vendredi 5 janvier 2018

Paris : Place Dauphine, le charme du Paris carte postale - Ier



La place Dauphine, après avoir été laissée à l'abandon, menacée même de destruction, aujourd'hui entièrement restaurée, est l'un des endroits les plus avenants de la Capitale. Bordée de galeries, de librairies, de petits cafés pimpants, à l'abri des regards et des bruits de la ville, ses charmes séduisent aussi bien les touristes que les Parisiens mithridatisés. Seconde place royale datant du XVIIème siècle, contemporaine de la place des Vosges, sa création s'inscrit dans le prolongement du plan d'urbanisation désiré par Henri IV incluant la construction du Pont Neuf, l'édification de la pointe de l'île de la Cité, qui a notamment donné naissance au square du Vert Galant dont je vous parlais ici et le percement de la rue Dauphine. Baptisée en hommage au Dauphin, futur Louis XIII né en 1601, elle a longtemps été une place de change et de bourse, où orfèvres, lunetiers et graveurs tenaient commerce. Le poète surréaliste André Breton la surnommait le sexe de Paris en hommage à sa conformation triangulaire, les bras de la Seine figurant, dans cette image, les jambes d'une femme alanguie. Célébrée par les artistes, prisée des stars - Yves Montand et Simone Signoret ont longtemps habité au numéro 15 - la place Dauphine est une pépite au romantisme de carte postale indéniable.










La place Dauphine n'est encore en 1607, lors de l'inauguration du pont Neuf, que le terrain vague dégagé par la réunion de trois îlots alluvionnaires, l'île au Bureau dite encore île aux Vaches ou au Bœufs, l'île à la Gourdaine du nom du moulin dit de la Gourdaine ou île du Patriarche et l'île aux Juifs. Edifiée sur des terres gagnées par le remblaiement de la pointe de l'île de la Cité, elle referme son étreinte sur un triangle qui fait face au Parlement de Paris, à l'endroit de l'actuel Palais de Justice. Afin de lui donner cette toponymie singulière, la maison des Etuves du palais et l'ancien Verger du roi devenu jardin du baillage ont été rasés.

Pour le remercier de sa loyauté lors de la Ligue, Henri IV confie, par un bail à cens et à rentes daté du 10 mars 1607, au premier président du Parlement de Paris, Achille de Harlay, le soin d'aménager la place et de lotir les terrains. Triangle isocèle fermé, ouvertes sur deux passages vers l'extérieur à la pointe de la figure géométrique et au centre de la base, la place Dauphine épouse les contours de la pointe ouest de l'île de la Cité. Se référant aux souhaits du roi et de Sully, Harlay est chargé de faire réaliser "un promenoir entouré de maisons d'un même ordre".  Sœur de la place Royale (actuelle place des Vosges) dont les travaux débutent en 1605 (inaugurée en 1612 à l'occasion des fiançailles de Louis XIII et d'Anne d'Autriche), les dessins des façades sont attribués à Louis Métezeau, architecte de la place des Vosges. L'exécution est placée sur la direction du maçon François Petit.












L'aménagement initial dure trois ans. La place longue de 102 mètres, large de 67, forme un ensemble autonome refermé sur lui-même composé de trente-deux maisons édifiés en briques avec chaînage de pierre, trumeaux décorés de tables de pierre se détachant sur la brique et toits en ardoise. Les règles de construction commune pour les lots privés de la place Dauphine donne à voir un exemple d'urbanisme concerté. Construits sur un même modèle, les bâtiments se composent d'un rez-de-chaussée à galerie qui accueille des boutiques, de deux étages carrés et d'un étage de comble. Les façades sur les quais et sur la place sont alors identiques. Les deux pavillons qui font face à la statue équestre de Henri IV au sommet du triangle sont les seuls rescapés conservés en l'état de cette architecture originelle.


Place Dauphine d'après C. Chastillon, Topographie française,
fin XVIème siècle début XVIIème

La place Dauphine et le pont Neuf en 1615, sur le plan de Mérian

La place Dauphine vers 1806


En 1702, la place toujours close sur elle-même comporte, 46 maisons et 8 lanternes. Dégagés de la servitude royale initiale, les propriétaires successifs des immeubles de rapport s'autorisent des libertés. La place Dauphine perd peu à peu son unité de matériaux et de gabarits. Progressivement reconstruite et dénaturée, elle fait l'objet de projets de transformation drastique. Le premier est proposé en 1748 sous Louis XV par l'architecte Geramin Boffrand, le second en 1787 sous Louis XVI par Jacques Pierre Gisors. Aucun n'aboutira sauvant la place d'une première menace d'altération majeure. Débaptisée durant la Révolution et l'Empire, la place Dauphine prend de 1792 à 1814 le nom de place Thionville en hommage à la résistance héroïque de la ville contre les garnisons prusses en 1792. De 1803 à 1874, la fontaine Desaix y est érigée en hommage au général mort lors de la bataille de Marengo en 1800.












De nos jours, le triangle de bâtisses d'origine n'existe plus. Les maisons constituant sa base du triangle ont été démolies en 1874 sous l'impulsion de Viollet-le-Duc pour dégager la façade arrière du palais de Justice érigé à partir de 1854. A l'abandon promise à la destruction, elle doit même entièrement disparaître au profit d'un jardin mettant en valeur la façade du nouveau palais. Le projet est cependant abandonné. Sauvée, restaurée peu à peu, elle retrouvera sa splendeur passée au début du XXème siècle. Une récente rangée d'arbres a même refermé le côté éventré par Viollet-le-Duc.

Le sol de la place Dauphine est inscrit au titre des monuments historiques ainsi que les bâtiments, inscrits ou classés, côté impair au Sud 13, 15, 17, 19-21, 23, 25, 27, 29, 31, côté pair au Nord 12, 14, 16, 24, 26, 28. 

Place Dauphine - Paris 1
Accès 2-20 rue de Harlay et 28-29 rue Henri-Robert par le pont Neuf 

Bibliographie
Le guide du patrimoine Paris - Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette
Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris - Félix et Louis Lazare
Le guide du promeneur 1er arrondissement - Philippe Godoÿ - Parigramme
Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris - Patrick Hemmler - Editions Jean-Paul Gisserot

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