Street Art : JR fait disparaître la pyramide du Louvre - Paris 1



Le musée du Louvre, l'un des monuments les plus prisés de Paris, reçoit 9 millions de visiteurs chaque année. La pyramide qui marque son entrée, inaugurée en 1989, oeuvre de l'architecte américain d'origine chinoise Ieoh Ming Pei, fut lors de sa conception l'objet d'une vive polémique. Sorte de nouvelle guerre des anciens et des modernes, les considérations esthétiques faisaient rage avant que le grand public ne l'adopte. Cette construction filetée de lumière est devenue l'un des symboles du Louvre, un lieu photographié à l'envie dont l'image circule sur toute la planète. L'artiste JR, connu pour ses collages photographiques monumentaux qui fleurissent sur les murs du monde entier, des favelas de Rio, aux bidonvilles du Kenya, de New York au Havre, de Shanghai au mur de Gaza, a eu l'idée un peu folle de soustraire au regard par un tour de magie en trompe-l'œil, le triangle de verre et d'acier qui trône dans la cour Napoléon du musée. JR a fait disparaître la pyramide de Pei !









Jusqu'au 27 juin, l'installation imaginée par JR crée sous un certain angle une illusion d'optique obtenue par anamorphose. Les photographies, reproduction à l'échelle de la façade de l'aile Sully, ont été collées sur les parois de verre par des spécialistes en charge de l'entretien du monument. L'habile trucage souligné par le noir et blanc des clichés, a nécessité plus d'un an de travail que la pluie a failli ruiné. 

Cette intervention s'inscrit dans la lignée du projet "Unframed" poursuivi depuis 2009 par JR qui oeuvre dans l'espace public en insérant des images d'archives dans leur contexte architectural d'origine. Les photographies d'époque entrent en écho avec notre époque, jeu d'intrusion de la mémoire collective dans le quotidien, lien entre le passé et le présent, choc entre contemporanéité et histoire, facteur de transmission et de compréhension.







"Aujourd'hui à l'heure des selfies, les gens posent devant ce monument en lui tournant le dos" évoque JR. Les visiteurs se photographient en oubliant de regarder le lieu. La disparition de la pyramide invite à voir autrement notre environnement en poussant la réflexion sur l'expérience de l'observateur. Par le biais de cette oeuvre interactive qui propose de modifier la perception du réel, devenu acteur et non plus seulement spectateur, il aborde l'espace différemment cherchant l'angle sous lequel l'anamorphose se recompose ou se déconstruit. 

Le ballet des touristes rejoints par les Parisiens curieux s'organise dans une danse ludique autour de la pyramide jusqu'au point d'illusion parfaite créant du lien entre les gens. L'intervention de l'artiste dans l'espace public remet en cause les points de vue, questionne l'environnement dans lequel nous évoluons, à travers une démarche susceptible de marquer l'inconscient collectif. L'imaginaire en action et la viralité des clichés échangés à travers le monde interrogent le pouvoir de l'image.








JR, Jean-René, 33 ans, est devenu à l'invitation du musée l'un des rares artistes à avoir investi le Louvre de son vivant. Originaire de Montfermeil, il aime raconter sa rencontre très Amélie Poulain avec la photo lorsqu'il a trouvé un appareil sur un quai de la ligne A du RER. Toujours chapeauté et lunetté de noir lors de ses apparitions publiques, ce look distinctif lui permet de préserver un semi-anonymat et de travailler librement dans des pays difficiles comme la Corée du Nord où il a fait un récent séjour. 

Voici quinze ans qu'il promène son appareil à travers le monde portraiturant les habitants de lieux marqués par les conflits afin de leur redonner la parole. JR se définit lui-même comme un activiste urbain. Ses interventions à la puissance d'évocation terriblement humaine sont une incitation à engager le dialogue entre les populations.








Le projet participatif Inside Out se poursuit à travers le monde depuis  2011 relayé par des milliers d'engagés. Installé à la BNF en 2014 lors de la prise des clichés devant orner l'intervention au Panthéon, JR a fait entrer des anonymes chez les Grands Hommes de la Nation . Dernièrement pour l'ouverture de la COP21 en 2015, il a réalisé en collaboration avec Darren Aronofsky, une oeuvre vidéo projetée sur les façades de l'Assemblée National et le Musée d'Orsay, The Standing March. Il est actuellement l'invité de la galerie des Enfants au Centre Pompidou.

Cour Napoléon du Musée du Louvre - Paris 1

Invité par le musée, JR a animé pendant 24 heures, le 28 et 29 mai dernier, un évènement dans l'auditorium du Louvre. Interventions, colloques, performances aux côtés d'Agnès Varda, Daniel Buren, Mathieu Chédid, Sam Stourdzé, directeur des rencontres d'Arles, le philosophe Peter Sloterdijk, Felice Varini , les magiciens Yann Frisch et Arthur Chavaudet, l'artiste Liu Bolin.



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.