vendredi 3 juillet 2015

Expo : Les Nymphéas de Claude Monet au Musée de l'Orangerie - Jardin des Tuileries - Paris 1



Espace hors du temps, lumineuse parenthèse propice à la contemplation heureuse, les Nymphéas de Claude Monet, intimement liés au musée de l’Orangerie, se déploient à travers deux salles en ellipse, asile paisible, "aquarium fleuri", selon les mots de l'artiste, baigné d’une lumière zénithale semblable à celle des verrières originelles. Le vestibule imaginé par le peintre lui-même et conçu avec l’aide de l’architecte du Louvre, Camille Lefèvre, aura vécu bien des aléas avant de retrouver toute sa superbe en 2006. Les huit compositions constituées de vingt-deux panneaux, marouflés directement sur les murs, forment un hommage vibrant à la beauté de la nature et à la paix retrouvée. Evocation du cycle solaire, variation de la lumière au cours d’une journée, à l’est se trouve le Matin et la visite se poursuit jusqu’à l’ouest, au Soleil Couchant. Œuvre circulaire panoramique, œuvre totale, les Nymphéas plongent l’observateur au cœur d’un paysage aquatique qui se déploie, s’étire à l’infini, laissant le regard naviguer au fil de l’onde, nappe d’eau aux reflets changeants.  








Cette série particulière dans le cycle des Nymphéas aura occupé tout l’esprit de Claude Monet de 1914 jusqu’à 1926 date de son décès. Dès 1909, il envisage de réalisation de grandes décorations dépassant largement le cadre de la toile classique. Mais le décès de sa femme Alice en 1911, après celui tragique de Suzanne, fille d’un premier mariage d’Alice qu’il considérait comme sa propre enfant, ont laissé le peintre exsangue. En 1912, les médecins lui diagnostiquent une double cataracte. En 1914, Jean, son fils, meurt lors des premiers assauts de la guerre.

Durement frappé par la vie, presque aveugle, Claude Monet se contente de retoucher des œuvres déjà achevées. Mais son ami Georges Clemenceau, l'encourage et le soutient. Le peintre débute une série de panneaux décoratifs. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, dans une lettre datée du 12 novembre 1918 adressée au Tigre, Monet fait don à la France de deux panneaux pour célébrer la paix retrouvée. Clemenceau le persuade d’aller plus loin dans sa démarche. Monet se lance alors dans la réalisation de vingt-deux panneaux formant huit compositions.












Pour exposer cette création aux dimensions monumentales, il faut un espace exceptionnel. L’hôtel Biron qui abrite le musée Rodin est envisagé. Mais le coût de la construction d’un pavillon dans les jardins paraît trop élevé. Finalement, les serres de l’Orangerie du jardin des Tuileries, jusque là réservées aux expositions horticoles, sont choisies en mars 1921. L’aménagement intérieur de l’architecte Camille Lefèvre répond excentrement aux desiderata du peintre.

En 1922, Claude Monet signe un acte de donation à l’Etat mais la cataracte dont il est atteint le prive de ses moyens. Désireux d’achever cette œuvre, il accepte une opération qu’il avait repoussée jusque-là. La livraison promise pour 1924 est ajournée. Affaibli par les deuils, les deux interventions médicales, le travail de forçat qu’il s’impose, Claude Monet s’éteint à l’âge de 86 ans, le 5 décembre 1926, à Giverny. Clemenceau, très atteint par le décès de son ami, poursuit obstinément le projet des Nymphéas. Le 17 mai 1927 a lieu l’inauguration officielle au Musée de l’Orangerie.






Les Nymphéas sont une invitation à la contemplation, à la déambulation rythmée par les éléments de la nature, les fleurs épanouies, gracile motif récurrent des nénuphars, les branches d’arbres, les longs cheveux des saules pleureurs. L’ombre et la lumière y jouent avec la dualité de l’élément liquide à la fois surface et profondeur. La flore, les eaux frémissantes, la course vagabonde des nuages, tout est harmonie sous le ciel rose de l’aurore, le bleu pur d’un bel après-midi, jusqu’au flamboiement du crépuscule. Sans ligne d’horizon, les éléments, couleurs, formes, silhouettes, fusionnent, perception troublée, à travers une composition dont l’absence de perspective accentue la sensation de dilatation de l’espace. Selon le souhait de Claude Monet la scénographie singulière permet d’accéder à « l’illusion d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage ». Expérimentant les possibilités de la touche et de la couleur, ce grand ensemble mural, testament artistique, est considéré comme l’une des œuvres fondatrices de l’art abstrait. Malgré l'immense célébrité des Nymphéas, les incontournables reproductions vues et revues, la magie au delà du temps opère toujours et l'émotion, en pénétrant ces lieux, demeure intacte. En un seul mot, bouleversant.

Jardin des Tuileries - Paris 1
Horaires : de 9h à 18h, tous les jours sauf le mardi, le 1er mai, le matin du 14 juillet et le 25 décembre
Serveur vocal : 01 44 77 80 07 
Standard : 01 44 50 43 00

2 commentaires :

Marianne Ciaudo a dit…

C'est un lieu que j'ai visité un paquet de fois, et j'y reviens toujours. J'en ressors toujours ressourcée, apaisé avec l'envie de flâner au bord d'une rivière et de contempler l'eau et le temps s'écouler.

Caroline a dit…

Et quel bonheur de les redécouvrir dans les conditions exceptionnelles d'une visite privée. Autant dire que je n'ai pas boudé mon plaisir ! <3

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