lundi 27 mars 2017

Lundi Librairie : Tout ce que j'aimais - Siri Hustvedt



New York, fin des années 70. Léo Hertzberg professeur d'histoire de l'art et critique assiste à une exposition collective. Fasciné par la toile d'un jeune artiste, il décide d'acheter le tableau et de rencontrer le peintre, William Wechsler. Complicité intellectuelle immédiate, Bill et Léo deviennent très proches ainsi que leurs épouses respectives Lucille, une poétesse torturée et Erica spécialiste d'Henry James. Leur amitié est scellée par la passion commune de l'art et de la création. Ils partagent les mêmes aspirations de liberté et de réussite. Très vite, les deux couples emménagent dans des appartements voisins du Village menant des vies presque jumelles, véritable tribu recomposée. Premiers succès, premier enfant. Mais le destin et le deuil vont faire dévier les trajectoires toute tracées.

Ambigu, vertigineux, Tout ce que j'aimais, roman profond sur l'art et l'amitié, sur la famille et la vie comme elle va, retranscrit l'esprit d'un lieu, le New York du Village, l'esprit d'un temps, la fin du XXème siècle. L'histoire des relations amicales presque fraternelles entre un peintre et un universitaire est l'occasion pour Siri Hustvedt d'interroger les fondements de la famille traditionnelle pour observer avec intelligence comment les êtres se choisissent afin de récréer une communauté de cœur échappant au schéma classique des liens du sang.

Scrutant la naissance d'un artiste, celle d'une oeuvre, à travers notamment les descriptions presque obsessionnelles du travail de Bill, Siri Hustvedt ausculte les ramifications tissées entre l'art et la vie, la création et les drames de l'existence. Une manière pour elle d'évoquer la façon dont les êtres survivent au deuil, à la perte de l'innocence, la fuite du quotidien heureux et comment ils se reconstruisent après la mort d'un enfant, les séparations, les éloignements, toutes ces turbulences étranges et familières que la vie nous inflige irrémédiablement. 

Tout ce que j'aimais, roman vaste et complexe, est à la fois fascinant et déchirant. Force d'émotion, sensibilité, intelligence, cette oeuvre d'une rare densité se déploie dans la richesse d'une construction narrative subtile. Cette délicate mécanique est servie par une écriture précise, une plume sensible qui ne verse jamais dans le pathos. Siri Hustvedt traduit avec beaucoup de justesse la complexité des êtres. Retranscrivant le mouvement perpétuel de la vie, l'auteur interroge la psyché humaine, les mouvements intérieurs de l'âme à travers des personnages à la psychologie très finement travaillée. Le thème du double et de la maladie mentale qui fait planer comme une ombre sur l'ensemble du récit ajoute une profondeur nuancée à cette étude minutieuse. Un roman magistral, un grand écrivain.

Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt - Traduction Christine Le Bœuf - Editions Actes Sud - Edition de poche J'ai Lu




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2 commentaires :

Magali a dit…

Voilà un roman que j'ai adoré! Magistral, le mot est bien choisi...
Ta chronique est très intéressante, j'y découvre des aspects de ce livre qui ne m'avaient pas du tout sauté aux yeux en le lisant, et je me dis "Mais oui, c'est vrai qu'il y a quelque chose...". Je pense que je m'étais très focalisée sur certains aspects qui me touchaient particulièrement!
Comme quoi, la lecture que l'on fait d'un roman est vraiment personnelle et propre à chacun(e)...

Caroline a dit…

Je serais curieuse de savoir ce qui t'a marqué :)

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