lundi 7 mars 2016

Lundi Librairie : Les grands singes - Will Self



Plasticien renommé, Simon Dykes prépare une prochaine exposition dont le vernissage est pressenti comme un événement mondain des plus chics. Divorcé, père de deux enfants qu'il ne voit pas assez souvent, il lutte contre une dépression sous-jacente à grand coup de cachets. Malgré son succès, Simon ne va pas très bien. L'artiste londonien traîne son spleen de raouts branchés sous stupéfiants en nuits de débauche alcoolisées au bras de sa nouvelle compagne, la sublime Sarah. A la suite de l'une de ces soirées d'excès, il se réveille dans un monde où les hommes sont devenus des chimpanzés. Un univers où les singes ont gagné la course à l'évolution et les humains sont des animaux sauvages exhibés dans des zoos. Simon est rapidement interné dans un hôpital psychiatrique sous la surveillance d'un grand chimpanzé de science, le Dr Zachary Busner, psychanalyste phénoménologue, fasciné par ce cas d'étrange psychose.

Oeuvre iconoclaste bouillonnante, jeu de massacre insolent, Les grands singes contient toutes les obsessions et les leitmotivs de l'auteur. De sa fascination pour la psychiatrie et ses dérives, sa connaissance approfondie des drogues, Will Self extrait un condensé d'imagination cauchemardesque hanté par les hallucinations dominées par la jubilation du grotesque. Darwinisme satirique, les signes remplacent la parole, le sexe et la force physique sont les moteurs de la domination. Conjurant l'angoisse par la scatologie, l'auteur dans une symétrie burlesque portée par une grande érudition nous livre pêle-mêle ses inquiétudes sur la corporéité, fixations anales et sexuelles, à travers un récit caustique ambitieux, comique et cruel.

Lexique et mœurs chamboulées, Will Self expérimente, manipule le langage par le biais de néologismes, latinismes portés par l'invention d'une prose déchaînée. Sous couvert d'emprise de la folie, il démonte les mœurs de nos contemporains avec férocité récréant une société simiesque organisée comme la nôtre, nous tendant un miroir déformant, déstabilisant jusqu'au vertige. La perception bouleversée égratigne préjugés et conformismes, interroge notre propre bestialité. Critique sociale ambiguë, texte fascinant et désagréable, Will Self nous parle de nos sociétés, brocarde l'époque avec justesse, une acuité troublante, une vacherie tempétueuse, une pertinence éclairée.

Les grands singes - Will Self - Traduit de l'anglais par Francis Kerline - Editions de l'Olivier - Collection de poche Points



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