à son don pour la spéculation immobilière ainsi que certaines manigances moins glorieuses telles que la gestion en sous-main des biens des Juifs expulsés du Royaume ainsi que son mariage avec Dame Pernelle, femme d’un certain âge quand il la mena à l’autel et alors déjà deux fois veuve. 


Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3
Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3
Maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3
Plan et façade originelle de la Maison de Nicolas Flamel


La Maison de Nicolas Flamel a fait l’objet d’une dernière restauration en 2007, lui donnant l’apparence bien proprette qu’elle arbore aujourd’hui. Classé au titre des Monuments Historiques le 23 septembre 1911, le fronton rénové en 1900 par la Ville de Paris comporte cette inscription : Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen. Sur les montants entourant les portes, se trouvent gravés les initiales de Nicolas Flamel, anges musiciens et figures médiévales. La fresque sculptée qui surplombait n’existe plus, elle représentait le Christ et Nicolas Flamel agenouillé parmi des laboureurs. La bâtisse léguée à l’Eglise Saint-Jacques de la Boucherie à la mort de Nicolas Flamel le 22 mars 1418, a connu au XXème siècle des destins intéressants. Maison de tolérance durant la seconde guerre mondiale, établissement de nuit à la mode dans les années 80, depuis 2007 la maison de Nicolas Flamel est devenue un hôtel restaurant retrouvant ainsi sa vocation première d’hospitalité. Elle est jusqu’aux prochaines informations que découvrira un historien curieux, la plus ancienne maison de Paris.

Les prétendantes au titre de plus ancienne maison de Paris
Maison du 3 rue Volta - Paris 3
Maison à l'enseigne du Mouton et maison à l'enseigne du Faucheur - 11 et 13 rue François Miron - Paris 4
Maison au Grand Pignon dite maison de Nicolas Flamel - 51 rue de Montmorency - Paris 3




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12 commentaires :

Sheily a dit…

C'est fou ! Je ne connaissais pas du tout la maison de la rue Volta ! Super découverte, merci.

Caroline a dit…

Je crois qu'il s'agit de ma préférée. :)

beaauuu a dit…

Je ne connaissais que celle qui abrite un club libertin. J'irai à l'occasion découvrir les autres dont tu parles :-) Bisous

Lulu from Montmartre a dit…

Il est génial ce article, merci pour la découverte !

Lali Douce a dit…

J'aime beaucoup ton article et je me rends compte que je ne suis jamais passée par ces rues !
Heureusement qu'elles ont été rénovées pour garder un lien avec le passé ! :-)

Céline a dit…

Très intéressant ton article, j'ai appris plein de choses! J'irai les voir "en vrai" à l'occasion.

clemence a dit…

Super intéressant! Merci beaucoup!

La Parisienne du Nord a dit…

Comme Sheily, je ne connaissais pas la maison de la rue Volta. Mais tu as raison, c'est celle qui a le plus de cachet.

L expat de Biarritz a dit…

Passionnant ! Si j'avais plus de temps...

Caroline a dit…

Merci pour cette pluie de compliments !

@ beauuu et La Parisienne Nord : Je suis un peu chagrinée par cette histoire de club libertin rue François Miron d'ailleurs... Serait-je coincée ?

@ L'expat de Biarritz : Elles se trouvent toutes dans le Marais en 20 minutes à pied, on les voit toutes.

Marianne Ciaudo a dit…

Même si je les connais bien, ayant habitée aux Halles, j'ai apprécié que tu joignes des documents à tes photos. Encore un super article !

Eric Jaffré a dit…

Bonsoir et bravo pour cette enquête particulièrement fouillée et très bien illustrée. Passionnant !

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