vendredi 17 juillet 2015

Rediff : Paris : Les jardins des Archives Nationales, une traversée hors du temps à la beauté saisissante - IIIème

Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3


Au cœur d’un des quartiers les plus charmants de la Capitale, se niche un joli secret de Parisien, une oasis de verdure dont la quiétude et le décor historique nous ferait presque oublier le ronronnement de la ville qui bruit d’activité. Le temps d’une pause enchantée dans le Marais, je vous propose de découvrir aujourd’hui, les jardins des Archives Nationales. Un site patrimonial exceptionnel auquel le promeneur accède par l’hôtel de Soubise rue des Francs-Bourgeois d’un côté ou par la rue des Quatre-Fils et l’hôtel de Rohan de l’autre. Enfilade de cours et de jardins, cet espace vert de 8000m2, fermé au lendemain des attentats de 1995, a été rouvert au public en 2011. Il se compose de quatre parcelles très différentes du strict jardin à la française classique du XVIIIème siècle, au verger apprivoisé jusqu’au romantique parc miniature façon jardin de ville du XIXème.


Entrée des jardins des Archives Nationales par la rue des Quatre-Fils
Jardins des Archives Nationales - Plan de la traversée


C’est l’architecte paysagiste Louis Benech qui a été chargé de réinventer ce quadrilatère parisien bordé d’hôtels particuliers du XVIIème et XVIIIème siècle. Ce digne successeur de Le Nôtre doit sa renommée internationale aux travaux de réaménagement de la partie la plus ancienne du jardin des Tuileries entrepris entre 1990 et 2000 avec Pascal Cribier et François Rouabaud. Il exerce ses talents dans de nombreux jardins tels que les jardins de l'Élysée, le Quai d'Orsay, le domaine de Courson, la roseraie de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg, le domaine impérial d'Achilleion à Corfou. Dans les jardins des Archives Nationales, Louis Benech a cherché à harmoniser la promenade paysagère et l’environnement architectural fort en créant des jardins pérennes soucieux de l’esthétique végétale et de l’écosystème. La touche la plus évidente de modernité, se dresse, gracieux anachronismes, sous la forme d'une dizaine de pins parasols. Vingt-cinq bancs en teck comme autant d’invitation au repos et à la contemplation sont disséminés sur le parcours.


Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Rohan - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Rohan - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Rohan - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Cabinet de verdure - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Cabinet de verdure - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Cabinet de verdure - Paris 3


La traversée débute par la découverte du jardin de l’hôtel de Rohan rénové en 2008. Je n’ai pas pris de photo de l’hôtel de Rohan qui en ce moment se fait une beauté derrière des échaffaudages. Construit à partir de 1705 par l’architecte Pierre-Alexis Delamair sous l’impulsion d’Armand Gaston Maximilien de Rohan sur un terrain contigu à l’hôtel de Soubise occupé par sa mère la princesse éponyme, cet hôtel particulier a été mis sous séquestre à la Révolution. Napoléon Ier acquiert les deux, Soubise et Rohan, en 1808 et y installe en 1809 l’Imprimerie Impériale qui deviendra Royale puis Nationale. En 1927, il est sauvé de la destruction par le directeur des Archives, Charles Victor Langlois. Le bâtiment est alors affecté aux Archives Nationales.

Tout en conservant la forme géométrique du jardin classique, Louis Benech a donné un coup de jeune au rideau de platanes en les faisant tailler.  Côté nord, une haie de charmes a été installée, complétée par un paravent de pycaracanthas dit buissons ardents, au dense feuillage piqueté de fleurs blanches au printemps et chargé d’abondantes baies pommettes rouges en automne. Le jardin est délimité au sud par la haie du Cabinet de verdure. Il s’agit d’une longue allée intime et solaire, aménagée sur l’emplacement des anciennes écuries de l’hôtel de Soubise dont elle évoque le tracé en parallèle de la ruelle de la Roche. Entourée de palissades de lauriers d’Apollon - le nom vaguement chichiteux des lauriers en somme - cette promenade se pare de petits chênes persistants et d’arbustes à fleurs abondantes. Gattiliers, plantes méditerranéennes aux toupets floraux ornés de clochettes indigo tirant sur le violet, arbres de Judée à la floraison rose vif, rosiers moschata développent des tonalités de rose indien et bleu profond.


Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Jaucourt - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Jaucourt - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Jaucourt - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Jaucourt - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Jaucourt - Paris 3


Le long de la ruelle de la Roche tulipiers, micocouliers et pins parasols nous guident vers le jardin-verger- roseraie de l’hôtel de Jaucourt construit sous Charles V (1599) pour Jean de Ligny, sieur de Rentilly, trésorier des parties casuelles. En 1750, l'hôtel appartient à la petite-fille d’Aymar Jean de Nicolaï, comtesse de Jaucourt qui lui donne son nom mais le voue à la location. En 1962, l'hôtel acheté par l'Etat est restauré sous la direction de l'architecte Claude Aureau qui supprime les modifications apportées en 1792. Il est alors dévolu aux Archives Nationales. Le jardin de l’hôtel de Jaucourt a été aménagé comme un pré apprivoisé de pelouses soignées évoquant les petits pâturages naturels du plan original, bordé de rosiers et d’arbres fruitiers en pot. Arbousiers, néfliers du Japon, poiriers Chantecler complètent le projet de la haie d’ifs le long de l’hôtel apportant formalité et rondeur. 


Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Fontenay- Paris 3


Pour le jardin de l’hôtel de Fontenay, construit entre 1720 et 1751, Louis Benech s’est inspirée des travaux d’Achille Duchêne, paysagiste français (1866-1947) grand admirateur d’André Le Nôtre, qui a ressuscité le jardin à la française et s’est fait le chantre d’un nouveau type d’espace vert aux dimensions plus restreintes, plus intimistes. A l’entrée, sont dressées, dans l’épaisseur de la végétation, deux gloriettes en treillage évoquant les pavillons disparus dont se retrouve la trace sur des documents datant de 1807. Le parterre central planté d’un mille fleurs qui s’épanouit follement comme des fleurs des champs est entouré de buis des Baléares taillés très sagement. Althéas, arbustes de la famille des hibiscus aux fleurs voluptueuses et anémones du Japon, vivaces à l’élégante floraison automnale viennent parfaire l’équilibre entre rusticité et savante orchestration rigoureuse.


Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Breteuil - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Breteuil - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel de Breteuil - Paris 3


Juste à côté, le jardin de l’hôtel de Breteuil dévoile une atmosphère romantique entre ombrage et taches de lumière selon les canons des petits jardins de ville très en vogue sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire. Une composition pleine de charme qui m’a beaucoup fait penser aux tableaux des impressionnistes. Symphonie d’hortensias, symphorines de la même famille que le chèvrefeuille et sarcococcas à la floraison hivernale, le massif floral qui s’épanouit devant sa façade a été recrée d’après des archives et l’Atlas Vasserot de 1807.


Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3



L’hôtel d’Assy qui date du XVIème siècle a été cependant entièrement reconstruit en 1620 puis transformé et agrandi en 1706 et 1732. Acheté en 1787 par Geoffroy d’Assy, caissier royal de la recette générale, qui lui donne son nom, cet hôtel particulier est vendu aux Archives du Royaume en mai 1845. Il devient une dépendance de l’hôtel de Soubise. Le jardin de l’hôtel d’Assy se déploie dans la continuation de celui de l’hôtel de Breteuil. Louis Benech a voulu conserver son caractère botanique en y implantant un marronnier d’Inde, sujet unique à Paris. Des arbres à la silhouette de sylphide jouent dans la lumière entre ombres bleues et percées solaires. Virgilier à l’écorce grise et aux longues grappes fleuris, albizzia, arbustes tropicaux aux cosses caractéristiques, rare catalpa fargesii, un arbre aux délicates fleurs roses qui s’épanouissent en mai-juin. Un if austère qui a été affuté cohabite avec une glycine de Chine et une vigne de Coignet, un arbrisseau japonais aux raisins d’un rouge intense dont les jeunes pousses empourprées se développent en une vigne exotique fort décorative.


Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3
Jardins des Archives Nationales - Hôtel d'Assy - Paris 3

En pleine lumière, persistants et arbustes à fleurs dialoguent lançant des répliques de vert émeraude et de couleurs vives : seringat aux pompons blancs, weigela ramassés dont les clochettes roses tintent dans la brise, lilas d’Inde, flamboyantes pivoines arbustives aux larges fleurs épanouies démonstratives. Plus à l’ombre, fuchsia, aucuba de collection, des arbustes discrets aux belles feuilles piquetées, phillyreas qui rappellent par leur origine méditerranéenne et leur feuillage ciselé d’un vert profond les oliviers bien que de taille plus réduite, osmanthes de jolis persistants à la floraison parfumée et aux feuilles évoquant le houx. Le ruisseau aménagée d’un ouvrage de rocaille et de fougères est bordée de plantes amatrices de fraîcheur et d’humidité. Consoude, une herbacée vivace aux feuilles velues et aux grelots mauves, reine des près élégantes aux fleurs odorantes disposées en fausses ombelles, lysimaques des plantes de massif frais aux abondantes fleurs jaunes étoilées animent en toute saison les berges de ce petit torrent plein d’esprit.

Une superbe promenade, un moment suspendu, presque un voyage dans le temps tellement est vivace l'impression qu'une élégante en robe de bal vient à peine de contourner les massifs. On entendrait presque encore le froufrou de la soie frôlant les herbes hautes. Les jardins des Archives Nationales sont assez peu connus du grand public, ce qui assure un calme remarquable permettant aux rares visiteurs d'apprécier pleinement l'escapade. Un trésor parisien comme je les chéris.

Jardins des Archives Nationales
Entrée:
- par l'hôtel de Soubise : 60 rue des Francs-Bourgeois ou 58 rue des Archives - Paris 3
- par le Caran, salle de lecture : 11 et 7 rue des Quatre-Fils - Paris 3
Horaires :
- de 8h à 19h printemps-été (dernier dimanche du mois de mars au dernier dimanche du mois d'octobre)
- de 8h à 17 h automne-hiver (dernier dimanche du mois d'octobre au dernier dimanche du mois de mars)



2 commentaires :

Roisin a dit…

J'adore Les jardins des Archives Nationales! C'est très jolie la, pour faire une promenade ou juste de détendre! Merci pour votre post :)

roisingrace.com

Caroline a dit…

Je vous en prie, merci pour votre commentaire. C'est un bonheur secret que je ne partage qu'avec mes proches - et mes lecteurs ;) - depuis que j'ai découvert ces jardins l'année dernière.

Share this

Related Post