mardi 1 mars 2016

Cinéma : The Revenant de Alejandro Gonzáles Iñárritu - Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy - Par Lisa Giraud Taylor



Dans le Missouri du début du XIXème siècle, en plein conflit avec les tribus indiennes, une expédition composée, notamment, de trappeurs est attaquée violemment. Rescapé de la charge, Hugh Glass, un trappeur, se retrouve laissé pour mort. Il est quasi enterré vivant par deux de ses compagnons de route, après son combat avec une femelle grizzly qui l’a sauvagement meurtri. Ayant survécu à ses blessures, il part en quête de vengeance et de rédemption lors d’un voyage de plus de trois cent kilomètres dans des conditions extrêmes au coeur d'un milieu hostile.






Tiré du roman de Michael Punke The Revenant : A novel of Revenge, inspiré d’une histoire vraie, et dans la lignée de premier film qui avait évoqué cette histoire, Le Convoi Sauvage de Richard Sarafian, datant de 1971, The Revenant est le sixième film d’Alejandro Gonzáles Iñárritu. Il nous entraîne, cette fois, dans une épopée sauvage, enneigée et impitoyable. Hugh Glass a survécu à un assaut de grizzly qui l’a laissée quasi-mort, à la charge d’hommes ne misant pas un dollar sur sa survie. Abandonné lâchement par deux de ses compagnons d’infortune, ayant pris soin d’assassiner son fils sous ses yeux hagards, il va trouver la force et la haine pour survivre, se traîner, et traquer les deux hommes.

La performance de Leonardo Di Caprio, barbu, hirsute, baveux, inaudible, grognon, sanguinolent, mangeant du foie de bison, vomissant, dormant dans les entrailles de son cheval mort, etc. méritait une récompense. N’importe laquelle, pourvu que quelqu’un lui file une statuette, non pas pour ce rôle-ci en particulier, même si, oui l’Oscar, c’était évident au vu de la concurrence cette année - désolée Michael Fassbender, je t’aime quand même - mais pour l’ensemble de sa carrière. 2h36 avec un tel rôle, c’est en soi un signe de talent. Côté talent, il est bien escorté le grand Leo. En premier lieu, le (presque) toujours charismatique Tom Hardy qui est réellement époustouflant et aurait mérité sa statuette, lui aussi. Son regard empli de folie est terrifiant. Personnellement, je préfèrerais croiser maman ours plutôt que ce furieux. Autres mentions spéciales : Will Poulter qui interprète Jim Bridger, l’infortuné compagnon de route du personnage de Tom Hardy, rôle dans lequel il est impressionnant et le divin Domhnall Gleeson que l’on a connu plus à son avantage. 






Toutefois, avec une telle histoire, de tels décors et un réalisateur qui n’a pas les mains dans les poches quand il s’agit de violence, rappelez-vous de 21 grammes, il était difficile de ne pas être à la hauteur. The Revenant est un grand film d’acteurs et de réalisateur. Il est aussi, et surtout, le travail d’un directeur photo - ou chef op, comme vous voulez - qui touche au divin. Emmanuel Lubezki, déjà largement célébré pour son travail sur Gravity et Birdman du même Alejandro, nous offre des moments sidérants de beauté. Le film a été tourné en décors naturels (Canada, Argentine), dans des endroits sauvages, glacials, hostiles mais avec une lumière naturelle incroyablement photogénique. Lubezki fait preuve de maestria dans les effets de contraste, de lumières, de plans-séquences et autres plans contemplatifs. La scène d’ouverture est à proprement parler filmée comme une œuvre d’art et les paysages sont son écrin. L’attaque du grizzly est aussi un morceau de bravoure. La brutalité vous saute à la gorge, enfin à celle, aussi, de Glass, et les effets spéciaux n’affectent nullement le côté douloureux, violent et lourd de ce moment. La pluie plombe le tout, comme si elle écrasait les lignes de fuite. 

Alejandro Gonzáles Iñárritu offre ainsi une fresque sur une période importante de l’Histoire de la civilisation américaine. Ce film se situe exactement entre deux époques : celles où les premiers colons ont envahi les terres en quête d’aventure en massacrant les primo-habitants et la ruée vers l’or où ils ont voulu « civiliser » les peuplades. Il évoque aussi la fragilité de l’être humain face à la Nature, l’instinct primitif de survie, la violence entre humains, la cruauté ordinaire de la nature, la loi naturelle du plus fort, le désir de vengeance comme moteur et un guide de survie en milieu hostile.




La force des images, d’une violence douloureuse quelque fois, est contrebalancée par la poésie des grands espaces. Vous l’aurez compris, ce film est grandiose, dans le sens premier du terme. Mais, car il y a un mais, à trop jouer la grandiloquence, les petites failles apparaissent tranquillement. On pourrait reprocher au film quelques longueurs. A filmer un plan-séquence de paysage toutes les cinq minutes chrono, pas étonnant qu’on arrive à 2h36.  La toute-relative faiblesse dans certaines parties du scénario, le petit arrangement avec le livre, nulle trace de son fils métis dans le livre de Punke, ni visiblement dans la réalité, les accents (en V.O) à couper au couteau, bien affûtés, les rôles un brin biaisés des groupes ethniques, merci pour le côté manichéen, deux ou trois contre-plongées étranges ou buée sur l’écran, ah, c’est voulu ?, le côté mystique pour les nuls, la symbolique de la peau d’ours qui amène à la renaissance de Glass, et la voix off à la fin, merdus, pas de spoiler, promis ! Voilà de quoi contrebalancer un peu le côté « attention monument du cinéma » que l’on entend clairement depuis sa sortie. Ce n’est pas Apocalypse Now non plus...

Cependant, c’est foncièrement un film d’une grande violence et d’une immense beauté, toutes les deux viscérales. Rien que pour cela, il est à voir tellement la noirceur peut être lumineuse bien amenée.

The Revenant
Réalisateur : Alejandro Gonzáles Iñárritu
Avec Leonardo Di Caprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter
Sortie : 24 février 2016

Lisa Giraud Taylor est écrivain, photographe et blogueuse. Son roman Liverpool Connexion est disponible aux Editions Trinômes. Vous pouvez également retrouver sa plume piquante sur Le blog d'une ItemLiz Girl. Cette jeune femme hyperactive - mais comment fait-elle ? - collabore régulièrement avec les webzines Lords of Rock et So Busy Girls où elle nous régale de chroniques pleines d'esprit, ultra punchy dans un style bien à elle. Humour ravageur et pertinence sont ses marques de fabrique.






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