samedi 14 janvier 2017

Paris : Le Musée Bourdelle, un atelier-musée de charme - 18 rue Antoine Bourdelle - XVème



Lieu monographique dédié au sculpteur, le musée Bourdelle joue le contraste des atmosphères entre ateliers de bois du XIXème siècle et extension contemporaine signée Christian de Portzamparc. Les galeries en briques de Montauban invitent les visiteurs à la flânerie le long d'un péristyle ceignant les jardins de sculptures. L'aménagement actuel qui relie les différents espaces place le studio où travaillait Antoine Bourdelle et le pavillon où il vivait au cœur du musée. C'est cette intimité restituée qui donne sa dimension humaine au regard porté sur l'oeuvre de l'artiste tandis que le grand hall moderne et l'aile Portzamparc se prêtent à l'exercice d'exposition monumentale, scénographie épurée, sol de calcaire gris, plaques de verre opaques, éclairage indirect valorisant les volumes des bronzes. Soutenu par les dons et legs des héritiers de l'artiste ainsi que par le mécénat, ce musée de la Ville de Paris possède un fond d'archives impressionnant, trois mille sculptures, quatre mille dessins et aquarelles, cent cinquante dessins et pastels et plus de quinze mille photographies. Maison-atelier devenu musée-atelier, le Musée Bourdelle possède bien des atouts séduction.












En 1885, Antoine Bourdelle étudie à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris auprès d'Alexandre Falguière. Il s'installe impasse du Maine -  qui sera rebaptisée rue Antoine Bourdelle en 1930, un an après son décès - où son ami le peintre Eugène Carrière a établi son atelier. Alors que Montparnasse se fait peu à peu connaître grâce à ses écoles artistiques, ils partagent les studios en bois donnant sur le jardin intérieur que l'on peut toujours admirer de nos jours. Au milieu des champs et des vignes, l'impasse est une véritable cité d'artistes. S'y retrouvent notamment le sculpteur Jules Dalou, Marc Chagall de 1910 à 1912 ou encore Le Douanier Rousseau en 1895.










En 1886, Bourdelle quitte l'atelier des Beaux-Arts de Falguière et il est engagé en 1893 par Auguste Rodin comme praticien pour travailler sur Les Bourgeois de Calais et le célèbre Balzac. Grâce à l'intervention de celui-ci, Bourdelle obtient en 1897, sa première commande publique, le monument aux morts de la guerre de 1870 à Montauban, sa ville natale. 

Il quitte Rodin en 1908 pour voler de ses propres ailes et sa réputation grandit grâce au succès remporté par son Héraclès archer en 1909. Cette année-là, Bourdelle devient enseignant à l'Académie de la Grand Chaumière où il a pour élèves Alberto Giacometti, Germaine Richier, Viera da Silva ou Margaret Cossaceanu qu'il engagera comme assistante. En 1910, il prend part au projet du théâtre des Champs Elysées lancé par Gabriel Astruc. Antoine Bourdelle innove en appliquant les fresques directement sur le béton armé dans l'idée de lier intrinsèquement sculpture et architecture.














Dès 1920, Antoine Bourdelle caresse le rêve d'un musée qui présenterait l'oeuvre de sa vie à l'instar d'Auguste Rodin, un lieu qui ferait perdurer son travail en offrant une vue complète sur celui-ci. Au cours de 1928, alors qu'il est déjà très malade, Bourdelle dessine plusieurs projets, imagine une muséographie. Il décède le 1er octobre 1929 avant la réalisation. 

En 1930, le percement de la voie qui d'impasse - du Maine - devient rue - Antoine Bourdelle -menace paradoxalement d'expropriation l'ensemble atelier-maison. La générosité du mécène Gabriel Cognac permet de racheter le terrain évitant que la collection Bourdelle ne soit dispersée. 















A l'occasion du centenaire de la naissance de Bourdelle en 1961, Henri Gaudruche est à nouveau sollicité. Il conçoit le grand hall d'exposition afin de présenter les sculptures monumentales et les grands modèles en plâtre. Aménagé par l'architecte-décorateur Michel Dufet - le mari de Rodhia - cet espace accueille aujourd'hui certaines des œuvres les plus célèbres de Bourdelle. Un Centaure mourant évoque l'un des thèmes favoris du sculpteur qu'il a repris pour l'atrium du théâtre des Champs Elysées. Les grandes figures mythologiques y sont représentées par Sapho ou encore Pénélope sous les traits de sa première femme, Stéphanie Van Parys. 












On y découvre les plâtres et les différentes versions des commandes monumentales tels que Le monument à Carlos María de Alvear, une oeuvre inaugurée le 16 octobre 1926 à Buenos Aires, les modèles destinés au monument dédié à Adam Mickiewicz poète et écrivain polonais, inauguré place de l'Alma en 1929 puis déplacé Cours Albert Ier ou encore La Vierge à l'offrande (1919-1922) dont le visage est inspiré de celui de sa fille Rodhia, une oeuvre commandée par des industriels alsaciens. Sur la frise de la façade du théâtre des Champs Elysées, Apollon et sa méditation, le dieu est entouré de neuf muses dont Isadora Duncan fut le modèle tandis que La Danse représente le danseur et chorégraphe Vaslav Nijinski.

En 1992, Christian de Portzamparc signe la nouvelle aile, une extension moderne où se déroule en ce moment l'exposition De bruit et de fureur, Bourdelle sculpteur et photographeLe fond originel est enrichi par la donation de l'ensemble des photographies de Bourdelle en 1995 puis en 2002 par le legs de Rhodia Dufet-Bourdelle.

Musée Bourdelle
18 rue Antoine Bourdelle - Paris 15
Tél : 01 49 54 73 73
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Entrée gratuite dans les collections permanentes

Bibliographie
Ateliers d'artistes à Paris - Jean-Claude Delormet et Anne-Marie Dubois - Parigramme
Le guide du promeneur 15è arrondissement - Florence Claval - Parigramme


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2 commentaires :

Sheily a dit…

Je suis passée devant ce matin même (mais je ne faisais que me rendre à un rendez-vous à proximité) !

Caroline a dit…

J'ai vu passé la photo sur FB tandis que je bossais sur l'article. Connexion cosmique des blogueuses parisiennes ;)

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