lundi 30 octobre 2017

Lundi Librairie : V.I.P. - Laurent Chalumeau



Patrice Corso, paparazzo aux méthodes retorses, a été rencardé par une amie de l'actrice, sur la nouvelle liaison d'Anaïs Carvin. Remonté personnellement contre la comédienne qui a gagné plusieurs procès contre lui, Corso est bien décidé à découvrir l'identité de son amant. Très équipé pour filmer et photographier la rencontre, il s'est installé en planque dans un appartement en travaux juste en face de celui d'Anaïs Carvin. Lorsqu'au lieu d'un galant, ce sont deux cambrioleurs qui débarquent chez l'actrice, les choses tournent au vinaigre. Au moment où les braqueurs s'apprêtent à abuser d'elle, l'amant arrive enfin, casque de moto à la main. Il s'agit du président de la République. En peu de temps, la scène dégénère. Le président abat les deux intrus, sa maîtresse et son propre garde du corps venu en renfort. Corso, unique témoin, détient toutes les images sur une carte mémoire. Il se trouve face à un problème de conscience quand l'enquête conclut à la culpabilité du garde du corps élyséen. Le dossier est classé sans suite, l'affaire étouffée mais une jeune enquêtrice émet des réserves sur les conclusions qui incrimine l'agent de protection tandis qu'une juge d'instruction, qui l'a bien connu, n'y croit pas non plus.

Polar nerveux, très bien ficelé, V.I.P. revendique avec panache ses influences pulp dans la lignée d'Elmore Leonard, maître du genre auquel Laurent Chalumeau a consacré un livre. Toujours inspiré par l'actualité, l'auteur s'adonne au roman de gare, genre boudé par la critique, affichant sans complexe ses intentions de divertissement. Plus sombre que les textes précédents, moins loufoque, cet opus radical impose une vision tranchante de notre époque, sorte de défouloir à exaspérations.

Si les premières pages tendent vers le vaudeville, le roman prend rapidement un tour plus corrosif, franchement saignant. Mécanique de précision à la rythmique redoutable, V.I.P. valide tous les codes du genre jusqu'à rappeler certaines séries américaines, Les Experts avec l'enquête de la police scientifique ou encore Scandal avec la couverture d'une affaire d'Etat. Dans un véritable travail d'investigation, Laurent Chalumeau qui a beaucoup fréquenté les milieux dont il parle, met à profit son sens aigu de l'observation pour documenter avec précision son récit. 

Sens du dialogue, verbe haut et gouaille savoureuse, il offre à chacun de ses personnages une voix propre dans des variations subtiles de style très réussies qui traduisent un authentique plaisir musical de la langue. L'impertinence au service d'un fil narratif inventif donnent une dimension décapante à l'intrigue ponctuée de scènes sur le vif, amenées avec intelligence.

Roman à tiroirs, V.I.P. épingle les mœurs contemporaines, les travers d'une société du spectacle gavée d'images, formatée par des médias instrumentalisés. L'époque est voyeuriste et la fascination pour des people de pacotille, le cirque médiatique abscons autour de célébrités montées de toute pièce est un symptôme du vide idéologique d'une ère désenchantée.

Il y a une forme de jubilation dans les mots de Chalumeau lorsqu'il passe au grill les élites mâles et blanches du pouvoir, interrogeant au passage l'impunité des puissants. Les personnages avides, antipathiques, sont des stéréotypes comme autant de démonstrations des turpitudes de l'intelligentsia politique, médiatique, journalistique. Paparazzi sans moralité, magistrats complaisants, avocats véreux, barbouzes blasés, journalistes aveuglés par leur ego, politiciens psychopathes, le jeu de massacre est des plus réjouissants. Polar à charge façon politique fiction parano, V.I.P. mène sa barque avec brio. Savoureux !

V.I.P. - Laurent Chalumeau - Editions Grasset




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