lundi 31 août 2015

Lundi Librairie : Le Chardonneret - Donna Tartt



Un matin d’hiver, Audrey Decker, une femme abandonnée par un mari abusif, est convoquée au collège pour discuter de l’attitude de son fils, Theo, le narrateur. En attendant l’heure du rendez-vous, ils se rendent au Metropolitan Museum of New York pour visiter une exposition de peintres flamands. Lorsqu’une bombe explose en plein milieu du musée, c’est le chaos. Théo qui s’était éloigné de sa mère en suivant une belle jeune fille se retrouve pris au piège des gravas en compagnie de l’oncle de celle-ci gravement blessé. Le vieil homme le convainc d’emporter avec lui la toile du maître néerlandais Carel Fabritius, Le chardonneret afin de la préserver de la destruction. Hagard, Théo parvient à sortir du musée et se réfugie chez lui pour attendre le retour de sa mère. En vain. Elle a péri dans l’attentat. Lorsque les services sociaux le prennent en charge, ils le confient aux Barbour, la famille d’un camarade de classe. Grands bourgeois de Central Park, ils l’accueillent jusqu’au jour où le père de Theo, joueur professionnel et alcoolique notoire, se décide à venir chercher son fils lorsqu’il pressent qu’il pourrait bien toucher une partie de l’assurance de son ex-femme. Il l’emmène à Las Vegas où il vit au bord du désert dans une résidence dépeuplée par la crise immobilière.

Captif de son traumatisme et de son secret, le tableau à la fois talisman et malédiction, Theo grandit entre la culpabilité qu’il ressent au sujet de la mort de sa mère et celle d’avoir conservé Le Chardonneret. Long récit initiatique qui court sur quinze années de New York à Las Vegas jusqu’à Amsterdam, cet ample roman est une fresque virtuose marquée par le symbole de l’oiseau enchaîné de Carel Fabritius, peintre néerlandais du XVIIème siècle. Elève de Rembrandt, inspirateur de Vermeer, il est décédé dans l’explosion de la poudrière de Delft dont le souffle à détruit son atelier en 1654. La toile, exquis trompe-l’œil, sert de fil rouge à ce texte plein de noirceurs, au souffle romanesque puissant, irrésistible qui reprend presque les codes du thriller, distillant un suspense tendu, multipliant les rebondissements savamment orchestrés.

Donna Tartt peuple son récit d’une galerie de personnages d’une rare densité, mystérieux, profonds. Les Barbour, sous des apparences ultra-policées révèlent leur grand cœur et leurs fêlures. Boris, le jeune ukrainien de Las Vegas délaissé par propre paternel, initie Theo à l’alcool, aux drogues voire et à la petite délinquance. Hobie, l’énigmatique antiquaire, restaurateur de meuble de Greenwich devient un père de substitution pour le jeune héros qui emprunte sa voie. Pipa, la jeune fille rousse que l’attentat a placée sur le chemin de Theo, symbolise à la fois amour d’enfance et le fantasme de plénitude des sentiments.

Roman de vie et de mort, d’amour et de haine, de filiation et d’excès, Le Chardonneret développe la vision qu’a Donna Tartt de l’Amérique contemporaine, un monde marqué par l’impermanence des choses, sur fond d’histoires intimes de solitude et d’amitié, de déceptions, de métamorphoses et de faux-semblants. Cet écrivain rare sait avec brio rendre hommage à travers des pages maîtrisées à la grande littérature européenne, les récits d’apprentissage de Dickens, les personnages torturés de Dostoïevski ou encore les errances newyorkaises de L’attrape-cœur de Salinger.

A cette culture éclectique subtilement distillée, Donna Tartt allie talents de conteuse et finesse de la plume, grâce d’un verbe impeccablement tenu. De son écriture très cinématographique, elle trace des scènes imagées menées avec habilité. Sur un rythme implacable, elle entraîne le lecteur dans toute la complexité de son intrigue maîtrisant parfaitement le récit, malgré une toute dernière partie à Amsterdam un peu moins réussie. Un livre magistral, roman-monde haletant et fascinant.

Le Chardonneret de Donna Tartt - Traduit de l'anglais par Edith Soonckindt - Editions Plon - Collection de poche Pocket



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