samedi 29 octobre 2016

Théâtre : Le Chat d'après l'oeuvre de Georges Simenon - Mise en scène Didier Long - Avec Myriam Boyer, Jean Benguigui - Théâtre de l'Atelier



Marguerite et Emile, deux veufs qui ont uni leur solitude par défaut, en sont venus à se haïr. Bourgeoise déclassée, Marguerite est une bigote étriquée pétrie de principes tandis qu'Emile, ouvrier à la retraite un peu fruste mais bon vivant cultive un goût certain pour le vin rouge. Tout les oppose mais leur rencontre a fait naître un certain espoir dans leurs existences monotones. Depuis c'est l'escalade du désamour, la désillusion de la vie commune. Dans la guerre froide qui les oppose, entre silences ombrageux et joutes verbales cinglantes, le point de rupture est atteint lorsqu'ils s'en prennent à l'animal de compagnie de l'autre. Emile soupçonne Marguerite d'avoir empoisonné son chat.






Adaptation du roman de Georges Simenon, ce huis clos étouffant de la haine ordinaire a été porté à l'écran par Pierre Granier-Deferre avec Jean Gabin et Simone Signoret. Sur la scène du théâtre de l'Atelier, Myriam Boyer et Jean Benguigui parviennent à faire oublier leurs prédécesseurs dans une version lutte des classes plus fidèle que le film au texte original. Didier Long, très inspiré, met en scène avec finesse la haine larvée qui se déploie entre deux protagonistes attachés aux souvenirs de leurs vies passées, à leurs différences sociales. Les aigreurs, les blessures, les non-dits pèsent sur ce couple aux idéaux inconciliables. Habilement construite en flash-backs, la pièce remonte le fil du temps, de la rencontre à l'évolution de leurs relations jusqu'à la détestation.  






Crépuscule d'un monde, le pavillon dans lequel les deux personnages sont retranchés est une place forte assiégée. Les années soixante marquent une période de grands travaux durant laquelle les quartiers populaires insalubres sont peu à peu détruits pour faire place à des immeubles modernes. Marguerite qui fait partie de cet ancien monde en voie de disparition repousse les propositions des promoteurs, accrochée à sa maison dernier vestige de son héritage dilapidé. Refus de partir, refus du déracinement. Tout autour le chantier, aperçu par la fenêtre du pavillon, avance, de plus en plus oppressant. Sur des écrans défilent les photos du paysage en évolution, de la coquette zone pavillonnaire au champs de ruine des terrains vagues en construction. Scénographie remarquable, ce marqueur temporel permet au spectateur de s'y retrouver dans la progression des ressentiments.  




Malentendus et faux-semblants, béances de la vérité crue, Marguerite et Emile sont deux être blessés unis par une même défiance. Lorsqu'ils ne communiquent plus par notes lapidaires qu'ils se jettent au visage dans des accès de colère, l'affrontement tourne à l'aigre. Rôles taiseux dont les silences sont plus dévastateurs encore que les mots, la psychologie des personnages trouve sa pleine expression dans l'interprétation des comédiens. Myriam Boyer, formidable en femme corsetée dans des conventions bourgeoises d'un autre temps, balance les pires vacheries avec une voix sucrée de jeune communiante. Jean Benguigui, bon vivant terre à terre, rustaud qui pensait faire une affaire en épousant sa veuve voisine qui en est pour ses frais, est très juste. Il forme un duo bouleversant, d'une rosserie féroce. 

Sondant les âmes au cœur de l'intime cruauté, Le Chat est un drame rugueux, glaçant remarquablement interprété et mis en scène. Usure de la vie, sursis des vies modestes, érosion des âmes malmenées, un moment de théâtre très fort. 

Adaptation théâtrale de Christian Lyon et Blandine Stintzy
Mise en scène de Didier Long
Avec Myriam Boyer et Jean Benguigui
Du mardi au samedi à 21h00 - Matinée le dimanche à 15 h

1 place Charles Dullin - Paris 18
Location : 01 46 06 49 24


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