lundi 10 août 2015

Lundi Librairie : Mai 67 - Colombe Schneck



Trente ans après leur brève idylle, F. découvre l’autobiographie de celle qu’il a aimée pendant quelques semaines et la mention de leur histoire en ces quelques mots « F. qui m’a consolé de mon mariage de pacotille ».  Il décide de lui écrire une longue lettre pour la remercier de lui avoir appris à aimer et revivre ses beaux jours solaires. Elle, c’est Bri, Brigitte Bardot. Au faîte de sa gloire, elle est au printemps 67, la plus belle femme du monde. Traquée par les photographes, adulée par les foules, elle collectionne les amants et les échecs sentimentaux. Sur le tournage d’un sketch du film Histoires extraordinaires à Rome, dont elle partage l’affiche avec Alain Delon et réalisé par Louis Malle, elle se morfond tout en donnant le change. Délaissée par son mari, Gunter Sachs, un play-boy milliardaire qui l’a épousée à la suite d’un pari, Bri s’éprend de F. jeune costumier timide originaire d’Oudja au Maroc. Femme libre, anticonformiste, elle l’invite dans sa chambre.

En 1973, Brigitte Bardot se confie à Lucien Bodard : "Ma seule réussite aurait été de vivre avec le même homme toute ma vie et ça, je l'ai raté. J'ai besoin d'un homme qui soit à mon entière disposition. S'il le fait, c'est qu'il est bête et je me lasse. S'il est intelligent, il refuse et me quitte." Colombe Schneck prend la voie du roman afin d’aller au-delà du récit ou de l’essai autobiographique et de révéler l’humanité d’une idole, sa fragilité, sa bonté. A travers cette romance apocryphe que lui prête l’auteur, quelques semaines de bonheur, Brigitte Bardot s’incarne sur le papier dans la pleine gloire de sa beauté et la modernité de son attitude. Alors qu’elle suscite l’envie, l’admiration, la convoitise mais aussi beaucoup de violence, entre renommée trop vaste et immense solitude, elle n’est que désarroi secret, tristesse d’une grande amoureuse qui sabote toutes ses relations et ne vit que des échecs sentimentaux, incapable d’aimer.

Tableau vivace des années 60 juste avant mai 68, ce roman évoque en quelques traits finement amenés les grands mouvements de société, le début de la révolution sexuelle avec la pilule contraceptive, le commencement de la modernité telle que nous la connaissons, la télévision en couleur, les mini-jupes.  Les relations entres les hommes et les femmes bouleversées par ses changements ne seront plus jamais les mêmes.

Colombe Schneck trace avec délicatesse et subtilité le portrait attachant d’une femme révérée par ses contemporains qui dans l’intimité se montre généreuse, altruiste, pleine d’empathie. Plume limpide, ponctuée d’oralité, dialogues émouvants, écriture sensuelle, elle saisit au vol  l’image intime d’une icône dans le naturel de la vie et la candeur de l’amour naissant à travers cet hymne pudique et tendre au corps des femmes. Un roman sensible, émouvant, un bel hommage sincère.

Mai 67 - Colombe Schneck - Editions Robert Laffont



2 commentaires :

Cultivez-moi a dit…

Je ne connais pas encore cette romancière mais je crois que je vais très bientôt me plonger dans cette lecture! Cela me rappelle un roman que j'ai lu cette année qui se passe en 68, c'est Un An après, d'Anne Wiazemsky (âgée d'à peine 20 ans à l'époque, elle suit son mari Jean-Luc Godard dans les manifestations en plein quartier latin), si tu as l'occasion de le lire je pense qu'il pourrait te plaire ;)

Caroline a dit…

J'en avais entendu parler au Masque. Il est sur ma liste des ouvrages à commander. Tu confirmes l'idée. Merci de rappeler ce livre à mon bon souvenir !

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