mardi 29 septembre 2015

Cinéma : Mémoires de jeunesse réalisé par James Kent - Avec Alicia Vikander, Kit Harington - Par Lisa Giraud Taylor



Au printemps 1914, l’impétueuse Vera Brittain ne rêve que d’écriture, d’université et d’admission à Oxford, où Edward, son frère et meilleur allié, va faire son entrée prochainement. Malgré l’hostilité de ses parents qui, du fait de sa condition de jeune femme issue de la bourgeoisie anglaise, songent plus pour l’avenir de Vera à un bon mariage, elle fait preuve d’une insolente détermination. Son frère et ses amis dont l’étonnant Richard Leighton, la soutiennent dans ce projet fou, pour l’époque. Vera s’éprend rapidement de Richard. Leur idylle est épique en raison de tout ce qui peut les séparer. Alors qu’elle rejette les conventions maritales pour poursuivre son rêve d’être écrivain, la Première Guerre Mondiale éclate et entraîne le groupe d’amis dans la tourmente des tranchées.  Après la mort de l’un d’entre eux, alors qu’elle était restée à l’arrière, Vera décide de devenir infirmière au sein de l’armée. Confrontée aux réalités de la guerre, elle comprend la folie et l’horreur, perd ses repères, ses ancrages et ceux qu’elle aime.




  

Ce film relate une histoire vraie, celle de Vera Brittain, pionnière du féminisme anglais dont le livre « Testament of Youth » (mémoires de jeunesse, donc) est étudié à l’école comme une œuvre majeure –qu’elle est. James Kent, le réalisateur, d’ordinaire plus tourné vers les documentaires ou les séries TV (Inside Men), suit le destin de cette jeune femme qui affrontant des circonstances tragiques va se révéler à elle-même, au-delà des conventions sociales qui pèsent sur son sexe.  

La première partie du film est largement dévolue à l’histoire entre Vera, indépendante, intransigeante, indifférente aux souffrances des autres tant elle est focalisée sur sa propre destinée et le détonnant Richard Leighton, poète solaire, réaliste et sensible. Leurs premiers regards, échanges, premiers moments d’amour sont légers comme une plume et naïfs, baignés dans une lumière douce et un peu floue. L’image est léchée, les paysages somptueux, les répliques et gestes attentionnés mais déterminés. Puis, arrive la déclaration de guerre. C’est le départ la fleur au fusil des jeunes gens, les adieux déchirants, le côté insouciant de cette jeunesse bientôt sacrifiée. La seconde partie est plus sombre, plus réaliste, plus percutante entre traumatisme des combats et don de soi.





James Kent retrace le parcours d’une femme en avance sur son temps, prête à tout pour avoir les mêmes droits que les hommes, en matière d’éducation notamment. Vera Brittain est une figure anglaise, connue et reconnue, dont la fille est toujours une des paires du Royaume. Malgré la volonté du réalisateur de retranscrire la force émotionnelle des ouvrages de Vera Brittain, celle-ci est parfois altérée à cause de certaines ellipses.  

Tous les acteurs sont justes même si certains, sont malheureusement sous-employés et semblent n’être que de passage, délicats Taron Egerton et Colin Morgan. L’allure gracile et sensuelle d’Alicia Vikander, véritable astre, confère au personnage de Vera fragilité, grâce et détermination. Elle est lumineuse dans ce rôle et porte ce film sur ses frêles épaules. Le solaire Kit Harington donne à Richard Leighton ce côté séduisant et sacrificiel que le vrai arborait. 


  

Pour la petite histoire, Richard Leighton est enterré au cimetière militaire de Louvencourt dans la Somme et on note la présence de violettes sur sa tombe en référence au poème qu’il avait écrit à Vera (Violets from Plug Street Wood). Vera a été incinérée et ses cendres répandues sur le plateau de Asiago en Italie où son frère, Edward a trouvé la mort.    

Ce film dépeint bien, dans sa deuxième partie, la boucherie européenne qu’a été la Première Guerre Mondiale, sacrifiant une génération brillante, pleine de rêves et d’espoir au tournant du 20e siècle.     

Mémoires de Jeunesse  Réalisateur : James Kent  
Avec Alicia Vikander, Taron Egerton, Colin Morgan, Kit Harington, Emily Watson, Hayley Atwell, Dominic West.  
Sortie : 23 septembre 2015  


Lisa Giraud Taylor est écrivain, photographe et blogueuse. Son roman Liverpool Connexion est disponible aux Editions Trinômes. Vous pouvez également retrouver sa plume piquante sur Le blog d'une ItemLiz Girl. Cette jeune femme hyperactive - mais comment fait-elle ? - collabore régulièrement avec les webzines Lords of Rock et So Busy Girls où elle nous régale de chroniques pleines d'esprit, ultra punchy dans un style bien à elle. Humour ravageur et pertinence sont ses marques de fabrique.








4 commentaires :

# Lux-M a dit…

Je n’avais pas entendu parler de ce film et rien que pour les beaux yeux de Kit Harington j'ai cliqué sur cet article par le biais de la Une Hellocoton. L'histoire à l'air passionnante, romantique et terrible, la bande annonce m'a touchée et il me hâte d'aller le voir. Merci pour cette découverte !

Lisa Giraud Taylor a dit…

Merci à vous de lire cet article .... En accord avec ma rédac-chef, je publierai une version longue de cette chronique lundi 5 octobre avec plus de détails historiques...
Bonne lecture sur ParisianShoeGals ! ;)

Caroline a dit…

Yeah ! Suis chef - roule des mécaniques en mode Aldo Maccione. Par contre, il faudra vraiment m'expliquer ce que vous trouvez toutes à Kit. Comprends pas, comprends pas. Je vais peut-être lui consacrer un Thursday Oh Yeah reloaded pour pousser l'investigation. Je manque cruellement de temps :(

Lisa Giraud Taylor a dit…

On le fait à 4 mains le Kit, Chef ? (va falloir qu'on arrête de hululer à chaque fois qu'il apparaît à l'écran, ça devient gênant pour nos conjoints !)

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