mardi 11 août 2015

Cinéma : La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil de Joann Sfar - Avec Freya Mayor, Benjamin Biolay



Dany est dactylo dans une agence de publicité. Superbe jeune femme, elle manque cependant cruellement de confiance en soi et son patron n’hésite pas à abuser de cette timidité, de cette incapacité à s’affirmer. Lorsqu’il lui demande de jouer les chauffeurs et de l’accompagner à l’aéroport avec sa femme dans leur Thunderbird, elle accepte sans moufter. Mais au moment de ramener la voiture, elle est prise d’une impulsion et décide de s’octroyer une virée dans le Sud jusqu’à la Côté d’Azur pour aller voir la mer, tout en se faisant passer pour une bourgeoise aisée. Sur le trajet, elle rencontre d’inquiétants personnages qui prétendent tous l’avoir vue la veille au volant du même véhicule. Dany perdait-elle la tête ou est-elle victime d’une machination ?






Adaptation d’un roman très noir de Sébastien Japrisot, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil joue sur les mécanismes pervers d’une intrigue particulièrement retorse. Polar sixties schizo, cauchemar éveillé graphique, œuvre vénéneuse à la David Lynch,  Joann Sfar, le réalisateur, joue avec l’héroïne et le spectateur, brouille les pistes tout en se libérant des règles de narration traditionnelles.

La mise en scène sophistiquée virerait presque à l’exercice de style onirique avec effets de cadrage, split screen et flash forward, images subliminales, lumière et couleurs irréelle, kitsch assumé. Esthétique ultra-léchée, bande son au cordeau, Sfar en poète inspiré nous plonge dans un univers intérieur sur fond de restitution fantasmée, élégante et psychédélique, des années 60 parfois même au détriment du suspense. Cet objet visuel esthétisant presque maniériste, sensuel et déconcertant, sait à merveille faire ressentir la réalité qui se dérobe au fur et à mesure que l’inconscient devient maître du jeu tandis que grandit le décalage entre le décor et les corps qui l’habitent.





Freya Mayor, rousse flamboyante qui a fait ses armes en blonde innocente dans la série Skins, est une révélation que le réalisateur filme avec un certain fétichisme assumé. Elle incarne à la perfection l’ambivalence de la bombe sexuelle qui s’ignore tandis que Benjamin Biolay, homme des années 60, machiste et manipulateur est impeccable.




Belle mécanique élaborée, ce conte cruel, thriller obsessionnel, fascine par son esthétique hypnotisante et sa liberté de ton. Entre paranoïa et jeu de rôles, La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil a su me séduire comme seuls savent le faire les très beaux films plein de failles qui laissent passer la lumière.

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil de Joann Sfar
Sortie le 5 août 2015
Avec Freya Mayor, Benjamin Biolay





2 commentaires :

AURORE a dit…

Je n'ai pas lu beaucoup de critiques sur ce film mais la presse n'avait pas été très tendre, et j'avais passé mon tour. Il est peut être temps de changer d'avis, cette critique là est très belle en tout cas !

Caroline a dit…

Merci. Je crois que j'ai des goûts un peu spéciaux, un peu baroques...

Share this

Related Post