mardi 6 juin 2017

Cinéma : HHhH de Cédric Jimenez - Avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O'Connell - Par Lisa Giraud Taylor



Reinhard Heydrich, militaire déchu, se tourne vers le régime nazi par le biais de sa femme Lina. Il monte vite les échelons, devient le bras droit d’Himmler, chef de la gestapo et prend le commandement de la Bohême-Moravie. Il devient également l’architecte de la solution finale. Face à lui, deux jeunes soldats, le tchèque Jan Kubiš et le slovaque Jozef Gabčík se sont engagés au côté de la Résistance. Ils se sont portés volontaires pour éliminer Heydrich. Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, dont il tombe amoureux. Le 27 mai 1942, Jan et Jozef entrent en action...






Basé sur le roman éponyme de Laurent Binet, Goncourt du premier roman en 2010, le film de Cédric Jimenez prend le parti de ne pas évoquer le côté fiction/réalité avec lequel l’auteur avait jonglé. 

Après La French et Aux Yeux de Tous, le réalisateur revient à son thème du sacrifice devant une cause plus importante qu’un seul individu. Il prend également le parti de montrer les arcanes d’Heydrich, son existence quotidienne, quitte à le rendre humain, à défaut d’être humanisé, de montrer l’être froid, calculateur, caché sous l’aspect d’un musicien et athlète accompli.

Premier film en langue anglaise du réalisateur, Jimenez réunit un beau casting, avec en tête de gondole, l’excellemment glaçant Jason Clarke qui endosse l’uniforme avec toute la raideur et l’inquiétant regard du futur patron du RHSA (Office central de la sécurité du Reich). A ses côtés, Rosamund Pike incarne une femme ambitieuse et forte qui disparaît hors champ petit à petit; On note aussi la présence de Jack O’Connell (la star montante) et Jack Reynor (vu dans Sing Street) pour incarner les deux parachutistes le tchèque Jan Kubiš et le slovaque Jozef Gabčík, dont le sacrifice et la mission paraissaient à la fois immense et impossible. 






Le film suit dans la première partie, l’ascension d’un homme somme toute ordinaire, bien guidé par son épouse, et le dépeint comme un homme marié, bon père, violoniste, sportif, qui devient, entre ambition et immoralité, le fer de lance de la Solution Finale et "le boucher de Prague". Puis, dans la deuxième partie, on découvre deux jeunes gens, parachutistes, qui se dressent devant l’ambitieux et glaçant numéro trois du régime nazi, bien décidés à mener à terme l’opération "Anthropoïd", nom de code de la mission visant à assassiner le Général SS Reinhard Heydrich.

Il est bon de rappeler à ce stade que HHhH signifie "Himmlers Hirn heißt Heydrich", littéralement "Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich", surnom donné par les SS, admiratifs, à Heydrich. 

Je dois avouer que la partie relative à Kubiš et à Gabčík est bien plus passionnante que la première,  Non pas que montrer le monstre derrière l’homme ne soit pas intéressant, mais cela a déjà évoqué dans d’autres œuvres. Jimenez montre que les abîmes de l’un renforcent l’héroïsme des autres. Le cinéaste impose également des couleurs plus vives à l’écran ce qui peut être perturbant mais ne s’éloigne pas d’un certain sens du réalisme. 




Pourtant, HHhH semble avoir problème au niveau du montage et du récit et possède quelques longueurs en milieu de film, nonobstant le jeu effrayant et saisissant de Clarke. Il manque pareillement de l’émotion dans l’évocation des deux résistants. 

Néanmoins, ce film, rude mais captivant, comme les dernières parutions sur le sujet (Le Labyrinthe du Silence, Elser,  Fritz Bauer, etc.) permet d’évoquer un pan de l’Histoire méconnu du grand public, d’une manière moins difficile que les longs et fastidieux documentaires, ou les pavés de 800 pages qui trônent sur mon bureau. 



Lisa Giraud Taylor est écrivain, photographe et blogueuse. Son roman Liverpool Connexion est disponible aux Editions Trinômes et son tout dernier opus Karl et Nina chez P.L.B Editeur. Vous pouvez également retrouver sa plume piquante sur Le blog d'une ItemLiz Girl. Cette jeune femme hyperactive - mais comment fait-elle ? - collabore régulièrement avec les webzines Lords of Rock et So Busy Girls où elle nous régale de chroniques pleines d'esprit, ultra punchy dans un style bien à elle. Humour ravageur et pertinence sont ses marques de fabrique.





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