lundi 14 décembre 2015

Lundi Librairie : Moi et le Diable - Nick Tosches



Nick, écrivain sexagénaire, dandy de l'underground new-yorkais, alcoolique et diabétique, a cessé d'écrire. Rongé par la solitude, exaspéré par la déliquescence du monde contemporain, la vulgarité de l'époque, il traîne sa mélancolie dans les bars de Manhattan. Le vieux séducteur sur le retour y fait de l'esbroufe érudite auprès de jeunes filles prêtes à succomber à ses charmes frelatés. Alors qu'il tente seul d'échapper à son addiction éthylique, il rencontre Melissa, sémillante créature, qui a l'âge d'être sa petite-fille. Lors de leurs sulfureux ébats, il se découvre une appétence pour le sang, breuvage qu'il tient pour élixir de jouvence. Cette révélation lui fait, pour un temps, oublier sa condition. Goûtant à l'interdit, Nick trouve une nouvelle jeunesse dans des plaisirs pervers jusqu'au bout d'une folie gothique comme pour tromper la mort.

Figure mythique de la culture rock américaine, Nick Tosches signe un roman mystique de perdition, sur l'alcool et sa traîtrise. Récit sadien, désespéré et caustique, ce livre cru à l'humour grinçant oscille entre l'autodérision et une certaine autosatisfaction voire une forme de pédantisme complaisant. Extase sexuelle, plaisirs sado-masochistes et goût du sang, les soifs inextinguibles pour l'alcool et l'hémoglobine se confondent empruntant aux mythes, au vampirisme, l'incandescence des instincts pervertis.

Un type vieillissant au bout du rouleau, vétéran de la guerre du Vietnam hanté par des images de singes morts, se raconte des histoires qui le transforment. Autobiographie qui dérape vers la fiction, Moi et le Diable joue avec les codes du fantastique pour donner vie à des illusions cauchemardesques sur fond de sexe et d'addiction. Au cliché convenu du vieux qui se tape des minettes draguées en citant de faux aphorismes d'écrivains, Nick Tosches ajoute des ruminations sur le ton du "c'était mieux avant". Anti-héros qui écoute de la musique classique, cuistre obsédé par la bonne chère et les cuisses légères ultra-fraîches, le narrateur serait tout à fait débecquetant si sa tentation du pacte faustien ne révélait pas les fêlures sous les airs bravaches.

Mêlant spiritualité, philosophie, Moi et le Diable est un roman crépusculaire sur la vieillesse, le déclin, l'alcoolisme et l'angoisse de ne plus être capable d'écrire. A travers ses déambulations dans le New York d'aujourd'hui, Nick Tosches impose avec un sens de l'absurde remarquable et une profonde mélancolie, sa vision acerbe et désabusée.

Moi et le Diable - Nick Tosches - Traduit de l'anglais par Héloïse Esquié - Editions Albin Michel




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