mercredi 21 décembre 2016

Paris : La Cité Leroy, survivance engagée du village de Ménilmontant - XXème



Entre Ménilmontant et la rue des Pyrénées, subsistent les dernières ruelles du village originel. Alignement incertain, maisonnettes dotées de jardinets, ateliers divers, ces lieux insolites sont la mémoire d'un Paris disparu. La typographie singulière est caractéristique d'un mode de développement urbain plus ou moins anarchique qui ouvrira la voie à la spéculation immobilière. La configuration actuelle des cités et villas préservées renvoie au type parcellaire de la fin du XIXème siècle, début du XXème. La Cité Leroy est l'une de ces pépites d'un autre temps. Menacée à de multiples reprises par des projets d'urbanisme, cette singulière petite impasse a survécu grâce à l'engagement au long cours de ses habitants mobilisés au sein de l'association Cité Leroy. Afin de protéger le paysage urbain du quartier, les habitants ont mené un combat pendant près de dix ans sauvant le caractère typique de la cité. Un peu d'histoire si vous le voulez bien.








Au XIXème siècle en dehors des enceintes, Belleville exempté d'octroi est encore très champêtre. Bals et guinguettes font sa réputation. Rattachés à Paris en 1860, Belleville est une gros bourg, Ménilmontant un village, Charonne un hameau de campagne. L'essence rurale est persistante dans le paysage urbain. Les grands travaux du baron Haussmann qui vont changer la face de Paris n'atteignent pas le tissu profond des deux nouveaux arrondissements. La logique de construction ne suit pas de plan d'urbanisme préconçu et les bâtiments sont érigés en suivant plus ou moins le tracé des rues et chemins existants. 

Villas et cités ouvrières aux maisonnettes rustiques bordées de jardins potagers et de petits vergers côtoient immeubles de rapport, entrepôts et ateliers. Le développement désordonné ouvre la voie aux promoteurs qui spéculent sur des habitations bon marché de piètre qualité. La prolongation de la rue de l'Ermitage en 1867 jusqu'à la rue des Rigoles puis jusqu'à la rue Olivier Métra puis le percement de la rue des Pyrénées à partir de 1869, créé de nombreux passages insolites au charme bucolique dont certains nous sont parvenus intacts malgré la folie du béton des années 1970.








En 1869, Michel Leroy, gravatier de son état qui travaille sur le percement de la rue des Pyrénées, acquiert un terrain dont il organise le lotissement. Il le divise en trois parcelles, l'une de 121m2 détenue par un certain Rouvière, une deuxième de 42m2 détenue par monsieur Berty et la dernière par Leroy lui-même mesure 14231m2. 

Sur son terrain, il bâtit lui-même des constructions légères, un un puit d'eau potable dont l'accès payant est réservé aux habitants des trois parcelles et une fosse d'aisance qui se révèle insuffisante. La Cité Leroy devient rapidement insalubre. Premier signe de la combattivité des résidents, en 1884, les habitants déposent auprès de la Ville de Paris une pétition afin de contraindre Leroy à rattacher la cité au tout à l'égout. Un esprit qui perdure aujourd'hui.








Cité Leroy et Villa de l'Ermitage voisine dont je vous parlais ici sont deux ilots préservés grâce à la ténacité et l'engagement de leurs occupants. Ilots verdoyants, leur parcellaire subsistant fait de ces cités ouvrières pittoresques des lieux de mémoire. Longue d'à peine 60 mètres sur 4 mètres de large, la Cité Leroy est une voie privée ouverte à la circulation publique par arrêté du 23 juin 1959. 

Etroit passage abondamment fleuri, elle possède le charme des incursions verdoyantes en ville. Pavillons individuels amoureusement entretenus, plantes en pots et abondance de fleurs, jardin partagé ravissant, la nature s'invite dans le paysage urbain. Tout ceci aurait pu disparaître. En 1992, la Ville de Paris projette de démolir plus des 3/4 de la cité afin de bâtir 130 nouveaux logements. Les habitants se mobilisent et créent l'association Cité Leroy. Leur engagement permet de ralentir le projet qui est définitivement compromis par la fragilité des sols.






En 2000, un nouveau plan de la Ville envisage la construction de six édifices en bordure de la Cité Leroy. Le projet est contrecarré par les riverains eux-mêmes soutenus par la Mairie d'arrondissement. Sur la parcelle visée, un jardin partagé est aménagé, espace vert végétalisé à caractère pédagogique. Le droit de Préemption urbain Renforcé qui pesé sur la Cité Leroy est levé en février 2002.

Cité Leroy
Accès 313-315 rue des Pyrénées ou par la villa de l'Ermitage - Paris 20

Bibliographie
Le guide du promeneur 20è arrondissement - Anne-Marie Dubois - Parigramme
GEOguide Tout Paris - Collectif Gallimard Loisirs
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit

Sites référents


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2 commentaires :

Aurore a dit…

On peut voir l'histoire de la résistance des habitants quand on se ballade dans ce coin et j'adore le petit jardin partagé, très très vert !
Merci pour la petite leçon d'histoire :)

Caroline a dit…

Je me suis servie de leur texte pour écrire l'article d'ailleurs. Très intéressant. Ils ont défendu leur petit paradis bec et ongle. Un bel exemple d'engagement citoyen et de préservation du patrimoine parisien. Quelque chose qui n'est pas si évident que ça dans un quartier qui a pas mal souffert de la "bétonisation" des années 70.

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