mercredi 10 février 2016

Paris : La Villa Santos-Dumont en automne - XVème



Situé sur les terres de l'ancienne commune de Vaugirard, le quartier Saint-Lambert Morillons est assez représentatif d'un arrondissement esthétiquement paradoxal. Mêlant architecture contemporaine, d'une modernité parfois outrée où les vastes ensembles vertigineux côtoient des îlots de verdure réinventés comme le parc Georges Brassens aménagé sur les anciens abattoirs, le XVème réserve de bien jolies surprises au flâneur qui musarde nez au vent. A deux pas du parc, une singulière venelle séduit les amoureux d'un Paris insolite méconnu. Il s'agit de la rue Santos-Dumont, baptisée en l'honneur de l'aviateur franco-brésilien disparu en 1932. L'une de ses rives urbaines préservée de l'appétit des bâtisseurs de tours monumentales est bordée de pavillons charmant bâtis dans les années 20 par l'architecte Henry Trésal, à qui l'on doit de semblables constructions rue Dieulafoy dans le XIIIème. Ces petites maisons de ville sont caractérisées par un becquet érigé sur un toit en ardoise qui leur donne un air furieusement britannique. Georges Brassens quittant son XIVème chéri habita de 1969 à 1981, date de son décès, au numéro 42. Au 38 de cette rue s'ouvre la villa éponyme, la délicieuse villa Santos-Dumont.








En 1889, le sculpteur Louis-Raphaël Paynot achète une parcelle entre vignes et champs dont il confie, plus tard, la gestion à son fils Raphaël. De 1919 à 1920, celui-ci lotit le terrain et fait ériger vingt-cinq maisons. La villa créée en 1926 prend le nom de villa Chauvelot en hommage à Alexandre Chauvelot (1796-1861), un promoteur français aux idées généreuses dont l'ouvrage au sud de Paris a marqué durablement le paysage urbain des villages de Plaisance, Montrouge, Vanves, Malakoff.

Le calme pittoresque de la petite impasse séduit de nombreux peintres de Montparnasse. La villa devient une véritable cité d'artistes. Les pavillons se dotent de larges baies vitrées, les proches prennent de l'ampleur pour permettre la livraison de la pierre des sculpteurs tels que Malvina Hoffman (1887-1966), ancienne élève de Rodin, qui habite au numéro 25 mais dont l'atelier se situe au numéro 10. Durant l'entre-deux-guerres, la galeriste Madame Zach, au numéro 8 bis, fait découvrir ce paradis de quiétude à ses amis artistes. Ossip Zadkine (1890-1961) réside au numéro 3 de 1925 à 1960.  Fernand Léger (1881-1955) y fait un bref séjour de 1928 à 1930.













Ce n'est qu'en 1933 que la villa change de nom en même temps que la rue, pour adopter celui de l'aviateur. Parmi les hôtes célèbres de la villa Santos-Dumont, le peintre Victor Brauner (1903-1966) qui y demeura de 1938 à 1945 au 10 bis, le sculpteur Emmanuel Guérin (1884-1967) au numéro 13, le mosaïste italien Armand Gatti (1924-) au 15 et l'écrivain Jeanne Champion (1931-) au 17.

Cité des arts improvisée, la villa Santos-Dumont demeure de nos jours un havre prisé des artistes qui y trouvent le charme et la paix nécessaires à la création. Les pavillons offrent un vaste assortiment d'architectures contrastées. Bicoques aux allures anglo-normandes, briques rouges post-industrielles se parent de couleurs estivales quand l'ocre des volets se marie avec le bleu céruléen d'une porte répondant à la vivacité du céladon des céramiques ornementales. Maisonnettes avec jardin et ateliers reconnaissables par leurs vastes verrières disparaissent dans la végétation. Les treilles lourdement achalandés rougeoient en automne dans la vibration de la vigne vierge enflammée par la saison. Les riverains entretiennent avec amour les jardinières posées à même la rue repavée à l'ancienne en 1988.












Pittoresque impasse, les visiteurs sont nombreux à venir admirer les trésors de la villa Santos-Dumont. Il n'est pas rare d'y croiser quelques blogueurs en goguette, appareil photo aux aguets. L'abondante végétation qui donne à cette ruelle un charme renouvelé à chaque saison en fait une sorte d'annexe en pointillé du parc tout proche, lieu de villégiature d'une faune bigarrée. Nombreux sont les oiseaux qui nichent ici faisant résonner leur chant au printemps. Confetti de campagne à Paris, la villa Santos-Dumont nous fait voyager hors du temps dans une ville qui en oublierait presque son caractère urbain.  











Bibliographie
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit
Le guide du promeneur 15ème arrondissement - Florence Claval - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme

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