vendredi 15 septembre 2017

Expo : Beautiful Decay - Eric Lacan - Galerie Openspace - Paris 11



Mage mystique, Eric Lacan, lance de subtils sortilèges par le biais de ses œuvres envoûtantes. Jusqu'au 7 octobre, la galerie Openspace présente les trois dernières années de travail en atelier de cet artiste singulier qui signe Monsieur Qui lorsqu'il s'exprime sur les murs de la ville. Entre romantisme crépusculaire et décadentisme contemporain, l'exposition Beautiful Decay regroupe une quarantaine d'œuvres au carrefour des techniques, peinture sur toile, sur bois, papier découpé. Eric Lacan se joue des contrastes métaphysiques, exprime ses idées par le biais d'une iconographie puissante. Femmes-vanités aux élégants visages noyés dans les motifs végétaux, délicates fleurs vénéneuses, animaux inquiétants, hyènes, chiens, corbeaux, vautours, les signes comme autant de symboles signifiants peuplent des œuvres hyper-esthétisées. La vie et la mort, le beau et le laid entrent en collision afin que de ce choc jaillisse une nouvelle harmonie troublante. 









Dans les années 1990, Eric Lacan s'intéresse au mouvement graffiti. Il descend dans les rues de Béziers, Aix et Marseille, où il réalise ses premiers tags vandales sous le pseudo de Ruze et adhère à l'esprit de revendication et d'appropriation du territoire auquel aspire le mouvement. Au début des années 2000, en parallèle de ses études d'arts appliqués, il se concentre sur la dimension esthétique du lettrage. Néanmoins, le writing le laisse insatisfait et il abandonne peu à peu ses interventions au cœur de la ville.

C'est en découvrant l'art du collage tel qu'il se pratique à New York en 2006 que le street art le séduit à nouveau. A partir de 2010, Eric Lacan, qui a rejoint Paris en 2008, mêle les techniques du collage, du spray et du pinceau pour peindre en extérieur avant d'être immobilisé en 2012 par un problème de santé. Pendant un an, il ne pourra pas se tenir debout. Pendant cette période, il expérimente l'art du papier découpé, le paper-cut et apprend le dessin en autodidacte.

Originellement graphiste, Eric Lacan a travaillé comme illustrateur et comme concepteur éditorial dans l'édition. De cette expérience professionnelle, il a conservé un sens particulier de la composition. Très inspiré par la photographie, les tirages argentiques, il s'intéresse particulièrement aux contrastes. Son travail d'atelier marqué par la technicité maîtrisée trouve des formes d'expression multiples, peinture sur toile, sur bois, papier, encre, mine linogravure gouache grattée ou encore papier découpé. Cette dernière pratique, d'une minutie extrême, entre en écho avec son goût pour le perfectionnisme qu'il prolonge aujourd'hui en suivant des cours de dessins anatomiques. 











Par l'assemblage de plusieurs couches de papier, Eric Lacan pousse toujours plus loin la complexité de ses créations et la finesse des détails au symbolisme puissant. Art du fragment, discontinuité, son oeuvre plastique et esthétique exalte la réalité supérieure de la sensibilité qui est atteinte grâce à l'opulence des symboles.

La clé, le crâne, les insectes sont autant de signes expressifs ambigus. Les vanités réinterprétées se parent d'éléments graphiques. Les ronces de rosiers sauvages, les épines des couronnes mortuaires s'entrelacent aux cheveux des belles qui se souviennent d'une mort prochaine, de l'irrémédiable déliquescence des chairs et de la beauté. La texture de la matière, dentelles, plumes, fourrure reflète une sensualité sombre dont n'est pas exclu un certain humour noir, un certain désabusement. 










Au cœur de l'exposition Beautiful Decay, Eric Lacan a installé un cabinet de curiosités, reflet d'un goût pour la morbidité baudelairienne, le décadentisme d'un Jean des Esseintes. Tapis persans au sol, juxtaposition d'objets chinés et aux murs une série de dessins originaux ouvrent une voie vers l'univers de l'artiste, la dimension subversive de sa sensibilité. Dans la magnificence du décor, le réel rendu expressif et dramatique évoque le mystère à déchiffrer de l'existence, le caractère onirique du désenchantement.

Si le bestiaire fantasmé d'Eric Lacan fait songer aux planches animalières de Buffon (1707-1788), il puise son inspiration dans les gravures de Gustave Doré (1832-1883), Albrecht Dürer (1471-1528), l'érotisme de Franz von Bayros (1866-1924), les Gibson Girls de l'américain Charles Dana Gibson (1867-1944). Les influences baroques, les jeux d'ombre et de lumière, l'exubérance des surcharges décoratives entrent dans la composition des œuvres. L'expressivité des personnages, la langueur affectée des jeunes femmes, la menace virulente des crocs des chien, procèdent de sa quête de raffinement teinté de morbidité.











Propension aux rêves exprimés, aux cauchemars révélés, les œuvres volontiers provocatrices se colorent d'un certain lyrisme désespéré, d'un rire grinçant. L'audace poétique exaltant le mystère fait le lien entre l'idée abstraite et l'image chargée de l'exprimer dans une expérience esthétique où les sens correspondent. L'œuvre monumentale réalisée in-situ, dans la galerie, se protège derrière un tapis de feuilles mortes qui diffuse une odeur de sous-bois. Pour l'exposition, l'artiste a conçu une bande-son originale. Fréhel, Sanseverino, The Cure, Joy Division, Air, musique de films Vladimir Cosma, François de Roubaix, Ennio Morricone, les compositions de John Williams accompagnent la visite.

Puissance d'évocation, idéal ou cauchemar, l'exposition Beautiful Decay est un rêve mélancolique et sensible, une expérience plastique fantasmagorique.

Beautiful Decay - Eric Lacan
Du 9 septembre au 7 octobre 2017

Galerie Openspace
116 boulevard Richard Lenoir - Paris 11
Tél : 09 80 66 63 94
Horaires : Du mercredi au samedi 14h-19h et sur rdv en dehors de ces horaires


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 commentaire :

Neurones en éventail a dit…

c'est effectivement très particulier mais cela attire l'oeil ;-)

Share this