mercredi 9 septembre 2015

Paris : Maison Eymonaud, une villa néo-gothique à Montmartre - 7 impasse Marie-Blanche - XVIIIème



Dans le quartier des Grandes-Carrières, l’ancienne impasse Constance devenue passage Sainte-Marie puis impasse Sainte-Marie-Blanche avant de prendre le nom impasse Marie-Blanche en 1873 est une coquette voie publique animée en ce moment par la construction d’un immeuble qui promet luxe, calme et volupté. A la droite du chantier, une singulière bâtisse passerait presque inaperçue. Il s’agit d’une villa néo-gothique, pseudo-médiévale qui appartenait à l’antiquaire Ernest Eymonaud.







Construite entre 1892 et 1897 par l’architecte Joseph Charles Guirard de Montarnal selon les goûts d’une époque à l’esthétique marquée par les travaux de Viollet-le-Duc, la Maison Eymonaud est dotée d’une tour carrée de deux étages, de fenêtres à meneaux - éléments structuraux verticaux en pierre de taille, bois ou fer divisant la baie d’une fenêtre ou d’une porte - de poivrières et de riches décors sculptés tels ces singes en bois, ces gargouilles ou ces personnages d’un autre temps. L’encadrement ciselé de la porte dans un esprit Renaissance reprend cette idée des motifs médiévaux gothiques. Tous ces ornements rappellent l’hôtel de l’Escalopier voisin qui se trouvait au niveau des 13-19 rue Joseph de Maistre construit en 1835 et démoli en 1882. Les historiens estiment qu’à cette occasion, Ernest Eymonaud a probablement racheté des éléments décoratifs pour les intégrer à la façade de sa future demeure.  









Si l’hôtel d’Escalopier n’existe plus, il aura frappé les esprits. En 1835 s’achève la construction d’une demeure gothique de style troubadour commandée par le Comte Charles de l’Escalopier. En 1837, L’annuaire de Paris et de ses environs par Leblanc de Ferrière note la présence d’un gymnase et ouvertes au public de superbes serres chauffées à la vapeur ornées de roches et de bassins où sont cultivées des plantes exotiques telles que le bananier, le muscadier, le cacaoyer, le bois de santal, le vanillier, le mangoustanier. Lorsqu’en 1840, Escalopier devient conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal, il se consacre à la recherche. Ce grand lecteur amateur d’archéologie fait raser les serres du jardin pour édifier à la place une bibliothèque de 6000 ouvrages plus un petit musée privé dédié à l’orfèvrerie du Moyen-âge. En 1859 il tombe gravement malade et regagne son domaine de Liancourt où il s’éteint en 1861. Il lègue ses collections à la ville d’Amiens et l’hôtel parisien est vendu puis rasé.









La bâtisse située au 7 impasse Marie-Blanche semble être un hommage à l’hôtel Escalopier. En 1900, la Maison Eymonaud est allongée vers l’ouest puis en 1910, une aile avec des éléments en pans de bois est ajoutée. Il s’agit de l’atelier d’Ernest Eymonaud baptisé A l’art ancien où l’antiquaire restaure des meubles et réalise des copies. L’inscription au titre des monuments historiques par l’arrêté du 14 septembre 1995 concerne les façades et toitures de tous les bâtiments présents sur la parcelle cadastrale, la parcelle elle-même et plusieurs éléments intérieur, rez-de-chaussée, premier étage, grand escalier du bâtiment principal. Alors que la Maison Eymonaud était visitable l’été jusqu’à récemment, il semblerait qu’il faille aujourd’hui patienter jusqu’aux prochaines Journées du patrimoine pour découvrir l’intérieur de ce spectaculaire édifice où cohabitent bureaux et quelques locataires privés.

Maison Eymonaud
7 impasse Marie-Blanche - Paris 18

Bibliographie
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Le guide du promeneur 18ème arrondissement - Daniel Chadych - Dominique Leborgne - Parigramme
Le guide du patrimoine : Paris - Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette

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