vendredi 3 mars 2017

Théâtre : La peur d'après Stefan Zweig - Mise en scène Elodie Menant - Avec Aliocha Itovich, Hélène Degy, Ophélie Marsaud - Théâtre Michel



Après huit ans de mariage, Irène Wagner, pimpante femme au foyer désoeuvrée, s'ennuie et se sent délaissée par son époux, Fritz, brillant avocat obnubilé par sa carrière. Lassitude, usure du couple, elle a pris un amant, Edouard. A la sortie d'un rendez-vous galant, Irène croise le chemin d'une femme étrange qui se prétend la maîtresse de ce dernier, rejetée au profit de la belle madame Wagner. Elle menace de révéler l'adultère au mari d'Irène si celle-ci n'achète pas son silence à prix d'or. Cédant au chantage, Irène, torturée par la peur de détruire sa famille pour une liaison sans importance, enferrée dans ses mensonges, se voit traquée par sa maître-chanteuse. Elle va vivre une véritable descente aux enfers.






Au cœur de La peur, nouvelle écrite en 1913 et publiée sept ans plus tard, la mort, la culpabilité, la folie, la honte, la confession apparaissent comme les thèmes récurrents qui hantent l'oeuvre de Stefan Zweig. Elodie Menant, la metteuse en scène, a choisi de transposer son adaptation dans les années 50, terreau social propice à la réflexion sur le statut de la femme et les relations déséquilibrées. Soumises à leurs époux, totalement dépendantes, celles-ci ne travaillent pas lorsqu'elles appartiennent à une classe aisée. 

Thriller psychologique ardent, la pièce explore l'inexorable délitement d'un couple et l'incommunicabilité qui ronge les relations humaines. La narration suit les codes d'un suspense implacable qui joue sur les ambiguïtés des protagonistes, les doutes et les paradoxes. Construite du point de vue de la femme adultère détruite par ses mensonges, le spectateur est plongé dans le psychisme d'Irène incarné sur scène. Les décors modulables s'emboîtent dans une danse folle jusqu'à matérialiser le piège dans lequel elle se trouve prise.






Aux frontières de la folie, Irène en proie à des obsessions morbides vit un calvaire. Traquée par la compagne de son amant, elle s'enferme chez elle, s'étiole, perd pied tout à fait, gagnée par une paranoïa autodestructrice qui se mue en hallucinations.  A vivre dans la hantise que son mari ne découvre la vérité, elle sombre peu à peu. Sa raison vacille. Torturée par une conscience qui semble se confondre avec les apparitions de l'étrange femme qui la fait chanter, elle la voit partout. La dérive psychologique est telle que le spectateur en vient à se demander si sa persécutrice existe réellement ou bien si celle-ci ne serait pas plutôt une hallucination, incarnation de la culpabilité.




Grand dérèglement des sens et de la raison, la psychologie des personnages est traitée avec une grande subtilité. La montée en puissance des tensions est précédée par l'imperceptible évolution du jeu. Les premières scènes sont surprenantes. L'interprétation presque factice des comédiens se fait l'expression des rapports faussés, des relations artificielles qu'entretiennent les protagonistes. Hélène Degy qui joue Irène, gagne progressivement en intensité, incarnant remarquablement le désarroi, l'angoisse jusqu'au vacillement psychologique. En mari trompé, Aliocha Itovich propose une composition plus stéréotypée qui manque un peu de modernité, de naturel même dans la très forte scène finale. Inquiétante, rugueuse ou éthérée dans son rôle de maître-chanteuse qui se fait ombre menaçante, Ophélie Marsaud est parfaite.

Adaptation Elodie Menant
Mise en scène d'Elodie Menant
Avec Aliocha Itovich, Hélène Degy, Ophélie Marsaud

Prolongation jusqu'au 30 avril 2017
Le jeudi, vendredi et dimanche à 19h, le samedi à 19h15

Théâtre Michel
38 Rue des Mathurins - Paris 8
Tél : 01 42 65 35 02


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1 commentaire :

Serena a dit…

Coucou,
J'ai trouvé cette pièce vraiment prenante et troublante ! Elle est à voir je trouve^^
Des bisous :)

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