vendredi 7 octobre 2016

Paris : La Vénus des Arts, une oeuvre composite signée Arman - rue Jacques-Callot - VIème



Célèbre pour ces accumulations d'objets ainsi que ces "colères" des performances durant lesquelles il détruit des objets prélevés dans le quotidien, Arman (1928-2005) peintre, sculpteur et plasticien d'origine niçoise naturalisé américain est souvent intervenu dans l'espace public pour lequel il a adapté ses créations dans des dimensions monumentales. Ces oeuvres résultat de la destruction - découpage ou combustion - de pièces symboles de la société de consommation, interrogent le spectateur dans un désir d'aller au delà de l'objet manufacturé. Fondateur avec César du mouvement des Nouveaux Réalistes, Arman qualifie sa démarche de surréaliste, cubiste et dadaïste. La Vénus des Arts réalisée en 1992 dont un exemplaire a été placé rue Jacques-Callot dans le VIème arrondissement en 1998, est un exemple frappant de son travail de découpe.









Tronçonnant des sculptures préexistantes dans le même sens avec le même espacement entre les coupes, Arman crée des plans successifs verticaux soit dans le sens avant-arrière soit dans l'axe gauche droite. Il découpe au chalumeau des bronzes sans lien apparent entre eux, souvent des miniatures, modèles réduits provenant de boutiques de souvenirs, pour les réassembler en y ajoutant des groupes d'objets symboliques. Ses œuvres, produits composites de sculptures sans liens entre elles, sont formées de tranches reliées par des charnières d'un métal semblable à celui d'origine. Elles peuvent donc à volonté se réformer ou se décomposer.








La juxtaposition d'éléments hétéroclites provenant du tronçonnage de différentes statues et d'objets disparates ouvre un paradoxe de transformation par l'effet de regroupement, d'accumulation et de démultiplication. La Vénus des Arts, création composite, allégorie des arts - sculpture, peinture, musique, littérature - est une silhouette féminine morcelée pour être reconstituée, une recomposition mêlant une statue antique, en l'occurrence la Vénus de Milo et un bronze du Bénin représentant une figure juvénile. Ainsi Arman choisit de combiner l'art traditionnel africain et l'art classique occidental afin de produire une sculpture appartenant à l'art contemporain.

La Vénus fractionnée, sujet d'une accumulation ironique, donne une impression d'unité. Reconstitution globale d'une statue à partir d'éléments hétéroclites, le regroupement des tronçons engendre un ensemble, une Vénus faite de bric et de broc, morcelée en parties qui ne sont pas unifiées par une ligne compacte suivie. Les éléments sans rapport apparent, contrebasse / violoncelle, cadres, livres, palettes, pinceaux, complètent la statue dans une logique plastique et symbolique que l'intention annoncée par le titre rend cohérente.








Dans la partie basse de la draperie, les éléments sont assemblés en une surface continue. A partir de la ceinture morcellement en tranches laisse apparaître béances et décalages en hauteur et en profondeur produisant un effet de contraste qui est renforcé par l'ajout d'éléments exogènes. Les morceaux de contrebasse forment les bras en continuité avec le corps mais l'œil détache les segments qui ne font pas partie de l'anatomie humaine. Arman nomme cet effet l'expression du "continu-coupé". La tête rassemble les deux têtes des statues initiales, visage composite répétant les éléments de la figure par tranches placées côté à côte à la fois semblables car représentant un visage humain et dissemblable car il s'agit de deux sculptures différentes. La différence de proportions notamment de hauteur affirment l'effet de contraste.






La sculpture en tranches malgré ses divisions donne l'impression d'une unité globale à travers une vision de la beauté morcelée dont la lecture s'explore par étage. Cette Vénus des Arts évoque les prises de vue cinétiques des futuristes cherchant à traduire le mouvement du corps en une seule image tel le Nu descendant l'escalier de Marcel Duchamp. Un paradoxe visuel, regroupement global des formes dont la dynamique d'emboîtement alterné procède la juxtaposition des parties tronçonnées dans une continuité réinventée.

Vénus des Arts - Arman
Rue Jacques-Callot - Paris 6

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Quator  


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1 commentaire :

Camille a dit…

Ton article est très intéressant ! J'y retrouve la trace de mes apprentissages en histoire de l'art, malheureusement abandonnés il y a un moment.
Je ne connaissais pas cet artiste, encore moins son oeuvre, que je trouve très intéressante à analyser, et à observer. L'effet rendu est particulier et je l'apprécie assez.
Je vais appronfir un peu et te remercie donc pour cette découverte. :)

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