samedi 14 mai 2016

Paris : Fontaine-sculpture de César Domela - Square Henri-Cadiou - XIIIème



Voisin de la Cité Fleurie, un ensemble d'ateliers d'artistes datant de la fin du XIXème siècle où séjournèrent Paul Gauguin, Amadeo Modigliani ou encore Henri Laurens, le square Henri-Cadiou du nom d'un autre résident célèbre, est un jardin public ouvert en 1989. A l'entrée donnant sur le boulevard Arago, au centre d'un bassin une singulière fontaine-sculpture s'élance vers le ciel en élégantes arabesques qui rivalisent avec la vivacité des jets d'eau. Eclats aquatiques et métalliques se mêlent dans un ballet de lumière ciselée, enchevêtrement de lignes courbes rythmé par la matière. La sculpture, à contempler sous de nombreux angles, évoque dans ses sinuosités géométriques, le ruban Möbius et son serpentement infini. Réalisée d'après un modèle original de César Domela (1900-1992) en duralium naturel et duralium électrolysé datant de 1963, cette reproduction en acier inoxydable a pris place au coeur du jardin en 1990.








Peintre et sculpteur d'origine néerlandaise, Fils de Ferdinand Domela Nieuwenhuis, ancien pasteur luthérien fondateur du mouvement anarcho-socialiste en Hollande, il se destine tout d'abord à l'ethnologie avant de poursuivre une formation artistique tardive. Influencé par le livre Tao Tö King, une passion pour Lao Tseu et la pensée orientale, la spiritualité tient une grande place dans son oeuvre. Proche de Mondrian, César Domela intègre le groupe De Stijl en 1923 et suit la voie d'une structure néoplastique rigoriste. Il s'éloigne de ce mouvement dès 1925 en introduisant la ligne diagonale dans ses œuvres à la recherche de compositions plus libres. César Doméla fuit le nazisme en 1933 et s'installe en France où il rejoint définitivement la communauté de la Cité Fleurie où il avait séjourné auparavant dans l'atelier prêté par son ami Henri Laurens rencontré en 1914.

S'inspirant des rapports harmoniques du signe et de l'écriture, César Domela est influencé par les enluminures médiévales irlandaises du livre de Kells, les idéogrammes chinois, le kanji japonais ou encore la calligraphie de l'art musulman. Jeu de rythme et de formes en perpétuel mouvement, ses espaces picturaux portés par un riche vocabulaire chromatique s'approchent d'une appréciation à la fois esthétique et métaphysique. Courbes, angles aigus, accents circonflexes, revirements et emportements, pour César Domela son art est une "prière peinte ou sculptée". Toute sa vie, le plasticien explore et expérimente la matière par le biais de l'expressivité et de la stylisation. Matériaux industriels et naturels, les alliances hétéroclites plexiglas, laiton, bois de rose, galets, acier deviennent les éléments essentiels d'une abstraction à la puissance plastique remarquable, méditation concrète rendue tangible.






Artisan subtil, inventeur de motifs inédits, à la rigueur formelle, il associe la fantaisie des matières dans une recherche d'opposition des qualités sensibles "le lisse et le rugueux, le brut et le poli, le ductile et le compact, le brillant et le mat, le chaud et le froid, le clair et le sombre". A travers la dimension tactile de ses œuvres, il traduit sa maîtrise de la composition dans des jeux de transparence des plans. L'artiste qui s'intéresse à l'idée de la vitesse transcrite par les reliefs signe un manifeste dimensionniste inspiré des notions d'espace-temps d'Einstein.

Fontaine-sculpture de César Domela
Reproduction datant de 1990 d'une sculpture de 1963
Square Henri-Cadiou - 69 bd Arago - Paris 13

Bibliographie
Les fontaines de Paris : l'eau pour le plaisir - Marie-Hélène Levadé,Hughes Marcouyau - Editions Chapitre Douze
Paris de fontaine en fontaine - Jacques Barozzi - Parigramme

Sites référents




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