lundi 12 octobre 2015

Lundi Librairie : Le crime du comte Neville - Amélie Nothomb



Le comte et la comtesse Neville, aristocrates belges originaux, s’apprêtent à vendre le château familial de Pluvier, faute de pouvoir l’entretenir. Mais pas avant d’avoir donné une ultime fête, la célèbre garden-party annuelle des Neville, à laquelle ils consacrent leurs derniers deniers. Tandis que leurs deux aînés Oreste et Electre brillent en société, leur benjamine Sérieuse est une adolescente éteinte qui semble ne s’intéresser à rien. Un soir, quelques jours avant la réception, prise d’une lubie, elle décide de passer la nuit, seule dans la forêt, au risque de périr de froid. Elle est alors recueillie par une étrange chiromancienne. Persuadée que la jeune fille a fait une fugue, la voyante admoneste copieusement le comte lorsqu’il vient chercher son enfant au petit matin puis lui prédit qu’il tuera un invité au cours de la garden-party à venir. Impair inenvisageable pour le comte Neville issu d’une famille ayant porté le sens de l’hospitalité au rang d’art. Alors que le malheureux homme tergiverse sans fin cherchant un moyen de réaliser ce funeste augure sans contrevenir à l’étiquette, Sérieuse se propose comme victime afin de préserver l’honneur familial.  

S’inspirant du postulat de départ d’une nouvelle d’Oscar Wilde, Le crime de Lord Arthur Savile, la prédiction meurtrière d’un extralucide, Amélie Nothomb construit, sous une apparente légèreté, un récit teinté d’humour à la fois subtilement cocasse et finement spleenesque.  Conte gothique, policier, comédie-dramatique, Le crime du comte Neville mené avec un esprit délicieux et érudit convoque Bernanos, Stendhal, la tragédie grecque. Sous couvert de péripéties loufoques, de rebondissements déjantés, de personnages improbables hauts en couleur, la romancière évoque ces thèmes de prédilection la mélancolie, la difficulté du passage à l’âge adulte, les traumas de l’enfance.

Jouant avec un sous-texte autobiographique, Amélie Nothomb nous invite à découvrir un univers anachronique, celui de la noblesse désargentée souffrant de la faim et du froid mais tenant plus que tout à préserver les apparences. Un milieu qu’elle connait bien pour en être issue et qu’elle croque avec d’autant plus d’intelligence dans cette satire sociale douce-amère aux allures de fable. A travers ce roman, elle rend un hommage d’une rare fantaisie à son père, disparu il y a peu de temps, dont elle s’est inspirée pour créer le personnage du comte. Souvent la douleur affleure malgré la cocasserie et le texte se pare au détour d’une phrase d’une émotion rare, notamment dans la description des rapports père-fille entre amour et incompréhension.  

Conte baroque loufoque, Le crime du comte Neville fait songer à certaines nouvelles de Somerset Maugham ou bien encore à l’univers des aristocrates excentriques de PG Wodehouse ou encore de Tom Sharpe. Il y a quelque chose de La Route sanglante du jardinier Blott dans cet ouvrage, un côté pince-sans-rire très britannique chez l’écrivain belge. Style concis, élégant, récit habile mené avec une joyeuse extravagance, ce très bref roman ou longue nouvelle nous entraîne sur un rythme enlevé d’une traite jusqu’à la dernière page. Le seul bémol, un goût de trop peu.

Le crime du comte Neville - Amélie Nothomb - Editions Albin Michel




2 commentaires :

Serena a dit…

Je te rejoins totalement, j'ai adoré ce roman mais je l'ai trouvé trop court ;) Des bisous !

Caroline a dit…

Un peu frustrant ;)

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