lundi 24 décembre 2018

Lundi Librairie : Jacques de Bascher dandy de l'ombre - Marie Ottavi



Jacques de Bascher dandy de l'ombre - Marie Ottavi : « Jacques de Bascher jeune, c’était le diable fait homme avec une tête de Garbo. Il avait un chic absolu. Il s’habillait comme personne, avant tout le monde. C’est la personne qui m’amusait le plus, il était mon opposé. Il était aussi impossible, odieux. Il était parfait. Il a inspiré des jalousies effroyables. » Karl Lagerfeld. Le sulfureux Jacques de Bascher, homme bien-né, décadent et sublime a consumé son existence entre vice et vertu. Des années 1970 aux années 1980, son charme vénéneux, sa rare érudition, son sens de la fête et de la démesure ont séduit les deux sexes sans distinction, déclenchant passions et scandales dans une époque excessive. Compagnon de Karl Lagerfeld jusqu’à la fin, amant destructeur d’Yves Saint-Laurent qu’il rendit fou d’amour, figure irrésistible des nuits parisiennes, Jacques de Bascher a marqué les esprits sans pour autant n’avoir jamais concrétiser ses multiples dons à travers une oeuvre. Marie Ottavi, journaliste à Libération, retrace son parcours dans un livre-enquête où les acteurs de cette période s’expriment et peignent le portrait d’un homme et de son temps.

Dandy fantasque, entre ombre et lumière, Jacques de Bascher a su imposer une posture transgressive en multipliant les provocations. A l’arrogance des manières, il ajoute un style unique d’esthète velléitaire, une audace et un redoutable mauvais esprit. Vivant de la générosité des autres, il cultive l’oisiveté jusqu’à la vacuité, s'adonne au culte des apparences, célèbre la luxure sous toutes ses formes. Karl Lagerfeld entretient complaisamment ses frasques, étrange couple qui ne partagea jamais d’appartement. Cette histoire platonique mais intense est celle de deux opposés qui s’attirent, la rigueur calviniste de Lagerfeld et l’excentricité dévastatrice de Bascher. L’ouvrage éclaire la figure du kaiser de la mode sous un nouvel angle. Hanté par ses démons, la drogue, l’alcool, le sexe à outrance, et l’absence de réalisation personnelle, Jacques de Bascher développe une mélancolie profonde, un cruel désenchantement alors que jeunesse passe et que la fête permanente s’étiole.

Marie Ottavi explore à travers les souvenirs les mythes d’un autre temps, les hauts de la nuit, le Nuage, le Sept et puis surtout le Palace de Fabrice Emaer, la crudité des mœurs, les errances, l’inventivité sans borne. Elle évoque puissamment les personnages hauts en couleur de cette caste singulière des noctambules qui s’étourdissent dans une existence sans tabou, porté par une nuit sans fin, un grand amusement sans limite. La journaliste fait revivre le microcosme d’une époque révolue, ses icones, ses mondains, ses artistes, Grace Jones, les muses de Saint Laurent Betty Catroux et Loulou de la Falaise, la princesse punk, Diane de Beauveau-Craon, Thadée Klossowski de Rola, Kenzo Takada, Xavier de Castella, Andy Warhol, Antonio Lopez, David Hockney, Michel Foucault, François-Marie Banier, Pascal Greggory. 

Outre la figure fascinante de Jacques de Bascher, en creux se révèle la folie créative et permissive d’une époque excessive, jusqu’à sa terrible chute avec la propagation de l’épidémie de sida. En quelques années, disparaît toute une génération d’artistes décimée par la maladie. C’est la fin de l’insouciance. Et celle de Jacques de Bascher qui décède des suites du sida en 1989 à l’hôpital de Garches. Marie Ottavi signe un livre vibrant, terriblement mélancolique.

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre - Marie Ottavi - Editions Séguier




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