mardi 6 février 2018

Cinéma : England is mine, de Mark Gill - Avec Jack Lowden, Jessica Brown Findlay, Jodie Comer



En 1976, à Manchester, Steven Patrick Morrissey a dix-sept ans. Le talent de ce jeune homme inquiet sont entravés par l'anxiété et la confusion. Cet être asocial est d'une timidité maladive qui l'empêche de chanter. Solitaire, dépressif mais convaincu d'avoir un don, il s'ennuie dans un boulot de bureau soporifique. Stephen habite avec sa mère, une femme empathique mais lassée des flottements de son fils, traîne dans les cimetières avec son amie Linder Sterling, une artiste punk. Fan des New York Dolls et de Lou Reed, il se passionne pour Oscar Wilde, le Glam rock, Shangri-la, Rita Tushingham. Il assiste à tous les concerts de la scène locale, croise les Sex Pistols, Patti Smith. Il passe beaucoup de temps à rédiger des critiques lapidaires qu'il envoie à des magazines musicaux tels que Melody Marker, New Musical Express.






Le réalisateur Mark Gill croque un portrait de Morrissey en jeune homme, celui d'un adolescent mal dans sa peau future icône du rock anglais. Cette plongée originale dans la jeunesse blafarde d'un mythe se révèle chronique efficace du Manchester populaire, de la réalité morose des années Thatcher. 

Empreint d'une atmosphère mélancolique, le film se concentre sur la période qui précède la création du groupe The Smith et s'arrête sur la rencontre de Stephen Morrissey et Johnny Marr. Un pari osé pour un faux biopic qui élude donc la route vers le succès pour se concentrer sur une période d'errance. Dans ce récit initiatique, l'idée de l'invention de soi apporte une dimension universelle à laquelle s'identifier, une histoire de sacrifices et d'efforts pour s'imposer en tant qu'artiste. Si le personnage principal ne nous apparaît pas très sympathique, Jack Lowden incarne avec sensibilité ce jeune dandy en marge qui cache sa timidité derrière une arrogance confinant à la pédanterie. 






Si Mark Gill peine à dissimuler son admiration pour son sujet dont il semble quêter l'approbation, Morrissey n'a jamais répondu à ses appels durant la production. England is mine est un film de fan, certes, mais teinté d'une tendresse amusée, d'un humour très pince-sans-rire délicieusement british. 

Malgré une économie de moyens qui donne au film un certain cachet indé, la réalisation classique paraît assez conventionnelle, pas suffisamment rugueuse, ni très énergique. Elle répond à un schéma de vignettes comme autant de moments-clés, autant de pistes psychologiques pour explorer les obsessions de l'artiste maudit. Et Mark Gill n'échappe pas aux clichés notamment lorsqu'il s'agit d'évoquer la création et les doutes, les interrogations sur l'inné et l'acquis.




Il ne figure dans la bande originale aucune chanson des Smiths ni de Morrissey. Ce choix qui n'en est pas vraiment un, le cinéaste n'ayant pas obtenu d'autorisations, devient un parti pris signifiant pour coller au plus près à son sujet, les années antérieures à la fondation du groupe. Il n'existe d'ailleurs aucun enregistrement de Morrissey antérieur à 1982. Mark Gill s'est recentré sur la musique qui a construit la personnalité de l'artiste. 

Dans la même veine, sans avoir été validé par Morrissey, le réalisateur n'a pas pu reprendre les célèbres saillies provocatrices qui sont la marque de fabrique du terrible Moz. Se contentant d'un texte "à la façon de", il dispense une version édulcorée du mythe grande gueule. Le tout manque cruellement de tripes.

England is mine, film divertissant mais plutôt dispensable, est à conseiller surtout pour les inconditionnels de Morrissey.

England is mine, de Mark Gill 
Avec Jack Lowden, Jessica Brown Findlay, Jodie Comer, Simone Kirby, Laurie Kynaston, Katherine Pearce
Sortie le 7 février 2018




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1 commentaire :

Sabine Vincent a dit…

Une grande inconditionnelle que je suis de The Smith j'irai bien entendu le voir, au moins avec ta critique je suis préparée ! De toute façon cela fait des années que Moz est devenu une sorte de diva insupportable (et que ses concerts sont hors de prix) donc je ne suis pas étonnée par son comportement. Mais bon une fan reste une fan ;-)

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