samedi 6 mai 2017

Théâtre : Erich von Stroheim de Christophe Pellet - Avec Emmanuelle Béart,Thomas Gonzalez, Laurent Sauvage - Théâtre du Rond Point



Elle, femme d'affaires, d'argent, de pouvoir traite les autres comme des objets dans un rapport glacé à la sensualité. Dominatrice, indépendante, elle veut, elle exige un enfant. Elle entretient une relation étrange avec L'Un, acteur de films pornographiques vieillissant à la fragilité mélancolique. Entre désir et confusion sexuelle, celui-ci fréquente L'Autre un jeune homosexuel qui vit en marge de la société, inadapté refusant l'aliénation du modèle de performance. Enfermés dans une solitude à trois, ils tentent de se réinventer une identité, une façon d'être au monde.






Huis clos intimiste dans un espace trop grand pour ces silhouettes minuscules, cette histoire de désirs obscurs, de chassé-croisé amoureux résonne comme le poème érotique pétrifié de l'impossible tendresse. Impossibles aussi les sentiments dans la crudité des mots de Christophe Pellet qui déploie avec subtilité l'énigme métaphysique de la relation amoureuse. Portés par le désir de faire vaciller le fragile équilibre de ce trio, les personnages frappés par le désenchantement, trois couples possibles voire impossibles illustrent les défaites de l'âme. Ecriture ciselée, la force littéraire du texte, âpre, violent déploie progressivement sa puissance transgressive tandis que l'auteur offre un autre regard sur le monde. Entre jeux sexuels et réflexions existentielles, l'embrasement des émotions trouve dans la sobriété froide de la pièce un lyrisme troublant, fascinant.





Réflexion sur l'incarnation, le désir, la manipulation, la pièce emprunte son titre au nom d'un personnage singulier, Erich von Stroheim (1885-1957) un mystificateur, acteur et réalisateur juif viennois qui s'est réinventé un passé. L'évocation de la supercherie s'incarne dans ces protagonistes qui jouent des rôles pour exister et dérivent vers la disparition des repères, l'effacement des frontières entre le vrai et le faux. 

Formidable direction de comédien, Stanislas Nordey signe une mise en scène à l'épure austère qui met en valeur texte et interprétation. Les duos alternent en seize courtes scènes alors que sur le plateau, un mur monumental où est projeté une photographie de Lee Remich et Montgomery Clift dans le film d'Elia Kazan Le fleuve sauvage datant de 1960, s'ouvre et se referme sur les personnages tandis que retentissent des airs de l'opéra Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. 



Emmanuelle Béart, soleil sombre, donne à Elle, maîtresse femme triomphante, femme libre qui cache ses blessures, une autorité teintée de sensualité triste. Le personnage partage l'obsession de la performance avec L'Un, le harder fatigué, incarné par Laurent Sauvage, très émouvant. L'Autre "le petit soldat" qui est joué par Thomas Gonzalez porte la nudité comme un costume. Errances identitaires, quête d'humanité perdue, l'intensité des présences s'exprime toute entière dans la tension des corps et des voix 

Désillusions successives, insatisfaction, dans l'expression du vertige d'être à deux, la pièce remet en cause les fondements de la société incarnés par la norme en questionnant la marchandisation des corps, la solitude, le pouvoir, la perte d'innocence. Electrique, troublante déréliction. 

Erich von Stroheim de Christophe Pellet
Mise en scène de Stanislas Nordey
Avec Emmanuelle Béart, Thomas Gonzales, Laurent sauvage en alternance avec Victor de Oliveira
Du 25 avril au 21 mai - Du mardi au samedi à 21h, matinée le dimanche 15h, relâche les lundis, les 30 avril et 2 mai

Théâtre du Rond-Point
Salle Renaud-Barrault
2bis avenue Franklin D. Roosevelt - Paris 8
Réservations : 01 44 95 98 21



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