mardi 26 décembre 2017

Cinéma : La promesse de l'aube, de Eric Barbier - Avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg



Dans les années 1920, Nina Kacew, actrice ratée, femme au caractère extravagant, tient une maison de mode à Wilno - alors en Pologne, aujourd'hui Vilnius, en Lituanie. D'une rare force de caractère, cette mère juive énergique élève seule Romain, son fils unique, sur lequel elle reporte tous ses rêves de gloire déçus. Avec la montée du fascisme, les Juifs sont spoliés de leurs biens, enfermés dans des ghettos. La mère et le fils fuient vers la France dont la culture fait tant rêver Nina. Ils débarquent ruinés à Nice. Portée par son amour filial dévorant, elle l'enjoint à un destin héroïque, se dévouant entièrement à sa future gloire. Réussir, devenir célèbre, Romain devra se soumettre à cette grandeur programmée. Il débute des études de droits à Paris avant de devenir élève officier à l'Ecole de l'Air de Salon de Provence. Engagé dans les Forces aériennes françaises libres pendant la Seconde Guerre Mondiale, il s'illustre sur le front en Angleterre et en Afrique.






Adaptation fidèle du roman culte de Romain Gary, entre affabulations et autobiographie, le réalisateur Eric Barbier a limité ses audaces, respectant l'oeuvre littéraire jusqu'à parfois jouer les élèves trop appliqués. La mise en scène classique, soignée, en paraîtrait presque surannée si le cinéaste ne parvenait pas à faire ressentir le subtil décalage entre la réalité d'une existence et le roman de sa vie écrit par Gary. 

L'esprit, l'humour singulier du livre se retrouvent incarnés dans le long métrage sous une forme d'ironie flottante. Les personnages avancent sur le fil de la folie que les dialogues peinent parfois à retranscrire. En suivant le parcours initiatique de Romain Gary, grand homme aussi bien que mystificateur fantasque qui aura tout au long de son existence surjoué sa propre vie, Eric Barbier traduit, à l'instar du roman, ce destin romanesque sous le signe de la tragicomédie. En voix off, le texte originel lu par Pierre Niney est bouleversant. "Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais".





Si la réalisation souffre d'un certain académisme, elle est rattrapée par la vitalité d'une oeuvre épique, flamboyante. Les reconstitutions, Wilno dans les brumes en 1920, la France d'avant-guerre, le Mexique des années 1950, Londres sous les bombes pendant la Seconde Guerre Mondiale, les batailles aériennes, les champs d'aviation en Afrique apportent au récit une vibration baroque. Véritable immersion dans une épopée historique et spectaculaire, La promesse de l'aube n'est cependant pas exempte d'une certaine mélancolie quand le réel rattrape les visions fantasmées de l'artiste et de sa mère. 




Grimée, accent slave presque improbable, Charlotte Gainsbourg en mère possessive, excentrique, livre une interprétation expressionniste à la fois excessive et poignante jusqu'à frôler la caricature mais sans jamais dépasser la ligne rouge. Face à elle, Pierre Niney, très juste, laisse transparaître sous la défroque du baroudeur, du héros, du séducteur que sa mère lui a enjoint de revêtir, le jeune homme encore un peu trop frêle pour ces rêves démesurés. Ils incarnent ensemble avec beaucoup de conviction ce couple mère/fils porté par une passion fusionnelle qui traverse les drames et la cruauté de la vie.

Lyrique, foisonnant, il manque peut-être à La promesse de l'aube la grâce subtile du roman, ses infinies nuances mais le film n'en demeure pas moins une adaptation convaincante malgré quelques lourdeurs.

La promesse de l'aube, de Eric Barbier
Avec Charlotte Gainsbourg, Pierre Niney, Didier Bourdon, Jean-Pierre Darroussin, Finnegan Oldfield
Sortie le 20 décembre 2017




Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Aucun commentaire :

Share this