mercredi 4 janvier 2017

Paris : Passage du Cheval Blanc, la nouvelle vie des anciens ateliers du Faubourg Saint-Antoine - XIème



Opéra Bastille, échoppes d'artisans, boutiques à la mode, luxueux magasins de meubles, galeries d'art, cafés branchés et bars musicaux, la façade du Faubourg Saint Antoine en perpétuelle réinvention a le lustre d'un quartier à la fois culturel et festif brassant une population variée. Les quelques immeubles délabrés qui résistent encore au mouvement sont autant de gages d'authenticité de cette atmosphère singulière. Alors que l'animation du faubourg Saint-Antoine ne semble jamais cesser, c'est en coulisses que se trouve le véritable cœur de ce quartier qui doit son nom à l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs construite au début du XIIème siècle et détruite à la fin du XVIIIème pour laisser place à l'hospice Saint Antoine. Derrière les portes cochères, au fond des impasses et des petites cours artisanales réhabilitées, perdure un esprit de village, écho d'un vieux Paris disparu. Aujourd'hui, je vous emmène visiter le passage du Cheval-Blanc, un ensemble de courettes à vocation artisanale typiques du faubourg.








Depuis le Moyen-âge, le port fluvial de l'Arsenal a permis aux artisans du bois puis du meuble de développer leur activité. Les matières premières déchargées quai de la Râpée étaient transformées dans les ateliers voisins. Avec les débuts de la révolution industrielle au XIXème, le faubourg Saint Antoine, quartier populaire des artisans se fait peu à peu ouvrier. A condition d'être attentif, il est possible de nos jours de croiser la haute silhouette des dernières cheminées d'usine intra-muros qui ont depuis longtemps cessé de fonctionner. Un patrimoine témoignage d'un temps révolu.






Entrepôts réhabilités, ateliers transformés, une toute nouvelle activité voit le jour depuis la fin des années 70. Laqueurs, vernisseurs, doreurs, ciseleurs, ébénistes ont progressivement disparus progressivement au cours du XXème siècle. Les anciens ateliers impropres aux exigences des productions modernes ont été abandonnés. Depuis la fin des années 1970, les artistes ont pris la relève trouvant ces modestes espaces de création à leur goût. 

Dans les années 1980, l'annonce de la construction de l'Opéra attire les galeries d'art puis à leur suite des professionnels plus aisés en quête d'authenticité et de beaux volumes tels que designer, architectes, stylistes. Entre 1988 et 1990, l'association Le Génie de la Bastille obtient le vote d'une loi favorisant la reprise des anciens baux commerciaux par des artistes et de nouveaux artisans d'art. Gentrification light qui ne chasse pas pour autant les habitants plus modestes.











Long de 155 mètres, le passage du Cheval-Blanc trottine sur des pavés fraîchement remis à niveau. Il est accessible par deux entrées closes par des grilles fermées la nuit et le week-end. Par le 21 rue du Faubourg Saint Antoine, le flâneur longe la cour dite Cité Parchappe, du nom d'une famille de propriétaires qui y engagea d'importants travaux au XIXème siècle, puis rejoint le passage au niveau du numéro 10. 

Au numéro 2 rue de la Roquette, il faut traverser un un immeuble datant de la fin du XVIIème siècle pour s'y retrouver. Créé en 1824, le passage du Cheval-Blanc sert alors d'entrepôts de bois du faubourg Saint-Antoine. Il tient son nom d'une ancienne enseigne disparue frappée d'un canasson. 












Le passage du Cheval-Blanc est composée de cinq escaliers et de six cours distribuées le long de la voie centrale portant le nom des six premiers mois de l'année. La cour de Janvier située au numéro 3 n'est pas toujours accessible mais derrière la grille se trouvent des bâtiments datant du milieu du XIXème siècle. Les cours de Février au 5 et de Mars au 7, ont été construites sont un même modèle. Située à l'arrière un bâtiment plus récent, se trouvent d'identiques ateliers réhabilités à pans de bois et à la structure aux poutres apparentes. 

La cour d'Avril au numéro 9 sensiblement similaire se planque derrière un immeuble de trois étages. La cour de Mai au 11 a été entièrement reconstruite en 1910 par R. Sauger, architecte-voyer en chef de la ville de Paris lors d'une phase d'expansion de l'activité artisanale. La dernière cour, celle de Juin qui s'est longtemps appelée cour Sainte-Marguerite, présente un bel immeuble à pans de bois badigeonné d'un pimpant crépi safran. 







S'ils se trouvent quelques descendants des artisans du faubourg, avec un magasin de décoration, un spécialiste des luminaires en verre, ce sont surtout les professions libérales qui ont pris le pas. Studio d'architectes, agences de design, de publicité, de presse, un studio de danse et la radio Ouï FM anime cet ancien espace artisanal. 

Passage du Cheval-Blanc
Accès 2 rue de la Roquette ou 21 rue du Faubourg Saint-Antoine - Paris 11

Bibliographie
Le guide du promeneur 11è arrondissement - Denis Michel et Dominique Renou - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme

Sites référents


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