lundi 22 février 2016

Lundi Librairie : Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis - Nicolas Rey



Ecrivain dépressif revenu de tout, Gabriel Salin se fait plaquer par Justine. Ce quadra bobo de gauche englué dans une léthargie désabusée va de déconvenues en blessures d'amour-propre. Père d'un petit garçon prénommé Hippolyte, lors d'une réunion parents-professeurs, il tombe sous le charme de Catherine Arnaux, walkyrie moderne, cinquante ans, deux fois divorcée, mère de trois enfants dont l'aîné est en prison. Indépendante, intransigeante, institutrice le jour, loueuse de costumes la nuit, elle lui fait penser à Sigourney Weaver. Sexuellement sans limite, la dame le prend dans ses rets, fasciné qu'il est par son physique. Jusqu'au jour où Gabriel découvre qu'elle milite au Parti National, la droite extrême. Effaré et captivé, désespérément amoureux, il entre dans des rapports de force entre domination et soumission, fascination et répulsion.

Nicolas Rey, dandy de tous les excès, repenti nonchalant, dézingue avec désinvolture les bien-pensances à travers cette romance improbable sur fond de questions sociétales. Son drôle de couple infréquentable catalyse toutes les lâchetés contemporaines pour un conte moral - voire immoral - dans lequel l'attraction des corps prend le pas sur la conscience politique. Allègrement transgressif dans un monde en perte de repères, diablement corrosif. Gabriel, alter-ego littéraire de l'auteur, traîne son spleen et ses désillusions colmatant sa solitude par des dépendances aux substances comme aux femmes quitte à jeter ses valeurs aux orties.

Art de la chronique, de la vignette, Nicolas Rey signe un texte nerveux décomposé en saynètes drolatiques, courts chapitres qui ne boudent ni l'excès ni le burlesque. Cette vivacité, trépidation de l'époque, se teinte de mauvais esprit, une insolence flamboyante de sale gosse qui n'aurait pas grandi. Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis est un véritable pied-de-nez au conformisme d'une certaine gauche molle confrontée aux extrêmes, que l'auteur part des atours de la femme désirée. Fascination et répulsion se mêlent dans un portrait amoureux désenchanté qui souligne son goût pour la marge, la provocation, les excès.

Drôle, intelligent, parfois même un peu agaçant, ce texte met le doigt là où ça fait mal troussant d'un geste vif la déshérence de notre société, la déliquescence des idées. Récit doux-amer, roman social, il cumule l'étrangeté de l'ovni prophétique et la lucidité glaçante. Constat d'échec joyeusement désespéré, déroulé sur le ton de la galéjade, tout espoir consumé.

Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis - Nicolas Rey - Au Diable Vauvert




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